HomeA la uneMAHAMADOU ISSOUFOU A L’ELYSEE : L’incontournable question du terrorisme comme plat de résistance

MAHAMADOU ISSOUFOU A L’ELYSEE : L’incontournable question du terrorisme comme plat de résistance


 

Sur invitation de son homologue français, François Hollande, le président nigérien, Mahamadou Issoufou, accompagné de ses ministres de la Défense et des Affaires étrangères, Hassoumi Massoudou et Ibrahim Yacouba,  effectue depuis lundi dernier, une visite officielle de 72 heures en France. Nonobstant le tête-à-tête au sommet qui a eu lieu ce mardi 14 juin à l’Elysée, l’agenda officiel du voyage du premier des riverains du fleuve Niger sur les bords de la Seine, prévoit des rencontres avec plusieurs personnalités de l’Exécutif français, en l’occurrence Jean Marc Ayrault, ministre des Affaires étrangères et Jean Yves Le Drian, ministre de la Défense. Figurent aussi dans le calendrier de la visite, des entretiens avec Claude Bartolome, président de l’Assemblée nationale française  et Anne Hidalgo, bourgmestre de Paris. Annoncée pour être au cœur des échanges, la question du terrorisme éclipsera tous les autres sujets de discussion, au regard de l’actualité brûlante dans les deux pays. Le Niger reste toujours groggy après l’hécatombe de Bosso, créée par la furie meurtrière des spadassins de Abubakar Shekau. En effet, alors que l’émotion reste vive au sein des populations, après le sanglant raid de Boko Haram qui a coûté la vie à 26 militaires, selon le bilan officiel, le pays fait face à un véritable drame humanitaire avec l’exode de près de 50 000 personnes, errant sur les chemins de l’exil, laissant derrière elles, une ville fantôme.

L’occasion est toute faite pour redynamiser la coopération entre Niamey et Paris

La France, de son côté, déjà  contrainte à une réminiscence des attentats de Paris par la similitude entre la tuerie d’Orlando, ce week-end, aux USA et celle du Bataclan, pleure  depuis hier, un couple de policiers tombés sous les coups de boutoir d’un extrémiste se réclamant de l’Etat Islamique. Dire donc que cette visite de Mahamadou Issoufou est des plus opportunes serait une vérité de La Palice. Hormis le réconfort mutuel que ne manqueront pas de s’apporter Niamey et Paris, l’occasion est toute faite pour redynamiser la coopération entre les deux pays pour extirper de leurs maisons respectives, le fantôme qui les hante. Mahamadou Issoufou qui a déjà obtenu l’onction du guerrier du désert après son récent pèlerinage à N’Djamena, place forte africaine de la lutte antiterroriste, ne s’est sans doute pas retenu  de demander à Hollande, lors de leur entrevue, une montée en puissance de Barkhane au Niger. C’est une nécessité vitale pour le Niger pris dans l’étau entre  Boko Haram et  les djihadistes. L’urgence est d’autant plus grande que Boko Haram, en perte de vitesse au Nigeria, est à la recherche d’une base de repli et le Niger, de toute évidence, le maillon faible de la zone, semble la destination privilégiée pour un nouveau nid. Une telle perspective serait terrifiante pour toute l’Afrique occidentale puisqu’elle consacrerait la jonction entre tous les groupes djihadistes qui infestent la région. La France, déjà alliée du Niger dans la lutte contre le terrorisme et  confrontée aux mêmes affres, ne peut que se laisser attendrir par les implorations du Niger et pour cause : D’abord, parce que d’importants intérêts économiques français sont en jeu dans le pays, notamment les sites de l’uranium exploités par la multinationale française AREVA. Ensuite, parce que sur le plan stratégique, la France est bien consciente que sa sécurité intérieure est tributaire de la sérénité du front extérieur, notamment des lieux de nidification des réseaux terroristes. C’est donc dans l’antre du fauve qu’il faut le traquer. Enfin, parce qu’Issoufou et Hollande, tous deux socialistes, entretiennent des relations privilégiées marquées par des visites régulières. Si l’on ne peut douter des retombées positives de cette visite donc, il faut déplorer ces défilés en solo des chefs d’Etat africains sur le perron de l’Elysée, qui traduisent un manque de sérénité face à Boko Haram et s’apparentent quelque part à une sorte de débandade ou de sauve-qui-peut. Comme pour donner raison à cette sagesse populaire : « quand le caillou tombe du ciel, chacun se protège la tête ». Ce sprint infantilisant des têtes couronnées pour se mettre sous les grandes ailes protectrices de la France, traduit, de fait, toute l’inefficacité et donc l’inutilité de toute la mobilisation faite à l’échelle africaine. Où est, en effet, passée la Force d’intervention conjointe multinationale (MNJTF) ou encore les troupes africaines en attente ? A quoi servent-elles si elles ne peuvent pas constituer véritablement une réponse africaine adéquate au problème sécuritaire sur le continent,  sinon à dilapider les maigres moyens dont le manque alimente les complaintes du continent sur toutes les tribunes internationales  et servent de prétexte à l’immobilisme ?

De tout temps,  la guerre a toujours été une industrie

Quoi qu’il en soit, ces actions solitaires ne peuvent que fragiliser les Etats africains dans les négociations diplomatiques avec leur vis-à-vis qui ne peut s’empêcher de monnayer cela au profit de ses intérêts. En tout état de cause, en tendant de la sorte la sébile aux puissances occidentales, le président nigérien et tous les autres qui l’ont précédé ou lui succèderont à l’Elysée, peuvent-ils avoir le courage de leur poser l’autre pan important de la lutte antiterroriste, c’est-à-dire le problème de l’approvisionnement en armes  des groupes terroristes ? En effet, les rumeurs les plus folles ont couru sur l’origine des armes utilisées par Boko Haram, alimentées sans doute par ces parachutages d’armes faits par des Occidentaux à des groupes terroristes sous d’autres cieux.  Si l’on ne peut, faute de preuves suffisantes en Afrique,  indexer une quelconque puissance occidentale, on ne peut se contenter de la rhétorique selon laquelle les armes des terroristes proviennent du seul butin des attaques contre les casernes militaires. On  sait, en effet, que de tout temps,  la guerre a toujours été une industrie. Non seulement, elle dope les ventes d’armes, mais elle ouvre aussi les perspectives des marchés de reconstruction. Et qui dit dans le cas d’espèce, que derrière Abubakar Shekau, n’opèrent pas des lobbys occidentaux d’armements avec la philosophie machiavélique de mieux détruire pour mieux reconstruire  tout en boostant leurs chiffres d’affaires, obtenant ainsi « le beurre et l’argent du beurre ? »  L’interrogation n’est sans doute pas saugrenue par ces temps de marasme économique où les marchés occidentaux peinent à tout exporter, sauf les armes.

 

« Le Pays »


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