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MORT D’UN SOLDAT FRANÇAIS AU MALI

La France continue de payer le tribut de son engagement

Il s’appelait Adrien Quélin. Maréchal des Logis et mécanicien âgé de 29 ans, ce soldat du 4ème régiment de chasseurs de Gap de la force française Barkhane, a trouvé la mort mardi 12 octobre au Mali. Selon les explications fournies par l’Etat-major, il « effectuait une opération de maintenance sur un camion » et « a été grièvement blessé par la bascule de la cabine de ce camion alors qu’il travaillait sur le moteur du véhicule ». Ce décès porte à 7 le nombre de militaires français qui ont péri de manière accidentelle, dans les sables chauds du désert malien depuis 2013, date du lancement de l’opération antiterroriste Serval. 52 autres soldats français sont morts au combat pendant la même période. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le pays d’Emmanuel Macron continue de payer le prix fort de son engagement militaire au Mali, au moment même où la polémique ne désenfle pas après que le Premier ministre malien, Choguel Maïga, a accusé la France d’abandon en plein vol.

 

Bamako use du sentiment anti-français comme d’un fonds de commerce politique qui garantit sa légitimité

 

En effet, la surenchère verbale n’a cessé d’aller crescendo entre les deux Etats partenaires de la lutte antiterroriste, depuis que la France, sans nul doute, agacée par la montée du sentiment anti-français et l’agenda politique peu transparent de la Transition à Bamako, a décidé de ramasser ses pénates du Mali pour les installer au Niger voisin. C’est d’ailleurs dans cette dynamique que la force Barkhane a commencé, il y a peu, le transfert de ses troupes et de sa logistique de la base de Kidal ; ce à quoi Bamako répond par un recours possible aux mercenaires de la société russe Wagner pour occuper le vide laissé par le départ de Barkhane, au grand dam et désarroi des Français. La question que l’on peut donc se poser est la suivante : ce nouveau décès de militaire français, amorcera-t-il un dégel dans les relations franco-maliennes ? Rien n’est moins sûr quand on sait que Bamako use du sentiment anti-français comme d’un fonds de commerce politique qui garantit sa légitimité. De son côté, il est tout à fait certain qu’Emmanuel Macron, confronté à une opinion nationale française qui ne comprend plus cette guerre onéreuse et périlleuse  à la veille de la campagne électorale, ne fera pas marche arrière. Et ce n’est pas la dernière sortie du ministre malien des Affaires étrangères, qui arrangera les choses. Selon, en effet, le ministre en charge du portefeuille diplomatique à Bamako, il sera impossible pour les autorités de la transition, d’organiser les élections à bonne date. Il avance comme raison le contexte sécuritaire dans le pays. Et voilà de quoi donner à nouveau l’utriculaire à Macron qui ne veut guère transiger avec les règles de l’Etat de droit. Mais cette annonce des autorités maliennes n’a véritablement rien d’étonnant. Depuis un certain temps déjà, l’entourage du président de la transition bruissait de ce report et l’on sait aussi qu’Assimi Goïta n’a véritablement jamais donné des gages quant à sa volonté de lâcher les rênes du pouvoir au Mali.

 

Assimi Goïta n’est pas à l’abri d’un coup de force comme lui-même en a souvent opéré

 

 

L’argument sécuritaire n’est donc qu’un paravent pour le colonel au pouvoir au Mali, pour avancer masqué dans son projet d’éternité à la tête de l’Etat car, le président déchu, Ibrahim Boubacar Keita, avait organisé dans les mêmes conditions, sinon même  dans des conditions pires,   l’élection  présidentielle. Mais une chose est certaine, Assimi Goïta a tout intérêt à mettre fin, de façon pacifique et règlementaire, à la transition au Mali car les menaces à la sûreté de l’Etat à travers les complots déjoués, supposés ou avérés, sont des signes qui ne trompent pas. A défaut de le faire, il n’est pas à l’abri d’un coup de force comme lui-même en a souvent opéré. « Qui règne par l’épée, périra par l’épée » et cela est particulièrement vrai dans un pays en guerre où il est difficile de régenter la circulation et l’usage des armes.  C’est dans ce contexte d’imbroglio politico-sécuritaire que l’on apprend une bonne nouvelle : les regrets d’Ahmad Al Faqi Al Mahdi, du nom de ce djihadiste malien condamné en 2016 pour 9 ans de prison, par la Cour pénale internationale (CPI) pour crime de guerre portant sur des œuvres culturelles. En rappel, l’homme avait été l’instigateur de la destruction, à coups de pioches, de houe et de burin, de 9 mausolées de Tombouctou. Aujourd’hui, le djihadiste dit ressentir des remords et de la tristesse. Il demande à être libéré, affirmant être devenu un autre homme en détention. Quel crédit peut-on accorder à ce repentir et quelles chances l’homme a-t-il d’être entendu ? Il est difficile de répondre avec certitude à ces interrogations mais Ahmad Al Faqi Al Mahdi bénéficie de dispositions favorables pour avoir, à l’époque du procès, plaidé coupable et coopéré avec la justice. L’accusation s’est, en tout cas, dit favorable à une réduction de sa peine car, dit-elle, « il ne s’agit plus tellement de juger un homme sur des faits passés, mais de jauger un homme en se tournant vers l’avenir et l’impact qu’une réduction de peine pourrait avoir sur la société, des hommes et des femmes, où que ce soit ».  Mais tout cela ne saurait dissiper les craintes que l’homme retourne à ses premières amours si des mesures adéquates ne sont pas prises pour son insertion réussie dans la société.

 

« Le Pays »

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