HomeA la uneNOMINATION D’UN PREMIER MINISTRE EN RCA :Mahamat Kamoun sera-t-il l’homme providentiel ?

NOMINATION D’UN PREMIER MINISTRE EN RCA :Mahamat Kamoun sera-t-il l’homme providentiel ?


 

La République centrafricaine (RCA) a enfin son Premier ministre de confession musulmane. En effet, suite aux accords de Brazzaville, la présidente de la transition, Catherine Samba-Panza, a confié les clefs de la primature à Mahamat Kamoun. On peut se féliciter que ce choix n’ait pas trainé en longueur, compte tenu des urgences à gérer et des défis à relever dans ce pays. Avec cette nomination, on peut dire que la Centrafrique poursuit sa valse de Premiers ministres.

 

Sa contestation complique la tâche au tout nouveau Premier ministre

 

Ce, certainement dans l’espoir et dans l’optique de trouver un jour l’homme capable de fédérer les efforts et d’obtenir la collaboration de tous les Centrafricains pour résoudre la crise. Mahamat Kamoun sera-t-il l’homme providentiel ? Trop tôt pour le savoir. Seule certitude : il devra faire face à des obstacles de taille, à commencer par la nécessité de réussir à se faire accepter.

En effet, aussitôt nommé, il est contesté. La Séléka qui conteste la nomination de Kamoun n’entend pas participer au gouvernement que celui-ci devra mettre en place, les jours à venir. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette contestation complique la tâche au tout nouveau Premier ministre. En le contraignant à avoir comme priorité le combat pour se faire accepter, la Séléka ne rend pas service à la Centrafrique. En tout cas, son attitude a une influence négative sur l’agenda du Premier ministre. Elle ralentit la mise en route effective de sa feuille de route pour sortir la République centrafricaine du bourbier. Cela est inquiétant de la part de la Séléka qui devait plutôt se réjouir de l’arrivée aux affaires de cet ex-chef du Cabinet de Michel Djotodia.

Autre obstacle et non des moindres pour le nouveau Premier ministre : le manque de soutien, voire la contestation de la communauté internationale. En effet, Mahamat Kamoun n’est pas le candidat de la France dont on n’ignore pas le poids dans la sous-région et le rôle dans la quête de solution à la crise en RCA. L’absence de soutien de la France pour lui, dans ce contexte, n’est pas vraiment bon signe. Il faut espérer que l’ancienne métropole prendra acte de cette nomination et évitera de camper dans une logique autre que celle du bien des populations centrafricaines.

Dans la même veine, il faut croiser les doigts pour que l’Oncle Sam mette ne serait-ce qu’un peu d’eau dans son vin. En effet, un autre souci majeur liée à la nomination de Mahamat Kamoun est qu’il est persona non grata aux Etats-Unis. Difficile qu’avec cela, son administration puisse bénéficier d’une quelconque aide américaine si les choses devaient en rester là. Le nouveau Premier ministre a besoin d’un geste de la part des Etats-Unis d’Amérique : le retrait de son nom de la liste des personnes sanctionnées par une interdiction de séjour sur le territoire américain. Cela ne serait pas de trop pour le succès de sa mission, étant entendu qu’il pourrait à ce moment voyager pour rencontrer des partenaires de tous ordres, dans l’optique de trouver des solutions à même de sortir son pays de l’ornière.

 

Mahamat Kamoun a donné à voir qu’il n’entendait pas se laisser abattre par les difficultés

 

Ceci dit, cette nomination n’a pas que des faiblesses. Elle a des points positifs. En effet, elle est l’aboutissement de larges concertations initiées par Catherine Samba-Panza, avec les acteurs de la vie centrafricaine. Le choix a été fait parmi les personnalités qui lui ont été proposées par les différents acteurs qui se sont donné la peine de le faire. Et en choisissant l’ex-chef de Cabinet de Michel Djotodia, qui a par la suite été son conseiller spécial, la présidente Catherine Samba- Panza fait un coup de maître. En effet, elle aura non seulement nommé un de ses proches, mais aussi un homme qui, ayant appartenu lui-même à la Séléka, ne manquera certainement pas de partisans dans les rangs de ce mouvement. Cela est fort probable, étant donné que la Séléka est loin d’être un bloc monolithique. Elle est traversée par des courants contraires. Ces dissensions au sein de la Séléka, font qu’il ne serait pas surprenant que des éléments isolés ou non de ce mouvement approuvent donc le choix de la présidente de la transition et finissent par rejoindre le navire.

On peut même penser que la contestation de Kamoun est seulement l’œuvre d’éléments radicaux qui nourrissent le vœu d’une partition de la Centrafrique avec le secret espoir de placer leur mentor, Michel Djotodia, silencieux depuis son exil, à la tête d’une portion du pays qui serait une zone islamique. Cette partition de la RCA dont ils rêvent est une utopie, car on imagine mal un seul dirigeant de la zone ou la communauté internationale, soutenir un tel projet. Le faire reviendrait purement et simplement à mettre en danger certains pays voisins comme la République démocratique du Congo et le Tchad dans lesquels les velléités cessessionistes ne sont jamais loin. La contestation de Kamoun, certainement par quelques dissidents de la Séléka, ne devrait donc pas constituer un obstacle impossible à surmonter. De plus, le nouveau chef du gouvernement centrafricain peut se réjouir du fait qu’il n’est pas dans la ligne de mire des anti-balaka. En effet, en raison du facteur confessionnel hautement explosif, une contestation du nouveau Premier ministre par les anti-balaka aurait été un handicap plus difficile à surmonter que cette remise en cause de sa nomination par des éléments de la Séléka.

Toujours est-il que, conscient de l’importance de sa mission, Mahamat Kamoun a donné à voir qu’il n’entendait pas se laisser abattre par les difficultés que pose sa nomination. Il se pose de prime abord en rassembleur. Loin de bomber le torse et de se laisser confiner dans un carcan confessionnel, il appelle à l’union d’action de tous les Centrafricains pour sauver le pays. François Bozizé et Michel Djotodia entre autres, seraient bien inspirés de contribuer, ne serait-ce que par leurs hommes sur le terrain, à un apaisement effectif. Le Premier ministre dit compter sur la contribution des responsables des deux entités opposées (Séléka et anti-balaka). En tout état de cause, Mahamat Kamoun aura besoin de chacun et de tous                pour réussir sa mission dans un pays où les démons de la haine et de la division ont élu domicile depuis un certain temps.

 

« Le Pays »


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