HomeA la unePROJET D’INVESTISSEMENT PRIVE A LA FIFA : Infantino pourra-t-il infantiliser le football ?

PROJET D’INVESTISSEMENT PRIVE A LA FIFA : Infantino pourra-t-il infantiliser le football ?


Le football mondial a failli encaisser contre son camp le but le plus dangereux de son histoire récente. Cette fois, il ne s’agissait ni d’un penalty litigieux, ni d’une erreur d’arbitrage. Le danger venait du sommet même de la Fédération internationale de football association (FIFA).En voulant ouvrir la porte à un vaste projet d’investissement privé, le président de l’institution, Gianni Infantino, a donné l’impression de vouloir faire entrer le capital dans les vestiaires, les actionnaires dans les tribunes et les financiers jusque dans le rond central, transformant ainsi le temple du football en salle de marchés. Certes, le football moderne coûte cher et exige des ressources considérables.

 

Pendant que les autres confédérations montaient au pressing, l’Afrique est restée dans son camp

 

 

Car, les infrastructures, la formation, les compétitions et le développement ne se financent pas à coups de bonnes intentions. Mais lorsque l’argent cesse d’être un moyen pour devenir la finalité du jeu, le ballon ne roule plus pour le sport, il rebondit au rythme des intérêts financiers.La levée de boucliers des fédérations européennes, sud-américaines et asiatiques a finalement empêché cette offensive de finir au fond des filets. Elles ont incarné la  dernière ligne de défense d’un football qui refuse encore d’être coté en bourse. Face à cette résistance, Gianni Infantino a été contraint de remiser son projet. La Confédération africaine de football (CAF), en revanche, a choisi le silence. Une discrétion qui ressemble à une approbation tacite et qui nourrit, à tort ou à raison, les procès en dépendance et en complaisance à l’égard du président de la FIFA. Pendant que les autres confédérations montaient au pressing, l’Afrique est restée dans son camp, confortant l’idée que certains de ses dirigeants entretiennent avec Zurich, une proximité qui brouille dangereusement les lignes. Dans un match où il fallait défendre l’intérêt collectif, elle n’a jamais véritablement quitté le banc de touche. Cette séquence pose une question fondamentale : jusqu’où le football peut-il courir derrière l’argent sans perdre son âme ? Elle rappelle que son principal adversaire n’est plus seulement la corruption, les violences dans les stades ou les matchs truqués. Le véritable danger est désormais le culte du dieu Argent, prêt à franchir la frontière, aussi invisible que décisive, qui sépare le financement du football de sa marchandisation.

 

La tentation de transformer le football en actif financier n’a pas disparu

 

Car, une fois cette ligne franchie, qu’est-ce qui empêcherait demain les investisseurs d’influencer les calendriers, le format des compétitions, les règles du jeu ou les choix stratégiques ? Et si les logiques financières finissaient un jour par peser sur les résultats eux-mêmes ? À cet instant, le ballon n’appartiendrait plus aux joueurs ni aux supporters, mais aux actionnaires.Gianni Infantino aurait pu ouvrir le débat, consulter les confédérations et construire un consensus. Il a préféré avancer seul, comme si la FIFA était devenue un club privé plutôt qu’une institution mondiale ; comme si elle n’était plus une maison commune, mais une entreprise dirigée par un Président directeur général (PDG) convaincu que son conseil d’administration finira toujours par entériner ses décisions. Cette gouvernance verticale ne fait qu’alimenter les soupçons d’affairisme qui assombrissent déjà son mandat.Le projet est aujourd’hui suspendu, peut-être enterré. Le ballon a été sauvé sur sa ligne. Tant mieux. Mais le match est loin d’être terminé. Car, la tentation de transformer le football en actif financier, n’a probablement pas disparu. Elle attend simplement un contexte plus favorable pour revenir à l’attaque.Cette fois, le football mondial a remporté une manche. Mais le véritable championnat se jouera contre la puissance de l’argent. Et cette compétitionlà sera infiniment plus difficile à gagner que n’importe quelle Coupe du monde.

 

« Le Pays »

 


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