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RETOUR DE BLE GOUDE AU BERCAIL : Un pas de plus vers la réconciliation nationale


Comme cela a été annoncé  il y a un peu plus d’un mois  par le staff de son parti, le Conseil pour la justice et l’égalité des peuples (COJEP, Charles Blé Goudé, après un exil forcé de 9 ans passés à La Haye, en partie dans les liens de la détention de la Cour pénale internationale (CPI), est de retour au bercail depuis le samedi 26 novembre dernier. Malgré l’appel à la sobriété qu’il a lancé à ses sympathisants, le général de la rue n’a pas pu faire l’économie d’une fête populaire qui a rassemblé des milliers de partisans dans son fief de Yopougon. Au cours de cette liesse populaire aux allures de meeting,  l’homme n’a pas failli à sa réputation de grand tribun en prenant la parole pour remercier,  dans un style qui lui est propre, ses indéfectibles  soutiens et les autorités ivoiriennes qui ont facilité son retour sur sa terre natale.  Il a aussi salué  la mémoire des  3000 victimes des violences post-électorales de 2010-2011. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le retour de Charles Blé Goudé, après celui de son mentor et co-accusé, Laurent Gbagbo, constitue un nouveau palier de franchi dans le processus de réconciliation nationale initié par le président Alassane Dramane Ouattara (ADO) qui confirme chaque jour un peu plus, son statut d’homme de paix, à l’image du père de la Nation, Félix Houphouët Boigny.

 

Il y a peu de chances que Charles Blé Goudé puisse se mettre en marge de la marche de la nation ivoirienne

 

Et l’on est d’autant plus fondé à croire à ce pas de plus vers la concorde nationale, que Charles Blé Goudé, lui-même, s’est inscrit, dans son discours, dans la dynamique de la paix et invite ses soutiens à l’accompagner dans ce sens. Mais peut-on pour autant donner à l’ancien ministre de la Jeunesse, le bon Dieu sans confession ? D’aucuns, en tout cas, en doutent, craignant que l’auteur du livre, De l’enfer, je reviendrai, Côte d’Ivoire,  ne soit encore sous l’effet de l’euphorie de la patrie retrouvée. Ils redoutent que son apparence d’agneau ne cède bien vite, la place à sa véritable nature de loup comme pour confirmer Ahmadou Kourouma qui écrivait dans Le soleil des indépendances : « le molosse ne change jamais sa façon éhontée de s’asseoir ». En effet, l’homme, on ne le sait que trop,  s’est fait une sulfureuse réputation dans les discours haineux et incendiaires et l’on peut  avoir  de véritables craintes de voir la scène politique qui a tous les traits d’un volcan aux éruptions meurtrières, s’enflammer au détour d’une de ces déclarations dont lui seul a le secret. « Les anciens tisons s’enflamment vite » disent les Ivoiriens eux-mêmes et cela est particulièrement vrai dans ce cas précis où les cœurs des parents des victimes de la crise post-électorale, continuent de saigner en voyant la Justice blanchir, les uns après les autres, les responsables politiques.  Mais, il faut le dire, à l’état actuel des choses,  il y a véritablement peu de chances que Charles Blé Goudé puisse se mettre en marge de la marche de la nation ivoirienne. Et pour cause. Il a d’abord un devoir de gratitude envers les autorités ivoiriennes dont il salue lui-même la mansuétude.

 

On peut se surprendre à rêver aussi  du retour d’exil de Guillaume Soro

 

 Et même s’il venait à se dédire, il reste encore le  fait qu’il est tenu en laisse par le pouvoir du président Alassane Dramane Ouattara en raison de la condamnation judiciaire qui pèse sur lui. Autant dire que  l’homme a tout intérêt à se tenir à carreau. Il est d’autant plus contraint à faire profil bas que les rancœurs nées des années de braise des violences électorales, sont loin d’être éteintes et l’on ne peut exclure l’éventualité d’actes de vengeance de quelques victimes ou parents de victimes  qui ont du mal à tourner la page.  Cela dit, si l’on peut saluer le retour de Charles Blé Goudé qui est perçu comme un important pas vers la paix, l’on ne peut s’empêcher de penser que la réconciliation en Côte d’Ivoire se fait au sommet, entre acteurs politiques et sur le dos des 3000 victimes de la crise post-électorale qui sont reléguées aux oubliettes. Si l’on veut donc que cette réconciliation pour laquelle les acteurs politiques ne tarissent pas d’éloges, porte véritablement fruit, il faut nécessairement l’ancrer aussi dans la population, en y associant les parents des victimes qui, à défaut de voir s’appliquer la justice classique, peuvent se contenter de réparations et d’un mea culpa sincère des responsables politiques mis en cause. En attendant cette nouvelle dynamique dans le processus de réconciliation nationale,  l’on peut se surprendre à rêver aussi  du retour d’exil  de l’alter ego de Charles Blé Goudé, Guillaume Soro tombé en disgrâce et qui, depuis, erre dans la nature. Ce serait un autre pas de géant dans la réconciliation en Côte d’Ivoire, qui tirerait certainement le plus grand bien de réunir sous l’arbre à palabres, tous ses enfants exilés pour non seulement tourner définitivement la page de l’histoire de leur pays qu’il ont écrite en lettres de sang, mais aussi pour tracer ensemble les lignes de l’avenir sur le solide socle de la concorde nationale.

 

« Le Pays »

 


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