HomeA la uneSALVADOR YAMEOGO, PRESIDENT DU RDF, A PROPOS DE LA GOUVERNANCE MPP

SALVADOR YAMEOGO, PRESIDENT DU RDF, A PROPOS DE LA GOUVERNANCE MPP


L’auteur du point de vue ci-dessous, qui n’est plus à présenter, donne sa lecture de la situation socio-politique de notre pays, marquée par une grave crise sécuritaire qui a fait de nombreux déplacés. C’est dans ce contexte peu reluisant, dit-il, que les dirigeants en rajoutent en envoyant de mauvais signaux en matière de gouvernance.

« Fin 2019, nous publiions dans ces mêmes colonnes du « Pays », une modeste contribution à la recherche commune de solutions à la crise profonde que traverse notre pays, intitulée « Avant qu’il ne soit trop tard». Cette adresse interpellatrice à souhait, aurait dû connaître une revue d’étape courant mars 2020. Les évènements tragiques de ce début de mois, là (43 morts, dans le Yatenga, pour l’essentiel dans la communauté peule) ont ravivé les cendres encore fumantes du drame de « Yirgou» et le spectre d’une crise intercommunautaire. Un malheur n’arrivant jamais seul, le coronavirus franchissait officiellement nos frontières, inhibant nos projets et impactant négativement toutes nos actions. Nous avons, à dessein, préféré différer. A quatre (04) mois du scrutin couplé de novembre 2020 (présidentielle et législatives) et singulièrement après l’investiture, par le MPP, du président Roch Kaboré, président du Faso sortant, quelle est la situation, relativement à notre proposition d’alors, vu les évolutions récentes et tendances lourdes ? Au plan sécuritaire tout d’abord, le retournement espéré, en dépit de la vaillance de nos FDS et des coups sévères portés à l’ennemi, ne s’est pas encore produit. La fréquence des attaques semble même s’être accrue, avec sa litanie macabre de morts (plus du millier). Les « Sommets » du G5 Sahel se succèdent, de Pau à Nouakchott, mettant à nu l’étendue du chemin encore à parcourir, en termes de coordination des forces conjointes, comme de mobilisation des ressources nécessaires à la lutte contre le péril djihadiste. La Côte d’Ivoire, à son tour, semble en ligne de mire. A ce constat peu encourageant, s’ajoute celui plus inquiétant de la permanence d’attaques et de meurtres récurrents dont sont victimes les populations civiles, principalement peules. Les déclarations de HRW, du président Macron et tout dernièrement de l’administration américaine sont éloquentes de la gravité du sujet, comme de l’acuité de la réponse à y apporter, sans délai, surtout quand nos FDS (à tort ou à raison) sont pointées du doigt. La résolution de ce problème est probablement la priorité des priorités. S’agissant des déplacés internes (proches du million), dont la courbe épouse celle des attaques, les Nations unies avaient alerté sur l’ampleur des besoins et la visite du président du Faso à ceux-ci, adressait alors un message fort, quant à la vive préoccupation qui était sienne. Leur situation est en dégradation continue, suscitant solidarité et promesse d’appui, notamment de l’Union européenne. Prions que Dieu nous épargne d’un rebond du Covid-19. Au plan de la gouvernance d’une manière générale, et dans un contexte où l’opinion est abreuvée « d’affaires supposées » ou de scandales avérés de gouvernance politique et/ou économique, trop de signaux négatifs sont envoyés, notamment en aliments à la fronde syndicale et sociale. Ceux-ci occultent, au demeurant, les acquis du gouvernement dans quelques domaines (infrastructures, énergie, adduction d’eau, santé, etc.). Le Front syndical et social précisément, avant la survenue de la pandémie, montait dangereusement en puissance, se « métastasant » et trouvant une base nationale à une demande initialement catégorielle. Avec l’élargissement au privé, les syndicats intégraient d’autres demandes sociales, sécuritaires et démocratiques, rejoignant beaucoup de mouvements et d’associations de lutte. Les syndicats sont dans leur rôle et l’histoire de notre pays est jalonnée d’exemples où leur détermination n’a pas failli. A défaut d’une trêve officielle, de longue durée, que la situation sécuritaire (voire de guerre) faisait obligation au gouvernement d’obtenir, le front syndical, « en pause » pour cause de pandémie, se réveille de son propre confinement. A cet égard, la survenue de la pandémie avait été
« providentielle » par le répit inattendu accordé au gouvernement.

Au plan de l’agenda électoral

Tout ce qui précède, n’est pas, manifestement, de nature à lever toutes les inquiétudes sur l’agenda des élections, rien ne témoignant de notre capacité accrue, à sécuriser l’ensemble du processus sur toute l’entendue du territoire national, à cet effet. Mieux, le débat polémique récent sur le découplage ou non du scrutin, assorti d’une prorogation du mandat des députés, initié par l’Assemblée nationale, rend une égale justice à ceux, peu nombreux, qui avaient, tôt, soulevé la question du calendrier électoral, eu égard au contexte sécuritaire qui était le nôtre. En second, il pose une question de fond, de pur bon sens et pas uniquement pour les non-constitutionalistes que nous sommes. Le droit a-t-il pour vocation de régler les situations en balisant le champ de tous les possibles ou est-ce la réalité complexe des faits qui a obligation de se « conformer » en tous temps et tous lieux au moule du droit ? Les élections sont essentielles et nécessaires, d’autant que tout le monde s’accorde à dire que la lutte contre le djihadisme sera un combat de longue haleine, dans lequel les armes létales seules ne pourront suffire (cf. Rapport de International Crisis Group « Burkina Faso : sortir de la spirale des violences », février 2020). Pour autant, les risques immédiats, inhérents à une élection, à la date indiquée, ne doivent pas être sous-évalués, concurremment à ceux, le cas échéant, d’une transition collectivement organisée, solidairement assumée et centrée sur une approche multidimensionnelle de gestion, de la plus grave crise que le Burkina Faso ait jamais connue. Telle était la proposition centrale de « Avant qu’il ne soit trop tard ». La question « concurrente » d’un potentiel vide constitutionnel est certes pertinente, mais nous paraissait en deçà de l’enjeu (la préservation même de notre territoire, sur lequel exercer ce droit). Le découplage proposé établit explicitement une hiérarchie des enjeux davantage que des normes. La présidentielle diffère substantiellement des législatives et ce n’est pas que sur le strict plan de la sécurité requise. Aussi, la question du respect du calendrier électoral, pour les législatives, aurait peut-être mérité que l’on s’y attarde, quelque peu, sans démagogie aucune, mais avec lucidité et courage. A la date du 11 juillet 2020, les partisans du report du scrutin du 22 novembre sont loin de constituer une majorité. Le débat rappelé plus haut sur le découplage desdites élections le démontre à suffisance comme nous l’indiquent, aussi, des constitutionalistes de renom. En démocrate, nous nous soumettons et acceptons le fait majoritaire, selon lequel nos compatriotes (majorité et opposition confondues) souhaitent que les élections se tiennent à bonne date.

En conclusion

Ceci étant, le débat politique sur le « dialogue national inclusif » et la Réconciliation, ne saurait être considéré pour autant comme clos, ni l’idée d’une « transition véritable », obsolète. Tout ce qui sous-tendait ces objectifs stratégiques, demeure. Et ce n’est nullement faire injure aux différents candidats à la présidentielle, dont les projets de société nous seront bientôt servis, que de le dire. Toutes les questions qui auront été mises en suspens (pour ne pas dire « sous le boisseau ») le temps des élections, vont inévitablement resurgir. Dans le pire des cas, grosses de risques sur l’acceptation du verdict des urnes ou la représentativité/légitimité des élus, en raison d’un scrutin contraint dans l’espace, par les questions sécuritaires. S’y ajoute un risque non encore perceptible au Burkina, mais avéré semble-t-il au Mali, d’une implication des djihadistes dans le jeu électoral… Prenons collectivement acte de tout cela et prenons date après la présidentielle, avec le futur président du Faso élu, car ce sera immanquablement l’un de ses premiers chantiers. Instruits par le passé récent, continuons de compter d’abord sur nous-mêmes. Ne gaspillons ni nos forces, ni nos ressources. Faisons, si possible, l’économie de la crise syndicale et sociale qui couve et celle de vaines querelles politiciennes. Observons attentivement ce qui se passe au Mali et en Côte d’Ivoire. Ajoutons à notre résilience légendaire, le sens de l’anticipation et la force du dépassement.

Il nous reste peu de temps.

Salvador M. YAMEOGO Président du RDF
Juillet 2020 »


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