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SOMMET DE MARRAKECH SUR LE CLIMAT : Le plus dur commence

Marrakech accueille du 7 au 18 novembre 2016, la 22e conférence de la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques, la COP 22. C’est la deuxième fois que cette ville marocaine abrite le sommet mondial sur le climat. Rendez-vous crucial pour la planète, ce dernier en est vraiment un. Elle devra servir de cadre à un début de mise en route des engagements contre le réchauffement climatique issus de l’Accord de Paris. La COP 22 devra notamment permettre de dégager une feuille de route de cette lutte dont la phase active est prévue pour intervenir à partir de 2020. Elle devra également dessiner l’ossature des efforts de mobilisation des 100 milliards de dollars annuels qui devront être mis à disposition des pays pauvres dans le cadre des actions pour sauver la planète.

Comme on le sait, les scientifiques ont suffisamment démontré que la planète est en danger. C’est, du reste, ce que traduisent des phénomènes comme la fonte des glaces et l’élévation subséquente du niveau des océans. Il y a également les inondations et la désertification avec toutes leurs conséquences désastreuses qui témoignent, si besoin en était encore, que la planète va mal, qu’elle se réchauffe de façon accélérée et dangereuse.  

 

Il y a des obstacles et non des moindres à lever

 

Les pays sous-développés sont victimes de la pollution engendrée en grande partie par les pays industrialisés. L’Afrique, par exemple, paie déjà un lourd tribut avec notamment les inondations, la sécheresse et les famines qui découlent de ce dérèglement climatique. La nécessité d’inverser la tendance ne fait quasiment pas l’objet de contestation depuis le Sommet de la Terre en 1992. Seulement, c’est la mobilisation des moyens nécessaires qui a bien souvent fait l’objet de gorges chaudes. Car les principaux pollueurs rechignent à revoir leurs modes de production. Ce qui est périlleux pour l’humanité tout entière. Quant aux pays en voie de développement, ils n’ont pas suffisamment de moyens pour jouer leur partition. Ils attendent d’ailleurs des pays développés qu’ils délient le cordon de la bourse pour leur permettre de contribuer à cette lutte contre le réchauffement.

La solution passe par l’adoption et la vulgarisation des énergies vertes. A ce niveau, le continent africain offre de réelles perspectives. Avec le soleil à profusion dans la bande sahélo-saharienne notamment, on a une alternative crédible au pétrole. Il en est de même de l’eau avec de grands réservoirs naturels comme le fleuve Congo. Seulement, la tâche est ardue. Ce qui fait dire que c’est maintenant que le plus dur commence. En effet, il y a des obstacles et non des moindres à lever, des fondamentaux à asseoir si on veut réussir cette lutte. D’abord, il y a un effort pédagogique non négligeable à faire sur la question. Le changement climatique est encore abstrait pour certaines populations. Bien des gens considèrent que c’est un débat d’experts, de riches, en tout cas, étranger à leurs préoccupations quotidiennes et immédiates de survie. Il importe à ce niveau qu’une campagne vigoureuse de sensibilisation soit menée tant par les gouvernants que par les acteurs de la société civile. Il faut illustrer les théories par des exemples de dérèglements climatiques tirés du vécu quotidien de ces populations. Les populations du Burkina, par exemple, notamment celles de Ouagadougou ont encore en mémoire les douloureuses images de l’inondation du 1er septembre 2009. Si les concepts sont rendus accessibles aux populations, ces dernières pourront mieux apporter leur contribution à cette lutte vitale.

Ensuite, il faudra résoudre la question du basculement vers les énergies vertes. Pendant que le potentiel, en ce qui concerne ces énergies, se trouve en Afrique, les technologies pour leur exploitation se trouvent en Occident. Les ressources financières aussi. Il importe donc que l’Afrique soit soutenue par les pays développés dans le cadre de l’adoption et de la vulgarisation des énergies vertes. Ce ne sera pas facile. On imagine aisément que les puissants lobbies ne resteront pas les bras croisés face à ce qui s’apparentera à un démantèlement de leur mainmise sur le monde. On pense notamment aux lobbies du pétrole qui ne voient pas forcément d’un bon œil cet appel au changement de sources d’énergies ici et maintenant. Certaines industries qui produisent également du matériel fonctionnant avec les énergies fossiles actuellement utilisées, freineront également des quatre fers dans la marche vers ces énergies vertes qui va nécessiter une réadaptation de leurs machineries.

 

Il y a lieu de faire en sorte que la transparence soit au cœur de toutes les actions de lutte contre le réchauffement climatique

 

Enfin, et même si on arrivait à faire plier l’échine à ces lobbies d’une manière ou d’une autre et à mobiliser les ressources financières pour sauver la planète, le succès ne sera pas au rendez-vous sans la bonne gouvernance. On se souvient que l’argent destiné à la lutte contre le SIDA a, dans bien des pays africains, été géré sans égards pour l’orthodoxie en la matière. Il est fort à parier que si les dispositions ne sont pas prises, les fonds qui seront alloués à la lutte pour la restauration et la protection de l’environnement, subiront le même sort. Surtout dans une Afrique où les dictateurs ont besoin d’amasser encore et encore de l’argent pour paraître et corrompre à tour de bras.  Il est donc important de veiller à ce que ces programmes de lutte contre le réchauffement climatique ne soient pas les nouvelles vaches à lait de dirigeants sans scrupules.

En tout état de cause, il y a lieu de faire en sorte que la transparence soit au cœur de toutes les actions de lutte contre le réchauffement climatique. Transparence dans les efforts qui seront faits par les uns et les autres. Mais aussi transparence dans la gestion des ressources qui seront mobilisées à cet effet. Il importe que chaque pays  rende compte périodiquement de ce qu’il a fait, de ce qu’il lui reste à faire, bien entendu sur la base d’un plan d’actions cohérent et validé. La société civile devrait avoir un rôle central dans l’ensemble de ce processus si on veut prévenir les écarts comme les détournements et bien d’autres choses pas catholiques. Et pour prévenir des distorsions que pourrait occasionner l’action d’éventuelles brebis galeuses, dans les rangs de la société civile également, un dispositif performant de suivi international des engagements de chaque Etat et de leur mise en œuvre, assorti de sanctions, serait un bon outil. C’est à ce prix que l’humanité se donnera les chances de sauver la maison commune, cette planète bleue.

 

« Le Pays »

 

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