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VIOLENCES MEURTRIERES AU CAPITOLE:Quand Trump transforme le pays de l’Oncle Sam en Etats Honnis d’Amérique

Le 6 janvier 2021 restera de triste mémoire dans l’histoire des Etats-Unis. Ce jour-là, le monde entier s’est réveillé avec une nouvelle image peu reluisante de l’Amérique. En effet, la certification de la victoire de Joe Biden à la présidentielle du 3 novembre dernier par le Parlement, qui devait être une simple formalité, a viré au drame après l’envahissement du Capitole par des partisans de Donald Trump qui est toujours dans la contestation des résultats. Bilan de la tambouille : 4 morts et une cinquantaine d’interpellations parmi les manifestants chauffés à blanc quelques instants plus tôt par le discours pour le moins offensif du chef de l’Etat sortant qui refuse toujours d’accepter que ses compatriotes lui aient majoritairement retiré leur confiance dans les urnes, pour un second mandat. On se croirait en Centrafrique où la présidentielle du 27 décembre dernier, fait l’objet d’une contestation armée, ou encore en Ouganda de Yoweri Museveni à la recherche d’un sixième mandat.

Dans sa volonté de tailler des croupières à la démocratie, le roi Trump s’est retrouvé de plus en plus nu

Ici, pour un rien, des journalistes et autres challengers du chef de l’Etat sortant, font l’objet d’une répression aveugle dans la course à la succession du maître de Kampala,  prévue pour le 14 janvier prochain. Ce genre de scénarii sont malheureusement légion en Afrique où les donneurs de leçons ne ratent pas l’occasion de condamner ces actes attentatoires à la démocratie.  Mais dans le cas d’espèce où les partisans de Donald Trump ont pris d’assaut le Parlement, dans le but de perturber les travaux des élus, on est bien aux Etats-Unis d’Amérique qui revendiquent la place de leader en matière de démocratie comme dans bien d’autres domaines. Une belle occasion pour des présidents africains bien élus, de donner la réplique à l’Amérique en remontant les bretelles au locataire de la Maison Blanche.  Car, ce dernier ne semble pas avoir encore compris qu’au pays de l’Oncle Sam, il n’y a pas d’homme fort, mais des institutions fortes dirigées par des hommes et des femmes qui ont une haute idée de leurs responsabilités envers le peuple. C’est donc sans surprise que dans sa volonté de tailler des croupières à la démocratie, le roi Trump s’est retrouvé de plus en plus nu, lâché par ses plus proches collaborateurs et pas des moindres, à commencer par son vice-président Mike Pence qui a refusé de prendre en otage la session de validation de la victoire de son rival. C’est dire si au plan intérieur, l’Amérique peut se sentir fière de sa démocratie parce qu’elle a des remparts solides pour la protéger, et la protéger contre le chef de l’Etat si ce dernier venait à constituer, d’une façon ou d’une autre, une menace.

Contrairement à l’Afrique où en pareilles circonstances, l’entourage du prince régnant n’ose pas lever le petit doigt, par peur ou par simple souci de préserver ses intérêts purement égoïstes. C’est en cela que les démocrates africains doivent fustiger l’attitude de Donald Trump qui est un encouragement aux  dictateurs du continent dans leurs dérives autocratiques. De ce point de vue, on peut craindre que l’avenir de la démocratie sur le continent noir ne soit négativement impacté du seul fait des turpitudes du milliardaire homme d’affaires à la tête de la première puissance mondiale. Car des Trump, le continent africain en compte déjà à foison, mus, non pas par des envies de deuxième mandat mais de pouvoir à vie.

Trump, à la Maison Blanche, est un accident de l’histoire

Mais quelques part, on est tenté de dire que c’est bien fait pour cette Amérique où n’importe qui peut en être président, pourvu qu’il ait suffisamment de fric ou de soutiens financiers. Même en rêve, Trump ne se verrait jamais président dans certains pays d’Europe (France, Allemagne, Italie, etc). Certes, ici aussi l’argent compte. Il faudrait en plus de la cervelle et de l’éducation.

Et puis, ce qui vient de se produire est probablement imputable aux insuffisances ou manquements de  la Constitution américaine. 

Cela dit, avec les scènes de cette folle journée de chaos au Capitole, l’Amérique de Donald Trump a montré qu’elle n’est pas loin des « pays de merde ». Même si l’on peut estimer que Trump, à la Maison Blanche, est un accident de l’histoire, son attitude est la preuve que la démocratie n’est pas un aboutissement, mais une quête permanente. C’est pourquoi il est temps, pour les Africains, de cesser d’idéaliser la démocratie occidentale et de se créer leurs propres repères pour écrire leur propre histoire, à condition de trouver  la solution à la question de la patrimonialisation du pouvoir qui reste le péché mignon de bien des dirigeants du continent. Car, si l’Occident a jusque-là su se montrer sous son meilleur jour, le cas Trump est la preuve que l’envers du décor y existe aussi. Et il semble particulièrement laid.

En tout état de cause, cette intrusion violente au Capitole, des partisans de Trump qui n’ont heureusement pas pu empêcher la certification de la victoire de Joe Biden, sonne comme le baroud d’honneur d’un président iconoclaste  qui aura réussi le tour de force de mettre l’Amérique et le monde sens dessus dessous en quatre ans. Et c’est peu dire qu’en dehors de ses partisans zélés, il y a peu de chances que le mari de Melania se fasse regretter pour ce qui ressemble à un éphémère et malheureux passage à la tête de l’Etat américain. Ce qu’il faut à présent craindre, c’est son éventuel retour, dans un futur plus ou moins proche, au devant de la scène politique. Cependant, avec ce qu’il a donné de voir, on espère que les Américains auront été suffisamment instruits pour ne pas se laisser Trumper une seconde fois. En tous les cas, Trump mérite d’être châtié à la hauteur de sa forfaiture. Si ce n’était pas le cas, d’autres Donald Trump pourraient ressurgir sans délai dans l’histoire américaine. Mais en attendant, on a envie de se demander si l’appellation Etats Honnis d’Amérique, ne convient pas mieux au pays de l’Oncle Sam.

 

 « Le Pays »

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