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CANDIDATURE DE ALPHA CONDE A UN 3e MANDAT  

Le sang va encore couler, hélas !

Le 5 août dernier, s’est ouverte à Conakry, la capitale guinéenne, la convention nationale du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), le parti au pouvoir. Cette convention qui doit désigner son candidat pour la présidentielle du 18 octobre prochain, fait figure de simple formalité pour le Pr. Alpha Condé déjà plébiscité par la base du parti lors de ses conventions régionales.  En l’absence d’adversaire déclaré – qui commettrait ce crime de lèse-Excellence ? – l’actuel locataire du Palais de Sékoutoureya se frotte les mains.  Acte II, pour ainsi dire, d’un plan savamment ourdi par l’octogénaire dirigeant en vue de s’autoriser un troisième bail à la tête de l’Etat. L’acte I ayant été l’adoption, contre vents et marées, de la très controversée nouvelle Constitution, datant du 22 mars dernier.  Hélas, sur le chemin déjà jonché de cadavres, de sa funeste ambition, l’on voit mal le Pr.  Condé reculer ; lui qui a déjà suffisamment apporté la preuve que rien ne saurait l’empêcher de monter à l’assaut du 3e mandat qu’il convoite ardemment.  Il faut donc craindre que la comptabilité macabre ne s’allonge dans les prochains jours en Guinée.

 

Après avoir exercé deux mandats successifs, que peut encore donner l’actuel dirigeant, à la Guinée ?

 

Hélas, le sang risque de couler encore ; c’est le moins que l’on puisse redouter face au régime répressif du Professeur. Des craintes d’autant plus fondées que, dans son bras de fer avec le pouvoir en place, le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC) promet de revenir à la charge à travers ses marches et meetings, après la trêve qu’il observe pour favoriser le bon déroulement des examens scolaires en cours en Guinée.  Condé officiellement désigné comme le porte-étendard du RPG au prochain scrutin présidentiel, voilà qui sonnera comme une ultime provocation et ravivera les braises de la contestation. Une fois le Pr Condé sorti du bois, on peut être sûr que bien des Guinéens redescendront dans les rues de Conakry et des villes intérieures, pour crier leur colère. Pour tout dire, en sautant le pas, le chef d’Etat guinéen s’engage sur une voie qui, pour lui, risque de ne pas être un long fleuve tranquille. Qu’y gagne-t-il ? Surtout qu’il fait déjà face à un faisceau de mécontentements aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur, comme ce front récemment ouvert du côté de l’Hexagone, le Collectif pour la transition en Guinée (CTG) pour ne pas le nommer, un mouvement qui s’est résolument dressé contre son projet de 3e mandat. Soit dit en passant, ce collectif entend s’attaquer à la corruption, considérée comme le Talon d’Achille de la gouvernance Condé. A quatre-vingt-deux ans révolus, et après avoir exercé deux mandats successifs, que peut encore donner l’actuel dirigeant, à la Guinée, qu’il n’a pas pu lui offrir en une décennie ? Aujourd’hui si boulimique du pouvoir, quel respect peut-il encore inspirer, après s’être présenté, dans une autre vie, c’est-à-dire quand il était dans l’opposition, comme un héraut de la lutte contre la dictature ?    Au cours de sa longue traversée du désert, le bouillant opposant qu’il était, s’était affiché comme un démocrate dans l’âme, sur lequel les Guinéens pouvaient compter. Tout cela n’était que rideau de fumée ! 

 

La lutte du FNDC sera-t-elle payante ?

 

Accroché au pouvoir et déterminé à y rester le plus longtemps possible et par tous les moyens, le Pr Condé s’est aujourd’hui affublé des haillons de l’autocrate, au grand dam du peuple guinéen dont une frange importante aspire au changement. Désormais, c’est lui qui fait avaler à son opposition, les mêmes couleuvres que lui avaient fait ingurgiter, ses prédécesseurs. Et au-delà de l’opposition politique, c’est un peuple qui se voit pris en otage.  Les mises en garde contre un 3e mandat, et autres conseils de quelques-uns de ses pairs de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), lui seront donc passés dessus comme de l’eau sur les plumes d’un canard.  A ce propos, on se souvient qu’une mission de la Communauté ouest-africaine avait été éconduite par le dirigeant guinéen, au plus fort de la crise générée par son projet de 3e mandat.  Jusqu’au bout, il sera resté sourd à toutes les objurgations.  Quant à la communauté internationale, elle continuera certainement de laisser faire tant que ses intérêts ne seront pas menacés en Guinée.  Tant que les affaires marchent bien, il faut éviter d’effaroucher l’irascible Condé.  On s’achemine donc un peu plus vers un troisième bail pour le Pr Condé.  La lutte du FNDC sera-t-elle payante ? Aura-t-il le dernier mot dans son mano a mano avec le pouvoir en place ?  Que fera l’opposition si elle n’obtient pas le renoncement du Professeur à son projet ? Optera-t-elle pour le boycott ? Pour les autocrates, un tel choix les laisse généralement de marbre. Comme c’est souvent le cas, en Afrique, ils se font accompagner par des candidats « motards » qu’ils auront auparavant mis dans leur poche. Qu’en sera-t-il pour la Guinée ? L’avenir nous le dira.

 

« Le Pays »

 

 

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