CHEOUR FARHAT, ANCIEN AMBASSADEUR DE LA TUNISIE AU BURKINA « Le malade burkinabè, avant son évacuation, doit avoir une idée claire sur les soins qu’il va recevoir »

CHEOUR FARHAT, ANCIEN AMBASSADEUR DE LA TUNISIE AU BURKINA     « Le malade burkinabè, avant son évacuation, doit avoir une idée claire sur les soins qu’il va recevoir »

 

 

Cheour Farhat est un ancien ambassadeur de la Tunisie qui a servi au Mali, au Burkina Faso et au Niger, de 2004 à 2009. Actuellement, il est titulaire d’un agrément délivré par le ministère de Commerce tunisien en tant qu’expert en export en Afrique. Titulaire d’une licence en droit privé et d’un doctorat de troisième cycle en droit international privé de la Faculté de Droit et des sciences politiques de Tunis, il a été Assistant Expert à la Faculté de Droit de Tunis et de Sfax pendant sept (7) ans. Il a également exercé la profession d’Avocat auprès de la Cour de cassation dans son pays. Nous avons échangé avec lui sur plusieurs sujets.  

 

« Le Pays » : Vous êtes un ancien ambassadeur de la Tunisie. Quelles sont vos occupations actuelles ?

 

Cheour Farhat : Je suis installé depuis trois mois au Burkina Faso. On a créé une société de services dans le domaine de la santé, basée à Ouagadougou. Elle a pour objectifs de développer la coopération   en matière de santé entre la Tunisie et le Burkina Faso. La formation en matière de santé, le transfert de compétences, la mise à disposition du plateau technique médical ainsi que le savoir-faire des médecins tunisiens au profit des malades burkinabè, sont autant de finalités et buts qu’on veut atteindre à travers la création de « Zitouna Afrique ».

Votre pays, la Tunisie, se démarque par la qualité des soins et le développement de la médecine. Comment est-il arrivé là ?

 

Il est vrai qu’aujourd’hui, les indicateurs en santé en Tunisie sont réputés pour être les meilleurs en Afrique. Cela s’explique par une stratégie étatique établie depuis l’indépendance en 1956. Cette stratégie se définit en trois axes majeurs. D’abord, la Tunisie a un processus original en matière démographique la distinguant de tous les pays arabo-musulmans et africains. Selon les statistiques, en 54 ans, la population tunisienne s’est multipliée par 2.6 (en 1958, 3 780 000 habitants contre 10 329 000 en 2010). Ensuite, l’offre de soins en Tunisie est assurée par un grand dispositif de structures publiques, parapubliques et privées. Ainsi, les statistiques révèlent en 2008 :  22 CHU d’une capacité de 9 000 lits ; 34 Hôpitaux régionaux d’une capacité de 6 000 lits ; 118 hôpitaux de circonscription d’une capacité de 3 000 lits ; 2 067 Centre de Santé de Base ;  3 hôpitaux militaires ; 1 hôpital des Forces de sécurité ;  6 Polycliniques de la Caisse nationale de sécurité sociale. Le secteur privé compte 200 cliniques privées d’une capacité de 15 000 lits et 105 Centres de dialyse. On dénombre 18 000 médecins soit un médecin pour 600 habitants. Elle a aussi investi dans le personnel paramédical. Le nombre d’infirmières et de sages-femmes a augmenté à un rythme important, notamment en raison des normes d’encadrement largement suivies. Enfin, la formation est une pierre angulaire dans le développement de la santé en Tunisie. On dénombre aujourd’hui l’existence de quatre facultés de médecine, d’une faculté de Pharmacie, d’une faculté de médecine dentaire, de quatre écoles supérieures des sciences et techniques de la santé, de 19 Ecoles Professionnelles de la Santé Publique. En plus de cette évolution,  une autre composante importante dans le domaine de la Santé est l’accent mis sur la Technologie médicale (avec 25 IRM, 150 scanners, 50 installations Cathétérisme cardio-vasculaire). En définitive, la Tunisie consacre 8% de sa richesse nationale aux dépenses de Santé. Ainsi, la consommation de médicaments est couverte à 50% par la fabrication locale. Ce sont autant de chiffres et d’exemples qui démontrent que la politique étatique établie par la Tunisie depuis l’indépendance, a donné beaucoup de résultats positifs.

 

De la coopération dans le domaine de la santé entre secteur privé et public

 

Pensez-vous qu’un pays comme le Burkina Faso peut se construire un système de santé aussi performant que celui de la Tunisie ?

 

Je crois que l’Etat burkinabè représenté par le ministère de la Santé, effectue des efforts louables afin de développer le secteur de la Santé en améliorant le plateau technique des structures publiques et en mettant en place les bases solides de la formation, du personnel médical et paramédical. Par cette stratégie étatique, l’Etat burkinabè pose un socle très important axé sur les infrastructures et la formation, qui sera catalyseur de développement dans le domaine de la Santé. Il faut noter aussi que le ministère de la Santé, à travers le Conseil national de santé (CNS), fournit un effort considérable en prenant en charge l’évacuation sanitaire des malades hors du Burkina Faso. Le secteur privé de la santé du Burkina est très dynamique, car il offre des soins de haut niveau grâce au savoir-faire des médecins et chirurgiens burkinabè. Toutefois, le grand handicap reste le développement du plateau technique sanitaire. La défaillance de ce dernier oblige à recourir aux évacuations hors du pays. Dans ce même ordre d’idées et par rapport au développement du domaine de la santé au Burkina Faso, la polyclinique Zitouna que nous représentons, est en train de mettre en place, avec le ministère de la Santé et des opérateurs privés, des thématiques de formation dans le domaine de la Santé, un échange d’expériences et de savoir-faire, des visites réciproques, des stages en Tunisie pour le personnel médical et paramédical burkinabè. C’est dans le cadre de ce partenariat gagnant-gagnant que nous concevons la coopération entre nos deux pays frères. L’idée phare de notre société « Zitouna Afrique »  est la coopération au service de la Santé, une idée qui résume tout.

Selon vous, y a-t-il déjà une coopération entre le Burkina Faso et la Tunisie sur le plan de la médecine ? Si oui ; dans quels domaines précisément ?

 

Les relations d’amitié et de fraternité entre la Tunisie et le Burkina Faso ont constitué une base solide qui a permis d’établir des conventions de coopération en matière de santé reproductive. La visite du ministre de la Santé en Tunisie en fin 2017, a été l’occasion de signer avec son homologue tunisien, quatre conventions de partenariat dans le domaine de la santé. Le ministre burkinabè a visité la ville de Sfax qui est le premier pôle de santé en Tunisie, avec ses établissements sanitaires équipés des dernières technologies. Ses ressources humaines disposent de tous les atouts lui permettant d’offrir aux malades une plateforme médicale de qualité, à la pointe de ce qui se fait dans le domaine des soins de santé. La ville de Sfax compte 1 790 médecins dont 1 113 spécialistes. Elle comporte 17 polycliniques dotées d’équipements de haute qualité, avec une médecine de pointe dans différentes spécialités.

Le Burkina Faso effectue souvent des évacuations sanitaires dans certains pays d’Afrique du Nord. Qu’en est-il de la destination  Tunisie ?

 

De plus en plus, les évacuations sanitaires du Burkina Faso se font vers la destination tunisienne. En témoignent les nombreux accords existants entre le Burkina Faso et la Tunisie dans le domaine de la santé. Le forum de santé Tuniso-Africain « Sfax Pôle de Santé » organisé au mois de juin 2017 et le dernier Salon du tourisme de la Santé organisé du 7 au 10 mars 2018, ont vu la présence d’une importante délégation du Burkina Faso. Cela a permis de renforcer la coopération, dans le domaine de la santé, entre secteurs privés et publics des deux pays.

Parlant des évacuations sanitaires en Tunisie, avez-vous une idée de comment les choses se passent ?

 

De prime à bord, il faut dire que l’opération d’évacuation du malade hors du Burkina Faso doit obligatoirement être bien encadrée et institutionnalisée. Le malade burkinabè, avant son évacuation, doit inéluctablement avoir une idée claire et précise sur les soins qu’il va recevoir, sur les prix de ses soins et principalement sur la structure d’accueil en Tunisie. Tous ces ingrédients qui vont permettre la réussite de l’opération d’évacuation du malade burkinabè, ne peuvent être offerts que par le biais d’une structure bien organisée, installée à Ouagadougou et d’une représentation exclusive d’une polyclinique tunisienne bénéficiant d’un plateau technique médical développé et de médecins et chirurgiens de renommée. Toutefois, la réalité est tout autre, car les malades sont généralement évacués de façon arbitraire ; ce qui engendre, dès leur arrivée en Tunisie, beaucoup de problèmes sur le plan médical et financier. Pour les malades devant être évacués en Tunisie, voici quelques conseils en guise de suggestions : il faut s’adresser à une structure représentant exclusivement une polyclinique tunisienne, afin de réunir les bonnes conditions de l’opération d’évacuation. Cette structure doit instruire tout un dossier administratif comportant votre dossier médical, l’avis du Docteur tunisien, et la nature des soins que vous allez recevoir au sein de la Polyclinique en Tunisie.  Cette structure doit instruire également un dossier financier qui vous informe de façon précise sur le coût des soins que vous allez recevoir en Tunisie, un devis définitif et un reçu attestant du paiement de ces soins par virement dans le compte de la structure représentant la Polyclinique ; une autre équipe doit se charger de l’accueil du malade à l’aéroport de Tunis-Carthage et de toute la logistique durant son séjour en Tunisie. Tous ces éléments réunis, permettront de faire bénéficier au malade burkinabè évacué en Tunisie, des conditions de réussite de son évacuation.

 

Etes-vous prêts à faciliter l’évacuation sanitaire de certains malades du Burkina Faso en Tunisie ?

 

Notre société, « Zitouna Afrique », est aujourd’hui prête à faciliter l’évacuation sanitaire des malades du Burkina Faso vers la Tunisie, puisqu’on a mis en place tout le dispositif nécessaire (comme précisé ci-haut) afin de réussir l’opération d’évacuation.

Valérie TIANHOUN

 

 

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