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CLEMENT SAWADOGO, 2e  VICE-PRESIDENT DU MPP « Notre pays est à la croisée des chemins et ses leaders politiques, tous bords confondus, n’ont pas droit à l’erreur»

 

Le président Roch Marc Christian Kaboré a initié un dialogue politique dont les dates fixées, initialement, sont les 27 et 28 avril 2019. A la veille de ce rendez-vous, nous avons échangé sur le sujet avec la majorité présidentielle. C’est Clément P. Sawadogo, 2e vice-président du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), qui répond, ici, à nos questions.

 

« Le Pays » : Un dialogue politique est prévu pour se tenir dans les prochains jours au Burkina Faso. Quels sont, d’après vous, les enjeux de ce dialogue ?

 

Clément P. Sawadogo : Nous saluons l’avènement de ce dialogue annoncé par le Chef de l’Etat dans le cadre de l’exercice normal de ses prérogatives constitutionnelles. Le contexte national actuel est fortement marqué par la crise sécuritaire résultant de la menace terroriste. Il est évident que seule une unité sacrée des fils et filles de la Nation peut venir à bout de ce fléau. En dehors de la question sécuritaire, notre pays abordera plusieurs échéances électorales en 2020 et 2021, et même peut-être en 2019 si le référendum devrait se tenir cette année. Quoi de plus normal que le président du Faso se donne les moyens politiques de gérer ces différentes consultations dans un climat apaisé, serein et rassurant pour tous les acteurs ! Voilà, nous semble-t-il, autant de raisons qui rendent opportune la tenue de cette concertation au sein de la classe politique.

L’opposition politique dit avoir posé des préalables avant son éventuelle participation aux discussions avec le pouvoir. Quels sont ces préalables ?

 

En tant que parti de la Majorité, nous n’avons pas été saisi d’un quelconque préalable émanant des partis d’opposition. Il nous sera donc difficile d’émettre une opinion sur ce dont nous ne sommes pas au courant. Pour notre part, nous serons présents à ce dialogue qui est forcément utile et d’ailleurs régulièrement souhaité par l’Opposition.

 

L’Opposition demande notamment que ce dialogue aborde également les questions de sécurité, d’économie, de société,…Quel est l’avis du MPP sur cette revendication ?

 

Si telle est la revendication de l’Opposition, on pourrait tout simplement dire qu’elle enfonce une porte déjà ouverte. En effet, le président du Faso nous a dit, lors de ses audiences, qu’il reste ouvert à l’inscription de toute préoccupation à ce dialogue.

 

Que comptent faire le MPP et ses alliés qui gèrent le pouvoir, si l’opposition refuse finalement de participer à ce dialogue ?

 

Nous l’avons déjà dit, nous répondrons présents à ce dialogue sans aucun préalable et avec la meilleure prédisposition d’esprit dans la recherche de solutions concertées et consensuelles aux préoccupations des Burkinabè. Nous ne voyons pas dans quel intérêt l’Opposition qui souhaite être régulièrement consultée et qui, par ailleurs, évoque régulièrement voire instamment les questions de réconciliation nationale, chercherait à se rétracter devant une offre de dialogue que lui offre le chef de l’Etat. Tout au plus voudra-t-elle en améliorer l’ordre du jour que cela paraîtrait normal. Mais comme dit plus haut, nous n’en savons pas grand-chose.

 

Dans votre entendement, comment les différentes parties prenantes doivent-elles aborder ce dialogue politique ?

 

Notre pays est à la croisée des chemins et ses leaders politiques, tous bords confondus, n’ont pas droit à l’erreur. Il est grand temps que nous nous mettions tous au sérieux pour traiter les questions qui nous concernent tous : questions liées à la sécurité et aux problèmes communautaires, évolution vers la Ve République, nécessité de la trêve sociale avec les partenaires sociaux, etc. Dans un tel contexte, la politique de la fuite en avant ou de la surenchère dans les débats ne sert à rien. Notre pays sera ce que nous voulons qu’il soit et nous devons nous atteler à parfaire sa marche vers un avenir meilleur, et pas à autre chose.

 

Pourquoi avoir attendu trois ans après votre arrivée au pouvoir avant d’initier un dialogue politique ? Est-ce parce que le pouvoir se sent coincé ? Où cherche-t-il une porte de sortie ?

 

Le Président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, n’est pas à sa première initiative en matière de consultation des acteurs politiques à titre officiel. Nous disons bien à titre officiel, parce que chaque jour que Dieu donne, le Président Kaboré dont nous connaissons toutes les qualités en la matière, échange régulièrement avec les acteurs politiques. Il faut par ailleurs sortir de l’idée selon laquelle un dialogue politique de cette nature vient toujours dans le cadre d’une crise ou d’un blocage institutionnel. Non, notre pays ne traverse pas une crise institutionnelle. Qu’il y ait des problèmes à résoudre, qui nécessitent des concertations, ne signifie nullement qu’il y a un blocage.  Le Burkina Faso est aujourd’hui un bel exemple de démocratie et il est loisible à qui que ce soit de constater que les institutions fonctionnent bien et dans les règles prescrites. Le dialogue politique fait partie du fonctionnement de la démocratie et son exercice renforce celle-ci. C’est plutôt dans ce sens qu’il faut voir les choses.

 

D’aucuns estiment qu’en réalité, ce dialogue est motivé par des intentions cachées. Il semble que vous avez des visées électoralistes. Qu’en dites-vous ?

 

Ce sont des supputations inutiles, parce que sans fondement. Nous ne voyons aucune nécessité d’un tel mécanisme en tant que stratégie électorale pour nous. Bien au contraire, toute la classe politique et l’ensemble de la société burkinabè y gagneraient si l’union sacrée de la Nation tant recherchée, était au rendez-vous à l’issue de ce dialogue, en faveur du retour à la paix, à la cohésion politique et avec un avenir politique serein. A titre d’exemple, quel leader politique ne se réjouirait-il pas de pouvoir battre campagne dans la quiétude totale dans toutes les régions du pays y compris le Sahel et l’Est ?

 

Qu’est-ce qui prouve que le pouvoir est sincère en engageant ce dialogue politique ?

 

Rien ne prouve non plus le contraire! Allons-y et on reconnaîtra l’arbre à ses fruits !

 

Quel appel avez-vous à lancer aux Burkinabè qui suivront de près, les discussions entre acteurs politiques ?

 

Même si tous les Burkinabè n’y seront pas, ils y seront représentés d’une manière ou d’une autre. Nous souhaitons qu’ils aient tous l’oreille tendue vers ces échanges ; ce qui est, du reste, déjà gravé dans les habitudes citoyennes dans le contexte de la communication à outrance. Nous dirons, de plus, que les citoyens ayant le droit de contrôle sur leurs mandants politiques, ils ont toujours la possibilité de leur exiger des prises de position conformes à leurs aspirations.

 

Pour terminer et en divers, des publications dans la presse, ces derniers temps, indiquent que le président Roch négocierait avec les terroristes. Si cela est vrai, faut-il comprendre que le pouvoir a changé de stratégie dans la lutte antiterroriste ?

 

En tant que Majorité présidentielle, nous ne saurions confirmer cette information. Le Président Kaboré a jusque-là observé une démarche de fermeté vis-à-vis des djihadistes avec leurs calculs diaboliques. Nous ne voyons pas de raison de changer de stratégie, celle en cours ayant déjà commencé à produire ses effets bénéfiques.

Interview réalisée par Michel NANA

 

 

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