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DRAME DE YIRGOU : L’ATR/DI réclame justice

 

L’Association pour la tolérance religieuse et le dialogue, à travers la déclaration ci-dessous, souhaite que justice soit rendue aux victimes suite aux événements survenus à Yirgou dans le Centre-Nord. Du même coup, elle appelle les uns et les autres à la retenue. Lisez plutôt !

 

Les assassinats en masse contre les Peuls considérés parfois comme des « réponses » à l’hydre terroriste qui ont cours au Mali et au Niger voisins sont, apparemment, en train de gagner le Burkina. Ce n’est pas de l’alarmisme que d’émettre cette hypothèse au vu de ce qui s’est passé à Yirgou (commune de Barsalogho/province du Sanmatenga/région du Centre-Nord) le 1er janvier 2019 et les conséquences qui en ont résulté les 2 et 3 janvier suivants.

 

En effet, suite à l’assassinat de M. Kouka Sawadogo, chef coutumier de ce village et de six 6 membres de sa famille par des individus armés non identifiés, une chasse à l’homme a été entreprise par des koglwéogo (groupes d'auto-défense) contre la communauté peule, qui a causé, selon des sources gouvernementales, quarante-sept (47) morts dans les communes d’Arbinda (province du Soum), de Barsalogho, et de Dablo (province du Sanmatenga). Ces atrocités auraient été perpétrées au motif que les assassins du chef coutumier et des siens auraient été hébergés la veille par la communauté peule selon des sources proches des koglwéogo.

 

Face à cette situation qui n’est ni plus ni moins que des assassinats au regard du fait que ces homicides ont été prémédités, personne ne peut rester indifférent. C’est pourquoi nombre d’Organisations de la société civile (OSC) sont en train de donner de la voix pour dénoncer cette barbarie et exiger du gouvernement que les auteurs de ces actes immondes soient traduits devant les juridictions compétentes pour répondre de leurs crimes.

L’Association pour la tolérance religieuse et le dialogue interreligieux (ATR/DI) qui a, entre autres, pour objectifs de promouvoir la coexistence pacifique entre les confessions religieuses, les races, les groupes ethniques et les personnes des deux sexes d’une part, et d’autre part, de contribuer à l’épanouissement des libertés individuelles et collectives, s’inscrit pleinement dans cette perspective.

Ainsi, l’ATR/DI condamne avec fermeté d’une part, les assassinats du Sieur Kouka Sawadogo et des membres de sa famille et d’autre part, les atrocités commises en retour. Nous interpellons toutes les personnes impliquées dans cette situation dramatique, les différentes communautés de Yirgou qui ont jusque-là vécu en harmonie, résolu leurs différends par des mécanismes traditionnels ou modernes à faire preuve de retenue. La résilience du Burkina Faso contre les tempêtes de toute nature a été possible grâce à la cohabitation pacifique entre ses différents groupes ethniques et communautés religieuses. Aujourd’hui plus que jamais, au moment où notre pays fait face à une grave menace sécuritaire, aucune communauté ou aucun groupe spécifique ne doit être tenu pour responsable et puni pour les faits et gestes d’un ou de plusieurs de ses membres. Les valeurs de l’Etat de droit qui nous régit et les mécanismes de gestion de conflits sont les ressorts qui nous ont permis, nous permettent et doivent continuer à nous permettre de rebondir. Qu’un groupe d’individus choisisse délibérément et de façon concertée de passer outre ces valeurs est un signal dangereux pour les fondements de l’Etat-nation en devenir.

La réaction de l’ATR/DI trouve aussi et surtout sa justification dans le fait que l’Etat de droit démocratique et libéral qui est le modèle institutionnel régissant notre système politique est fondé sur la Constitution, les lois parmi lesquelles le code pénal qui détermine des comportements antisociaux (les infractions) et prévoit la réaction de la société envers ces comportements.

Ainsi, si tant même il était avéré que les assassins du chef coutumier et des siens ont passé la nuit chez des membres de la communauté peule, ce n’est pas cette communauté qui devrait être prise pour cible et subir ces atrocités injustifiables et ce n’est certainement pas aux auteurs de ces actes de se rendre justice nonobstant leur douleur.

En dehors des dispositions légales modernes, même dans ce qui reste de nos sociétés traditionnelles, il est interdit de se faire justice soi-même. C’est du reste pourquoi les palais des rois et les résidences des chefs traditionnels sont des hauts lieux de règlement des conflits. On ne peut donc objectivement pas prétexter de l’ignorance du code pénal pour se soustraire des rigueurs de la loi.

 

Ensuite, il est un fait que les cas de conflits pour lesquels les protagonistes se sont adressés aux auxiliaires de justice et/ou aux tribunaux sont légion même dans les villages. Ce faisant, les personnes qui auraient abrité les assassins auraient dû être dénoncées et les forces de sécurité auraient pu les interpeller pour comprendre.

En attendant le retour de la mission que l’ATR/DI a dépêchée sur place à Yirgou et dont le rapport sera porté à la connaissance de l’opinion publique par voie de presse, il résulte de la relation des faits et des appréciations ci-dessus, les recommandations suivantes :

 

  • S’il est encourageant d’entendre le président du Faso affirmer que les coupables de la tragédie de Yirgou seront poursuivis et punis, il importe d’insister sur le fait que ces enquêtes doivent être diligentes et conformes à l’éthique et à la déontologie des acteurs de la justice. Le président du Faso qui est le garant de l’unité nationale et de l’indépendance de la magistrature doit y veiller fermement ;

 

  • Dans cette douloureuse épreuve, aucune contribution ne devrait être de trop. C’est pourquoi, les contributions de l’opposition politique, des OSC (même si beaucoup le font déjà), des leaders communautaires, des médias et des leaders d’opinion socioculturels (artistes musiciens, sportifs, …) seront d’un apport certain dans le retour au calme à Yirgou ; ce d’autant qu’un proverbe bien burkinabè souligne que si les cheveux prennent feu, les oreilles et les yeux ont grandement intérêt à aider à l’éteindre sinon ils seront tous carbonisés ;

 

  • Par ailleurs, les partenaires au développement ont eux aussi l’obligation d’assister et d’accompagner le Burkina Faso du fait de sa situation géostratégique et pour des raisons humanitaires. La condamnation de la tragédie de Yirgou par le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres et son engagement « à soutenir le Burkina Faso dans ses efforts visant à lutter contre le terrorisme, poursuivre ses réformes dans le secteur de la sécurité, promouvoir la réconciliation nationale et créer les conditions propices à une paix et un développement durables » sont des signes de bon augure quand bien même il faut attendre qu’il joigne l’acte à la parole pour que ses propos puissent être évalués objectivement ;

 

  • En outre, le cadre institutionnel de coordination et de suivi de la coopération régionale en matière de politiques de développement et de sécurité qu’est le G5 Sahel devrait inclure explicitement la problématique de la promotion de la coexistence pacifique entre les populations dans ses préoccupations car il est clair que les terroristes gagnent à opposer ces dernières les unes aux autres. Parler « de gouvernance, de sécurité, de résilience économique et d’infrastructures » sous-entend qu’il est également question de paix mais l’affirmer clairement lui donne une autre résonnance et implique l’allocation des ressources humaines et matérielles y afférentes.

 

  • Enfin, tous les acteurs institutionnels et civils, le gouvernement burkinabè en tête, devront agir dans l’optique de la prévention de la survenue d’autres Yirgou. L’interpellation vaut d’autant son pesant de pertinence que dans toutes les communautés et entre les communautés, des contradictions mineures existent qui peuvent, si certaines conditions sont réunies, se transformer vite en oppositions larvées et très vite en conflits meurtriers. C’est du reste dans cette logique de comprendre davantage le comment et surtout le pourquoi des choses que s’inscrit la mission de l’ATR/DI à Yirgou. Cela permettra à l’association de bonifier son programme d’activités 2019 en conséquence.

 

Fait à Ouagadougou, le 7 janvier 2019

 

Le président de l’ATR/DI

Issaka SOURWEMA

Naaba Boalga de Dawelgué/Saponé

 

 

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