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EXTRADITION D’EX-PUTSCHISTES PAR LA RCI : Aller jusqu’au bout

C’est un secret de Polichinelle de dire que depuis la chute du régime de Blaise Compaoré, les relations entre Ouagadougou et Abidjan ont cessé d’être au beau fixe. La situation s’est aggravée avec le putsch du 16 septembre 2015 du Général Diendéré et surtout avec le mandat d’arrêt lancé par la Justice militaire burkinabè contre la 2e personnalité de l’Etat ivoirien, Guillaume Soro. Depuis lors, la Côte d’Ivoire ne décolère pas et le Burkina est resté droit dans ses bottes. La posture de ce dernier semble d’autant plus justifiée que le pouvoir d’Alassane Dramane Ouattara (ADO) donne l’impression d’accorder beaucoup de bienveillance et de générosité sur son sol à tous ceux qui, mécontents de la chute de Blaise Compaoré, ont juré la perte du Burkina Faso par tous les moyens. Sont de ceux-là des éléments et non des moindres de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP) qui avaient joué un rôle majeur dans le putsch raté de Diendéré et qui sont également pointés du doigt dans l’attaque du dépôt d’armes et de munitions de Yimdi. Un d’eux, en l’occurrence l’adjudant-chef Moussa Nébié dit Rambo, contre qui un mandat d’arrêt international avait été lancé par la Justice militaire, vient d’être arrêté par les autorités ivoiriennes et remis au Burkina Faso. Le colis, constitué de Rambo et de deux ressortissants burkinabè, Abdoul Karim Sawadogo et Ali Koné, est arrivé à bon port le samedi 20 février 2016 dernier où ils devront répondre de leurs actes dans le cadre de la tentative de coup d’Etat du 16 septembre 2015. Le moins que l’on puisse dire est que cette extradition pourrait participer de la décrispation des relations entre Ouagadougou et Abidjan. Car, il ne faut pas se le cacher, la présence des Burkinabè sur les bords de la Lagune Ebrié, censés avoir joué un rôle trouble dans les derniers évènements tragiques au Faso, ne peut pas être bien vue par les nouvelles autorités burkinabè. Et elles ont pleinement raison. Et ce d’autant plus qu’il ne s’agit pas de réfugiés humanitaires ou de simples citoyens qui fuient légitimement une dictature pour sauver leur tête. L’on se souvient encore qu’au lendemain de l’indépendance de la Guinée-Conakry, la Côte d’Ivoire n’avait pas hésité à accueillir sur son sol, avec toute la générosité dont seul Houphouet Boigny avait le secret, les Guinéens qui fuyaient la dictature féroce de Sekou Touré. Bien des gens, à l’époque, avaient applaudi l’acte du « vieux », car c’était pour la bonne cause.

ADO semble avoir enfin trouvé son chemin de Damas

Dans la même veine, l’on pouvait comprendre que la Côte d’Ivoire ait accepté d’accueillir sur son sol les Burkinabè qui craignaient pour leur vie, à l’époque de la révolution de Thomas Sankara. Mais aujourd’hui, le contexte est différent. Le Burkina est loin d’être une terre de l’arbitraire et de la terreur. Mieux, il a décidé, de par la volonté de son peuple souverain, de s’arrimer à la démocratie, la vraie et à la paix. De ce point de vue, la Côte d’Ivoire pourrait n’avoir aucune excuse à offrir gîte et couvert à des Burkinabè qui ont fait le choix d’être en rupture de ban avec leur propre pays dont le seul crime a été de s’être débarrassé d’un dictateur et de son clan. Et ce qui heurte davantage la conscience est le fait que certains de ces individus ont fait beaucoup de mal au Burkina pendant longtemps en termes de tortures, de pillages de deniers publics et d’assassinats. Ces actes ne relèvent pas de la légende, ce sont des faits avérés que les Burkinabè gardent encore en mémoire. Le pire est que ces mêmes individus semblent ne pas être disposés à se repentir et à demander pardon au peuple burkinabè. Ils sont plutôt dans une posture de vengeance, prompts à brûler tout le pays parce que simplement leur mentor a perdu le pouvoir. Et ils veulent châtier les Burkinabè pour cela, en faisant des excursions punitives à partir de la Côte d’Ivoire au pays des Hommes intègres pour semer la désolation et la terreur. Moralement et politiquement, cela doit interpeller ADO, lui qui semble avoir fait de la paix et de l’intégration des peuples son credo. En remettant Rambo aux autorités burkinabè, il semble avoir enfin trouvé son chemin de Damas. Le message qu’il envoie aux Burkinabè pourrait être décrypté de la manière suivante. D’abord, l’on peut le lire comme un message en direction des ex-RSP restés au pays et qui réchignent encore à opérer leur  mue pour devenir des soldats au service de la République et non au service d’un clan. Ces derniers, de peur de subir le sort du tout- puissant Rambo, réfléchiront par deux fois avant de tenter la moindre aventure susceptible de nuire au peuple burkinabè. L’autre lecture est que ADO pourrait s’être rendu à l’évidence que la page de son « ami » Blaise Compaoré est définitivement tournée. Ce faisant, il n’a pas d’autre choix que de faire contre mauvaise fortune bon cœur, en revenant à de meilleurs sentiments vis-à-vis des nouvelles autorités burkinabè dont la légalité et la légitimité ne souffrent aujourd’hui d’aucune ambiguïté. Cette extradition donc est une très bonne chose ; c’est un acte d’amitié et de solidarité vis-à-vis du Burkina. Et c’est bon à prendre tout en espérant que le meilleur est à venir. De toutes façons, les deux pays n’ont pas d’autre choix que de fumer le calumet de la paix. C’est probablement pour aider à cela que le ministre burkinabè des Affaires étrangères a effectué ce lundi une visite sur les bords de la Lagune Ebrié. Toutes les personnes de bonne volonté de part et d’autre doivent y travailler. C’est à ce prix que les deux pays peuvent se donner plus de chances de cheminer ensemble sur la voie du développement. C’est pourquoi il faut souhaiter qu’ADO ne s’arrête pas seulement à l’extradition de Rambo. Ce souhait s’adresse également à tous les autres pays qui, aujourd’hui, abritent sur leur sol des Burkinabè recherchés par la Justice de leur pays. A tous ces pays, l’on peut avoir envie de les inviter à méditer l’adage suivant : « Si j’invite mon voisin à m’aider à consommer la viande de mon âne, ce n’est pas forcément parce que le voisin a faim, c’est parce qu’à son tour, il pourra me demander le même service »

Sidzabda

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