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HAMADI KONFE, SG DE LA SOUS-SECTION SYNTSHA DE YALGADO, A PROPOS  DE L’OPERATION « CAISSES VIDES »

« Tant que le gouvernement fera la sourde oreille… »

 A l’issue d’une grève de 96 heures, le Syndicat national des travailleurs de la santé humaine et animale (SYNTSHA) a entamé, le 7 juin dernier, une opération « caisses vides » sur toute l’étendue du territoire national et ce jusqu’au 1er septembre prochain. Alors, pourquoi ce durcissement de ton ? Pour mieux comprendre, nous sommes allé à la rencontre de Hamadi Konfé qui est le secrétaire général du SYNTSHA/section Hôpital universitaire Yalgado Ouédraogo. Voici ce qu’il nous a confié. Lisez !

 

« Le Pays » : Votre syndicat vient de lancer une opération dite « caisses vides » sur toute l’étendue du territoire national. Pourquoi en êtes-vous arrivé là ?

 

Pourquoi on est arrivé là ? Rappelez-vous quand même qu’on a dû lancer des mouvements de lutte pour amener le gouvernement à se retrouver sur la même table que nous en 2017, pour négocier autour de notre plateforme revendicative. Négociations qui ont abouti à un protocole d’accord. Donc, de mars 2017 à maintenant, il y a eu des luttes. En 2018, il y a eu des luttes. En 2019, vous vous rappelez qu’on a fait 48 heures de lutte. On a aussi fait 96 heures de lutte. A cela s’ajoutent 10 jours de boycott des gardes de permanences. Et malgré tout, le gouvernement est resté muet. Donc, notre protocole d’accord est encore d’actualité et on souhaite que le gouvernement se penche là-dessus. C’est ça qui fait que nous sommes en mouvement actuellement.

Où en êtes-vous avec les négociations entre votre syndicat et le gouvernement ?

 

Négociations ? Pour parler franchement, il n’y a pas eu de négociations avec le gouvernement autour de notre protocole d’accord.  Il y a eu des tentatives voilées. Ce sont des manœuvres dilatoires pour gagner du temps ou pour faire croire à l’opinion qu’ils sont en train de négocier. Alors que de négociations, il n’y en a pas eu. On a eu des rencontres avortées. La dernière rencontre s’est déroulée en présence de tous les syndicats, pour discuter des deux protocoles. Alors que, rappelez-vous qu’il y a un protocole qui a été signé entre le Premier ministère, donc entre le gouvernement et l’ensemble des 6 syndicats de la santé. Ça, c’est le protocole qui concerne les mesures financières de la Fonction publique hospitalière. Cela s’est passé en 2018. Alors que notre protocole signé entre le SYNTSHA et le gouvernement, date de mars 2017. Donc, notre protocole est antérieur au protocole signé avec l’ensemble des syndicats. Par conséquent, on ne peut pas réunir tous les syndicats pour discuter de notre protocole. C’est nous qui avons notre plateforme, qui avons engagé des négociations, qui avons eu un protocole avec le gouvernement. On ne peut pas appeler d’autres syndicats pour discuter de notre protocole. C’est pourquoi lors de la dernière rencontre, nous avons dit que si c’est pour discuter du deuxième protocole, on est partant. Qu’on liquide cela et après, nous, SYNSTHA, nous allons nous asseoir avec le gouvernement pour discuter. Donc là, la partie représentée par le gouvernement   a dit que ce n’était pas leur démarche. Ils ont demandé cinq minutes de suspension. De cinq minutes, ils sont revenus au bout de trente minutes après, pour nous dire qu’ils vont reporter la rencontre et qu’ils allaient nous rappeler. Jusqu’à présent, depuis lors, c’est le silence. C’est pour vous dire que sincèrement, il n’y a pas de discussion sérieuse autour des  différents protocoles.

 

On constate que le mot d’ordre n’est pas suivi dans certains centres de santé. Pourquoi ?

 

Non, ça dépend des centres de santé. Parce que c’est clair que nous, on est assis. On est installé sur l’ensemble du territoire national. Maintenant, ce n’est pas parce qu’on est assis qu’on se flatte de mobiliser 100 pour cent des travailleurs de la santé. Donc, même s’il y a un taux vraiment jamais égalé, de suivi de notre mouvement, il y aura toujours des brebis galeuses. Soit parce qu’à l’occasion, celui-ci gère un CSPS ou soit c’est un chef de service qui intimide ses agents. Mais ils sont infimes, ils sont minoritaires. Sinon dans l’ensemble, le mouvement est très bien suivi.

 

Ne craignez-vous pas l’impact négatif de l’opération caisses vides sur les centres sanitaires ?

 

Non ! Ce qu’il y a à craindre, ce n’est pas l’impact négatif.  Ce qui est à craindre quand il y a des grèves, c’est que, effectivement, les gens meurent. Si les gens n’ont pas craint cela, ce n’est pas les questions financières qu’ils vont craindre. Nous devons mettre tout cela sur le dos du gouvernement. Parce que ce n’est pas de gaieté de cœur que nous le faisons. C’est tout simplement parce qu’on a attendu pendant longtemps. Nous avons eu de multiples rencontres avec le gouvernement avant les luttes en rapport au protocole d’accord. On a mis en place un comité de suivi depuis 2017. On ne sait pas combien de rencontres on a eues avec le gouvernement, mais c’est du surplace. C’est parce qu’on a constaté qu’on n’avance pas et qu’on est à bout de patience, que nous avons engagé des actions sur le terrain dont l’opération « caisses vides ». Depuis 2017, nous avons constaté que rien n’a évolué. Mais avant d’entreprendre quoi que ce soit,  nous avons pris le soin de déposer un préavis. Les préavis, en réalité, doivent permettre au gouvernement de nous appeler à la table de négociations afin qu’ensemble, on puisse discuter pour trouver un terrain d’entente. Il est de sa responsabilité d’éviter que la grève ait lieu. Mais si le gouvernement fait la sourde oreille et n’a que pour seule préoccupation, comment faire pour atténuer les conséquences de la grève, comment voulez-vous qu’on puisse trouver des solutions ? Mais que nos autorités sachent que tant qu’elles ne se pencheront pas sur la résolution des problèmes posés, il y aura toujours des grèves.  Actuellement, la quasi-totalité de l’ensemble des travailleurs de la santé humaine et animale a observé le mouvement. Moi particulièrement, durant mes 38 années dans le syndicalisme, je n’ai pas encore vu un taux de succès d’un mouvement comme celui que nous vivons actuellement. Partout, il y a la paralysie. De Ouagadougou jusqu’au CSPS le plus éloigné du Burkina Faso, rien ne marche. Mais si le gouvernement est insensible à ça, cela veut dire qu’il a montré son irresponsabilité. Sinon, l’une de ses tâches régaliennes, c’est de s’occuper de la santé de la population. On sait que ce n’est pas eux qui sont concernés par les conséquences de la grève puisqu’ils ne se soignent  pas. Mais cela dit, ils ont le droit de veiller sur  la santé de la population. C’est pourquoi ils doivent œuvrer à ce que les grèves n’aient pas lieu. Mais s’ils gardent le silence et laissent les grèves se multiplier, cela démontre leur irresponsabilité.

Que comptez-vous faire si le gouvernement ne répond pas favorablement à vos revendications ? 

 

Nous n’avons pas de problème de mobilisation. La base est disciplinée et attend qu’on dise quelque chose. Cela veut dire que la lutte est engagée. Tant qu’il n’y aura pas de négociations sérieuses, tant que le gouvernement fera la sourde oreille et fera preuve de mépris total vis-à-vis des travailleurs, nous resterons toujours fermes sur notre position. Cette forme de lutte va finir et une autre va s’installer. Il n’est même pas exclu qu’avant qu’elle ne finisse, on revoie la forme. Mais quelle que soit la forme, la lutte est engagée jusqu’à ce que le gouvernement se retrouve sur la même table de discussions que nous.

 

Un mot pour conclure cette interview ?

 

Mon mot de fin, c’est d’abord à l’endroit de la population. Il faut qu’elle sache que les luttes que nous sommes en train de mener, sont aussi dans leur intérêt. Quand on parle des conditions de travail, cela dépasse même les prérogatives du SYNTSHA. Quand on parle d’équipements, d’infrastructures, de consommables, des intrants, du personnel et autres, cela dépasse les prérogatives du SYNTSHA. Ce sont des réclamations citoyennes que le peuple doit prendre en main pour veiller à sa santé. Le peuple doit descendre dans la rue pour exiger cela du gouvernement. Mais depuis longtemps, nous sommes les seuls à nous battre. Et ce que la population voit, qu’elle soit manipulée ou pas, consciente ou inconsciente, c’est de ne pas être tendre avec nous. Mais je dis que nous sommes sereins et nous savons ce que nous faisons. C’est vrai qu’il y a des questions qui concernent les travailleurs. C’est de bonne guerre, parce que même si on équipe complètement tous les hôpitaux en matériel, c’est aux travailleurs d’être motivés. Alors que  ce qui rentre dans le cadre de la motivation des travailleurs , c’est leur carrière . Parce que les travailleurs de la santé sont l’objet d’une injustice sur toute la ligne. Si vous prenez même les médecins qui sont la crème de la profession, qu’ils soient spécialistes ou pas, ce sont les luttes syndicales qui les ont amenés à la catégorie P, même pour les médecins spécialistes. C’est la lutte syndicale qui a amené aujourd’hui, les médecins généralistes en P. Sinon, malgré leur nombre et leur niveau d’études, ils étaient cantonnés en A1. Donc, c’est une injustice que les luttes syndicales sont en train de gérer. Actuellement, au niveau de ceux qu’on appelle les paramédicaux et des sages-femmes, l’injustice est aussi là.

 

Entretien réalisé par Seydou TRAORE

 

 

 

 

 

 

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