LIBERATION D’OTAGES AU MALI

LIBERATION D’OTAGES AU MALI

Mystère sous les tentes !

Ils doivent être actuellement les plus heureux du Mali. Makan Doumbia et Issiaka Tamboura ont été libérés par leurs ravisseurs en début de semaine en cours. Le premier était le préfet de la localité de Ténenkou. Il a été enlevé le 8 mai 2018 par des hommes armés dans la région de Mopti. Le second, lui, est un journaliste qui a été kidnappé, dans les mêmes conditions que Makan Doumbia, en fin décembre 2018. Tous les deux hommes sont désormais libres de leurs mouvements. Ce qui n’était pas gagné d’avance quand on sait que d’autres otages, pas plus tard que la semaine dernière, ont été froidement exécutés par leurs ravisseurs. A cela s’ajoute le cas malheureux du magistrat Soungalo Koné, enlevé en même temps que le préfet, dont on dit qu’il est décédé de maladie pendant sa période de détention. Alors, on en vient à se poser les questions suivantes : dans quelles conditions le préfet et le journaliste ont-ils été libérés ? Y a-t-il un lien de cause à effet entre cette libération et le renoncement par la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) aux récentes mesures édictées pour la sécurité de Kidal ? Y a-t-il eu paiement de rançon ? Ou encore y a-t-il eu échange de prisonniers entre Bamako et les groupes djihadistes ?
On se perd en conjectures. Pour le moins, on sait que cette libération a été rendue possible grâce aux bons offices des services de renseignements maliens dont on dit qu’ils suivaient de très près cette affaire. En clair, cette libération est le fruit de négociations soutenues entre les services de renseignements maliens et les ravisseurs et non le résultat d’une quelconque action militaire qui aurait pu virer au drame. Ce qui laisse croire que beaucoup d’eau a coulé sous les tentes dans le plus grand mystère. Car, quand on sait que les djihadistes sont loin d’être des enfants de chœur pour se laisser conter fleurette, on ne peut que s’interroger sur les éventuelles contreparties qui ont permis de sauver la vie du préfet et du journaliste maliens.

Le tout militaire n’est pas souvent la solution

La pire des solutions, on l’imagine, serait le paiement d’une rançon ou d’une libération en contrepartie de criminels détenus par Bamako. Dans l’un ou l’autre des deux cas, c’est l’ennemi qui en sort gagnant. Car, en cas de paiement de rançon, il en profitera pour se faire une santé militaire et se montrer plus intraitable encore sur le terrain. Tout comme, en cas d’échange de prisonniers, il faudra s’attendre à ce que, les mêmes causes produisant les mêmes effets, les djihadistes multiplient les enlèvements d’officiels ; histoire d’obliger les autorités maliennes à libérer tous ceux des leurs détenus à Bamako ou dans d’autres prisons à travers le pays. On attend de voir. En tout état de cause, de cette libération, on retient une leçon : le tout militaire n’est pas souvent la solution. Reste maintenant à espérer que les mêmes tractations ayant abouti à la libération des deux otages maliens, permettront, un jour, de libérer Sophie Petronin, du nom de cette travailleuse humanitaire de nationalités suisse et française, par ailleurs, fondatrice de l’ONG « Association d’aide à Gao », enlevée le 20 décembre 2016. Rappelons que dans une vidéo rendue publique le 6 septembre dernier, Sophie Pétronin sollicitait l’intervention du président français Emmanuel Macron et du Pape François en ces termes : « Ne me sacrifiez pas ! ». Ne l’oublions donc pas !

Boundi OUOBA

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