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MEETING DU RHDP A YOPOUGON

Cette démonstration de force suffit-elle pour faire entrer les Djinns dans leur bouteille ?

Yopougon est la plus grande commune d’Abidjan. Elle est également connue pour être le bastion inexpugnable du FPI (Front populaire ivoirien) de Laurent Gbabgo. C’est en ces lieux que le RHDP (Rassemblement des Houpouetistes pour la démocratie et la paix) de Alassane Ouattara a tenu meeting le samedi 19 septembre  dernier, en guise  de soutien à la candidature de son champion. L’homme qui a assuré le show à cette occasion est sans conteste le Premier ministre, Hamed Bakayoko. Non seulement il a su tenir les participants en haleine en décochant ses flèches les plus empoisonnées à l’endroit de Guillaume Soro sans toutefois le nommer, mais aussi il s’est illustré en faisant monter sur la scène une vendeuse de bananes à qui il a fait un cadeau de 5 millions de F CFA. Hambak comme l’appellent affectivement ses fans, a fait du Hambak. Car, l’homme est connu pour  ces genres d’anecdotes qui,  il faut le dire, cachent mal son côté populiste. En tout cas, on peut retenir qu’avec lui, on peut devenir millionnaire pour un simple applaudissement.

 

La Côte d’Ivoire s’est installée dans un manichéisme qui ne présage rien de bon pour le pays

 

Avis donc à ces milliers d’éternels dèchards*  qui peuplent les rues d’Abidjan. Bref, le RHDP, sous la houlette de Hambak, a fait bonne impression en rassemblant un monde fou à Yopougon. Et en plus de cela, l’on peut noter que les choses se sont bien passées. Yopougon la rebelle a bien accueilli les militants du RHDP au point que l’organisateur du meeting, le député Alpha Touré Yaya, a émis l’idée de donner désormais le surnom « Yopougon d’Alassane » à la commune. Mais l’arbre ne doit pas cacher la forêt. En effet, on peut se poser la question de savoir si cette démonstration de force suffit pour faire entrer les Djinns dans leur bouteille. A cette question, on peut répondre par un non, avec la certitude de ne s’être pas trompé. En effet, depuis qu’Alassane Ouattara a pris la décision de candidater pour un troisième mandat et depuis notamment que le Conseil constitutionnel a validé cette candidature, la Côte d’Ivoire s’est installée dans un manichéisme qui ne présage rien de bon pour le pays. D’un côté, on a les partisans de l’enfant de Kong. Et ces derniers mettent fermement en garde tous ceux qui toucheront à Alassane Ouattara. Et de l’autre, on a justement tous ceux qui ne veulent pas voir ADO même en peinture. En tout cas, la validation de sa candidature par le Conseil constitutionnel représente pour eux un acte de guerre. Et cette lecture est aujourd’hui la chose la mieux partagée au sein de l’opposition.   Pour Henri Konan Bédié dont la candidature a pourtant été validée, ADO n’est rien d’autre que « le candidat de la haute trahison et du parjure ». De ce fait, il envisage de ne pas aller aux élections avec le « traître ». Le même son de cloche peut être entendu dans les principales chapelles de l’Opposition, notamment celles où prêchent les «  GOR, » c’est-à-dire les « Gbagbo ou rien » ou encore les chapelles où officient les disciples de l’ex-chef rebelle, Guillaume Soro. Pour ce dernier par exemple, il n’ y aura pas d’élections en Côte-d’Ivoire sans lui.

 

Toute l’opposition est vent debout contre l’enfant de Kong

 

 Cela, il l’a martelé à plusieurs reprises. Certes, le pouvoir affiche une sérénité quant à la tenue du scrutin, mais on doit prendre au sérieux les menaces de l’exilé de Paris. En effet, Guillaume Soro a encore une forte capacité de nuisance. Ses vieux réflexes de rebelle peuvent encore être mis à contribution pour faire mal à la Côte- d’Ivoire. Déjà, on le soupçonne d’être de connivence  avec les personnes non identifiées qui, ces derniers temps, s’attaquent aux postes de gendarmerie. Info ou intox,  les jours à venir pourront élucider la question. En tout cas, aujourd’hui, toute l’opposition est vent debout contre l’enfant de Kong. Les uns crient à leur  exclusion de la présidentielle, les autres jugent carrément inacceptable la validation de la candidature de  «  l’ennemi commun ». D’autres encore appellent à une refonte de la Commission électorale indépendante (CEI) qu’ils perçoivent comme une  structure taillée aux mesures du RHDP. Mais ce qui donne des ailes à l’opposition  ivoirienne pour, peut-on dire, « casser du Ouattara »,  est que la communauté internationale donne l’impression de partager certaines  de ses analyses. C’est le cas de la Cour africaine des droits de l’homme qui, il faut le rappeler, avait donné raison à Guillaume Soro. C’est  aussi le cas de l’Union européenne  (UE) qui appelle  clairement à des élections inclusives et transparentes. En outre, elle  rappelle le droit constitutionnel des citoyens à manifester. Pour tenter d’équilibrer les choses, elle dit prendre acte de la décision du Conseil constitutionnel mais à l’analyse, on peut dire que l’UA, tout comme l’UE,  invite Ouattara à revoir sa copie pour éviter à la Côte-d’Ivoire une crise postélectorale. C’est dans ce contexte que l’ambassadeur  de France en Eburnie  est rappelé à Paris. Cet acte, certes, n’est pas  lié à la politique ivoirienne mais par  les temps qui courent, l’Elysée  prend un  risque en rappelant son ambassadeur. Car, ce dernier est l’œil  et l’oreille de Macron en Côte-d’Ivoire. Et en ce qui  concerne ce pays, l’ambassadeur de France n’est pas n’importe quel ambassadeur.

 

« Le pays »    

 

*Dèchard : personne sans le sou

 

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