Pr JEAN KABORE, NEUROLOGUE A PROPOS DE L’EPILEPSIE : « Elle n’est ni contagieuse ni transmissible, mais guérissable»

Pr JEAN KABORE, NEUROLOGUE A PROPOS DE L’EPILEPSIE   :  « Elle n’est ni contagieuse ni transmissible, mais   guérissable»

 

 

On a vu au moins une fois quelqu’un souffrir de l’épilepsie. Et souvent, la manifestation de cette maladie nous embarrasse vu que l’épileptique pendant sa crise, perd totalement son contrôle. Le Pr Jean Kaboré, neurologue au Centre hospitalier universitaire  Yalgado Ouédraogo (CHU-YO) et enseignant à l’université Ouaga 1  Pr Joseph Ki-Zerbo, dans cette interview, éclaire notre lanterne sur cette maladie qu’est l’épilepsie. Lisez !

 

Votre Santé : Comment peut-on définir l’épilepsie ?

 

Pr Jean Kaboré : L’épilepsie à notre entendement se définit comme des épisodes répétés de manifestations diverses qui peuvent s’accompagner de perte de connaissance. Ces manifestations sont souvent motrices, sensitives, sensorielles, végétatives, psychiques qui arrivent de façon soudaine. Les manifestations sont en rapport avec des anomalies au niveau du cerveau. C’est un groupe de cellules du cerveau qui se met à décharger de façon bittemique. Selon la localisation de ce groupe de neurones, cela peut se propager à l’ensemble du cerveau et provoquer sa perte.

 

Y a-t-il un âge bien défini auquel une personne est censée contracter cette maladie ?

 

Non, il n’y a pas d’âge. L’épilepsie se voit sur toute l’échelle de la vie, c’est-à-dire dès les premières heures de la vie chez le nouveau-né, ce sont les épilepsies néo-natales jusqu’à l’âge proche du tombeau. D’ailleurs, les études dans les pays développés montrent qu’il y a deux pics : les premiers moments de la vie et les derniers pics, qui ont lieu aux derniers moments de la vie. Mais chez nous, compte tenu de la prévalence des maladies infectieuses et parasitaires, on a un troisième pic qui se situe autour du milieu de la vie, c’est-à-dire entre 20 et 50 ans.

 

Y a-t-il plusieurs types d’épilepsie ?

 

Oui, il y a plusieurs sortes d’épilepsie selon la localisation de l’anomalie au niveau du cerveau. Il y a ce qu’on appelle une épilepsie généralisée, des épilepsies partielles, celles typiques, symptomatiques qui apparaissent au cours d’une maladie intercurrente. Il y a aussi des épilepsies que l’on développe parce qu’on traîne quelque part  dans nos germes des anomalies du métabolisme. Un autre type d’épilepsie existe et malgré les recherches, on n’a pas encore trouvé ses causes.

Par quoi est-elle causée ?

 

Etant donné qu’il y a plusieurs types d’épilepsie, il y a aussi plusieurs causes notamment celles génétiques qui sont difficiles à mettre en évidence. Mais ces causes interviennent  généralement lorsque dans une famille, un des membres de celle-ci a fait des crises d’épilepsie. Il y a les causes secondaires qui sont liées aux maladies infectieuses et ces maladies sont surtout les séquelles de méningite et aussi de maladies parasitaires. Il y a également tout ce qui se passe comme anomalies autour de la naissance. Le nouveau-né peut se retrouver avec le cerveau amoché parce que la mère a rencontré des difficultés pendant l’accouchement ou traîner des maladies au cours de la grossesse. Le vieillissement du cerveau avec l’âge, favorise des crises d’épilepsie.

Comment se manifeste-t-elle ?

 

Comme dit plus haut, l’épilepsie peut se manifester par des signes moteurs et les crises convulsives. Pour les formes généralisées, le patient crie de façon subite. Chez les nouveau-nés, le plus souvent, ce sont les paupières qui clignotent ou les lèvres qui remuent. Les signes moteurs se manifestent par des sensations de ruissellement d’eau froide ou chaude sur une partie ou tout le corps. Quant aux manifestations sensorielles, subitement le malade voit des choses ou peut avoir la vue brouillée ou même entendre des choses qui ne sont pas organisées. Donc, tous les organes de sens peuvent être un moyen d’expression de crise épileptique. Il y a aussi des gens qui peuvent avoir des phénomènes végétatifs, où le malade se met subitement à couler de sueur et de façon abondante avec la tension qui monte ou qui baisse. En général, au niveau des crises généralisées, les sujets épileptiques peuvent sentir venir la crise, mais ne se rappellent pas tout ce qui se passe pendant sa manifestation qui dure quelques secondes ou maximum une minute. Donc la crise plonge le sujet dans un état  amnésique  et quand la victime se rappel la crise, cela suscite des doutes sur la nature épileptique.

L’épilepsie est-elle contagieuse ?

 

Non. L’épilepsie n’est ni contagieuse, ni transmissible, mais elle est guérissable. Il est donc important que la population le sache. Une fois qu’on a ces informations justes et qu’on voit un épileptique, on  le conduit vers un centre de santé où  il sera mis sous traitement  et  bénéficier a des conseils d’hygiène.

 

Est-elle héréditaire  comme certains le pensent?

 

On parle de causes génétiques lorsque les parents transmettent à leur progéniture leur trait génétique. Il y a certains traits que l’on peut transmettre comme dans le cas de la drépanocytose. Mais concernant l’épilepsie, nous n’insistons pas trop sur la nature héréditaire parce que nous avons constaté que la cause héréditaire occupe une portion assez réduite dans la plupart des crises épileptiques. Dans notre contexte, il s’agit beaucoup plus de causes  acquises.

Cette maladie est-elle connue du grand public ?

 

Oui et non. Oui, parce que partout on connaît bien l’épilepsie. Dans l’ancien temps, selon la bible, on connaissait bien l’épilepsie et le Christ en a guéri pendant son séjour sur terre. Et on a aussi des hommes de renom qui étaient épileptiques. Donc, on peut dire que c’est connu de tous. Par contre, les idées reçues  par rapport à la maladie sont étonnantes. Ce qui nous amène à dire qu’elle est mal connue du grand public. Il arrive qu’on attribue au patient épileptique beaucoup de choses en mal. Ce dernier est désintégré de la société et on n’admet pas l’épileptique dans les circuits de  production. La mère épileptique chez les Mossé par exemple, se voit retirer le droit d’éduquer ses enfants. Mais nous organisons avec l’association de lutte contre l’épilepsie qui existe depuis 26 ans, des activités d’incitation et d’information pour le changement de comportement envers les épileptiques.

 

Quelle est la tendance actuelle de la maladie ?

 

La maladie n’est pas en baisse, mais il faut savoir que nous la rencontrons de plus en plus. Ce n’est pas parce que la maladie gagne du terrain, mais c’est le fait que nous disposons  de maints diagnostics. L’accès aux soins est beaucoup plus facile maintenant que de par le passé où les centres de santé étaient distincts. De plus en plus les gens vont régulièrement en consultation et cela permet non seulement de mieux maîtriser le taux de prévalence mais aussi de procéder à une prise en charge rapide des cas diagnostiqués.

 

Comment analysez-vous le comportement de ceux qui souffrent de cette maladie ?

 

Les patients épileptiques ont souvent des comportements qui leur sont imposés, car il y a le jugement de l’autre. En effet, à travers nos études, on a constaté que dans nos sociétés, le malade épileptique est considéré comme un pesteux. Ce qui peut expliquer le fait que le comportement soit calqué sur ce qu’il subit. Ce sont des gens qui se culpabilisent et ne veulent pas se montrer en public, car ils cachent leur maladie. Certains couples se séparent à cause de l’épilepsie et d’autres n’ont pas la joie du mariage parce qu’on leur a déclaré qu’ils sont épileptiques. Donc, il faut que tout cela cesse. Si nous apportons l’information juste sur la maladie, ces derniers n’auront plus ces comportements de culpabilisation et cesseront d’être sur la défensive.

 

Quelles sont les complications de la maladie?

 

Les complications sont de plusieurs ordres. Quand le cerveau souffre, les manifestations répétées retardent l’apprentissage, surtout chez l’enfant. Ce dernier n’est plus capable d’apprendre et sera déscolarisé parce qu’il ne pourra plus avancer à l’école. Mais quand c’est chez le cerveau adulte avec les troubles de la mémoire qui apparaissant pendant la crise, le patient se retrouve avec des acquisitions et devient moins performant. Il y a aussi les complications sociales, car une crise en public peut être  dramatique. Il y a des épileptiques qui perdent leur boulot pour avoir eu le malheur de faire une crise d’épilepsie dans leur lieu de travail.

 

L’épilepsie est-elle mortelle ?

 

Elle peut être mortelle. Lorsque la crise est généralisée et que pendant cette crise, il y a un temps commun de post critique qui suit et lorsque le malade est dans une position critique, il peut suffoquer. Des patients après la crise suffoquent sur leur oreiller et lorsqu’ils sont dans l’eau, ils  peuvent se noyer. Les cas de morts subites sont beaucoup plus fréquents chez les épileptiques que chez les autres catégories de malades.

 

Peut-on guérir de l’épilepsie ?

 

On peut bien guérir de la maladie et c’est pour cela que nous insistons sur la nécessité des campagnes de sensibilisation et d’information à travers la ligue burkinabè contre l’épilepsie dont je suis membre. Notre rôle est de donner l’information juste car nous pensons pouvoir briser les idées reçues sur cette maladie qui est loin d’être une fatalité. Je le répète, on peut bel et bien guérir de l’épilepsie

 

Comment la soigne-t-on ?

 

Des médicaments existent et ils sont efficaces. En plus de ces médicaments, il y a une certaine hygiène de vie qu’il faut observer. Si les patients épileptiques consultent dans les services agréés, ils auront des conseils et prescriptions nécessaires pour traiter leur maladie et en guérir.

 

Est-ce que ces médicaments sont à la portée de tous ?

 

Il y a certains qui sont à la portée de tout le monde. C’est le cas du médicament princesse. Le comprimé coûte 2 F CFA et il faut 20 comprimés. Vous voyez qu’il  est accessible. Mais il y a d’autres médicaments qui coûtent cher. L’un dans l’autre, les produits sont là et ils sont accessibles   à toutes les bourses.

 

D’aucuns préfèrent le traitement par la médecine traditionnelle à celui par la médecine moderne. Qu’en pensez-vous ?

 

Nous n’avons pas de préférence. Ce que je peux dire, c’est que cela fait un certain nombre d’années que nous collaborons avec les thérapeutes traditionnels,  et nous nous entendons bien sur bon nombre de choses. Mais nous savons quelles sont les limites des thérapeutes traditionnels, parce qu’ils ne savent pas par exemple sur le plan anatomique comment se manifeste la maladie. Il y a des manifestations qui les échappent à cause des problèmes de diagnostic. Par contre, ils ont les moyens de traitement par les plantes que nous, nous ne connaissons pas encore. La principale difficulté qui se pose à leur niveau, c’est le fondement juridique de leurs activités. Nous, nous disons aux épileptiques que la maladie est traitable et nous leur recommandons d’aller en consultation. Si après  le diagnostic à travers les différents examens et échographies, le patient le souhaite, il  peut aller se soigner en médecine traditionnelle.

 

 Avez-vous autre chose à ajouter ?

 

Je remercie votre magazine d’être un relais d’information pour que l’épilepsie ne soit plus un tabou, encore moins une maladie dont on ignore le traitement. Je souhaite bon vent au magazine « Votre Santé ». J’insiste toujours sur le fait que la maladie est guérissable et nous le répétons toujours lors de nos campagnes de sensibilisation.

 

Propos recueillis et retranscrits par Valérie TIANHOUN

 

 

 

 

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