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REPORT DE L’ECO

Le Covid-19 a bon dos

La gestion de la crise politique malienne, née du coup de force du 18 août, s’est imposée à la 57e session ordinaire de la conférence des Chefs d’Etat et de gouvernement de la CEDEAO qui s’est tenue le 8 septembre dernier à Niamey, au point qu’elle a éclipsé les autres  sujets inscrits à l’ordre du jour. L’un d’eux était la mise en œuvre  du fameux Eco, du nom de la monnaie ouest-africaine des Etats membres de la CEDEAO. Annoncé en grande pompe pour être une réalité en 2020, c’est-à-dire cette année, en tout cas, en ce qui concerne les pays de l’UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine), l’Eco « ne pourra pas voir le jour avant une période de trois à cinq ans ». Cette annonce a été faite par Alassane Ouattara, le président ivoirien, de retour de Niamey. Et d’ajouter, visiblement la mine réjouie, ceci : « Pendant cette période, bien évidemment, nous continuerons d’utiliser le Franc CFA ». Les raisons invoquées pour justifier ce report sont de deux ordres. Il  y a d’abord les raisons d’ordre technique. Il s’agit essentiellement de l’incapacité, pour les Etats membres,  de respecter les critères de convergence dits de premier rang. Les indicateurs se déclinent comme suit : un déficit budgétaire limité à 3% du PIB, une inflation à 10% maximum et une dette inférieure à 7% du PIB. L’autre raison avancée pour justifier le report de l’Eco, est liée au Covid-19. Le coronavirus a mis toute l’économie de la sous-région en difficulté au point qu’aucun pays membre de l’UEMOA  ne peut participer à la monnaie unique cette année. On peut concéder la réalité de certaines raisons techniques. On peut également admettre que le Covid-19 a contrarié le projet  de l’avènement de l’Eco en 2020. Mais en réalité, le Covid-19 a bon dos. En effet, les raisons véritables et profondes qui ont milité pour le report de l’Eco, pourraient être à chercher ailleurs. 

 

Tant qu’Alassane Ouattara sera aux affaires de la riche Côte- d’Ivoire, l’on attendra l’Eco comme si l’on attendait Godot

 

 

Elles viennent d’abord du fait que l’Eco n’emballe pas en particulier le premier responsable de la première puissance économique de l’UEMOA. En effet, Alassane Ouattara, puisque c’est de lui qu’il s’agit, n’a jamais été vraiment séduit par le projet. Résultat, il s’est d’abord employé à dénaturer l’Eco tel qu’il avait été initialement pensé par la CEDEAO. En lieu et place d’une monnaie véritablement indépendante, ADO a jeté son dévolu sur un Eco à parité fixe avec l’Euro et accroché aux basques de la France. Cette transfiguration de l’Eco a été actée en présence du Grand chef des Blancs, c’est-à-dire Emmanuel Macron. C’était le  20 décembre 2019  à Abidjan. Cela avait particulièrement irrité au plus haut point le président nigérian, Mahammadu Buhari. Ce dernier avait, à l’époque, on s’en souvient, crié à l’imposture de la part de son homologue ivoirien. Le deuxième grand acte d’ADO pour contrer l’avènement de l’Eco, a été de monter un plaidoyer pour accréditer l’idée selon laquelle le F CFA n’a que des avantages pour les Etats de l’UEMOA. Et il a conduit l’opération dans la posture d’un homme qui a un lien affectif fort avec le franc CFA. Sans doute son passage  à la tête de la Banque centrale  y est-il pour quelque chose. En tout cas, son amour pour le F CFA est quasi passionnel au point qu’il semble fermé à toute idée de le perdre. D’ailleurs, il ne fait pas mystère de cela. Pour lui, en effet, le Franc CFA est « une bonne monnaie, appréciée de tous et surtout des pays voisins ». Une telle monnaie ne doit donc pas être changée aux yeux d’ADO. Les choses sont claires. Tant qu’Alassane Ouattara sera aux affaires de la riche Côte- d’Ivoire, l’on attendra l’Eco comme si l’on attendait Godot : il ne viendra jamais.

 

 Pousdem Pickou

 

 

 

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