A la uneDialogue intérieur

REUNION DE BRAZZA SUR LA CRISE LIBYENNE

Que peut encore l’UA ?

La solution à la crise libyenne viendra-t-elle de l’Union africaine (UA) ? La question reste posée. Car, à la suite de l’ONU et des grandes puissances occidentales qui ont jusque-là eu le plus voix au chapitre, l’Afrique accourt aussi au chevet de la Libye. C’est dans ce cadre que se tient, dans la capitale congolaise,  la 8e  réunion du Comité de haut niveau de l’UA sur la Libye, sur initiative du président Denis Sassou Nguesso qui en assure la direction. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la Libye est au centre de toutes les préoccupations. Avec les sommets et autres réunions de haut niveau visant à trouver une issue à la grave crise que traverse le pays, qui se succèdent. Toutefois, le constat amer que l’on fait, c’est que les rencontres se multiplient, mais les lignes ne bougent pas. Et la Libye s’enfonce chaque jour un peu plus dans la guerre civile.

 

Depuis la disparition tragique du Guide de la Jamahiriya,  la Libye est devenue un cadavre exquis pour  les grandes puissances

 

Et tout porte à croire que ce n’est pas demain la veille que les Libyens verront le bout du tunnel, dans cette guerre fratricide qui déchire le pays depuis la mort du dirigeant Mouammar Kadhafi. Pire, on a même parfois le sentiment que depuis la disparition tragique du Guide de la Jamahiriya,  la Libye est devenue un cadavre exquis pour toutes les grandes puissances du monde qui s’en disputent la dépouille dans une sourde rivalité qui frise parfois l’indécence, chacun voulant sa part du…pétrole. En tout cas, c’est ce que l’on est porté à comprendre avec l’intrusion tonitruante, dans le conflit libyen, d’un pays comme la Turquie qui, en deux temps trois mouvements, a décidé de l’envoi de troupes en soutien aux autorités de Tripoli, nonobstant le soutien affiché de son allié russe à la cause de l’autre partie au conflit, celle du maréchal Haftar, l’homme fort de l’Est, qui n’a pas encore renoncé à sa volonté de prendre la capitale. Pendant ce temps, la plupart des puissances occidentales à l’image de la France ou des Etats-Unis, ont déjà pris position pour l’un ou l’autre camp. Si fait que l’on se retrouve aujourd’hui dans une sorte d’équilibre des forces sur le terrain, qui rend la résolution de l’équation de la paix encore plus difficile. A qui profite cette situation ? Certainement pas à la Libye. Mais tout porte à croire que pendant que la Libye se meurt, certains arrivent à tirer leurs marrons du feu. Autrement, comment comprendre que malgré l’embargo,  le pays connaisse une prolifération d’armes à nulle autre pareille ? Et les rotations d’avions convoyant des engins de la mort et autant de combattants, ne cessent de se multiplier à l’Est comme à l’Ouest. C’est dire toute la complexité de la situation au pays de Kadhafi où semblent se jouer des intérêts colossaux, au point de mobiliser toute la communauté internationale. Mais si de Moscou à Berlin, l’épineuse question n’a pu trouver solution, que peut encore l’UA ? Elle  qui, au détour de la réunion du 30 janvier dernier, consacrée à la crise libyenne,  s’est saisie de la question pour faire entendre aussi sa voix.  Au-delà de la symbolique de voir les Africains se saisir d’un problème africain pour tenter d’y apporter une solution africaine, autrement dit, un problème qui les concerne au premier chef et dont ils étaient habilement tenus à l’écart des médiations, on se demande de quel poids peut peser la réunion de Brazzaville pour amener les protagonistes libyens à déposer les armes.

 

Moins que le défaut de solutions, c’est le manque de sincérité des acteurs qui plombe les efforts de retour à la paix

 

Surtout qu’en la matière, non seulement l’UA ne dispose pas de moyens de coercition sur les protagonistes, mais aussi, l’un des deux, à savoir le Maréchal Haftar, n’a pas daigné faire le déplacement de la capitale congolaise où il s’est fait représenter. Ce qui est tout à fait le contraire de son rival, Fayez el Sarraj, qui, lui, a honoré le rendez-vous de Brazzaville.  C’est dire si la solution adoptée par l’UA, en tentant de réunir les frères ennemis sous l’arbre à palabres pour « convaincre les protagonistes du conflit d’accepter l’idée d’un forum de réconciliation », ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices. L’UA parviendra-t-elle tout de même à faire bouger les lignes dans le sens de la résolution de la crise ? C’est tout le mal qu’on lui souhaite. A défaut d’avoir réussi, elle aura au moins eu le mérite d’avoir essayé.  En tout état de cause, tout porte à croire que dans le conflit libyen, moins que le défaut de solutions acceptables, c’est le manque de sincérité des acteurs qui plombe les efforts de retour à la paix. D’abord, entre les protagonistes libyens eux-mêmes, qui ne semblent pas animés d’une volonté réelle d’aller à la paix ; chaque camp nourrissant le secret espoir de faire pencher le rapport de forces sur le terrain en sa faveur. Ensuite, au niveau des grandes puissances qui s’adonnent à une sorte de bal des hypocrites en feignant d’œuvrer au retour de la paix alors que la Libye est visiblement devenue pour nombre d’entre elles, une opportunité d’affaires, où les plus scrupuleux cherchent à contourner l’embargo et les moins le violent allègrement et en toute impunité pour déverser des tonnes d’armes dans le pays. Pendant ce temps, les Libyens sont obligés de se cloîtrer chez eux, espérant une hypothétique et introuvable paix qui risque, s’y l’on n’y prend garde, de se faire attendre comme Godot.

 

« Le Pays »

 

 

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