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SOMMETS SUR LA LIBYE ET LE SOUDAN EN EGYPTE. : Que sortira-t-il des palabres à l’ombre des pyramides ?

 

Le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, a été concomitamment, hier mardi 23 avril, l’hôte de deux sommets africains, portant sur les crises qui secouent ses deux voisins, la Libye et le Soudan. Au nombre des invités de marque de la capitale égyptienne, l’on notait les présidents de l’Afrique du Sud, de la République Démocratique du Congo, du Tchad, du Rwanda, de Djibouti et de la Somalie, ainsi que de hauts représentants éthiopiens, sud-soudanais et le président de la Commission de l’Union Africaine (UA).En entendant de voir de quoi accoucheront ces conciliabules à l’ombre des grandes pyramides, l’on peut déjà se féliciter de l’initiative de l’Egypte qui a pris le pari de mobiliser la communauté africaine et spécifiquement les voisins géographiques des pays en crise, pour tenter, à défaut d’éteindre le feu, de le circonscrire.

Quelles sont les chances de réussite du maréchal Al-Sissi ?

Même si l’on peut se douter que cette initiative n’est pas gratuite au regard des risques de débordements humanitaires et sécuritaires des crises libyenne et soudanaise sur les Etats invités, il faut saluer cet élan de solidarité à l’endroit des deux peuples qui peuvent quelque peu se sentir orphelins de la communauté internationale. L’initiative des deux sommets est d’autant plus salutaire que la situation en Libye comme au Soudan tend à l’enlisement avec des conséquences désastreuses pour les populations. En Libye, depuis l’assaut des troupes du maréchal Haftar sur Tripoli, la capitale n’en finit pas de compter ses morts tandis que de nombreux habitants sont contraints de prendre le chemin de l’exil dans des conditions humanitaires drastiques. Au Soudan, le divorce entre l’armée prise de procrastination dans le transfert du pouvoir aux civils et la rue qui campe sur ses positions, semble consommé alors que planent sur la tête , comme une épée de Damoclès, du général Abdel Fattah Abdelrahman Burhan, le président du Conseil militaire de Transition, les menaces de l’Union Africaine.
L’on peut, par ailleurs, se féliciter, même si c’est sur le tard, du fait que l’UA dont la voix s’est fait inaudible depuis la genèse de la crise libyenne, tente de reprendre la main dans le dossier du capharnaüm qui s’est installé dans le pays. Par la même, l’on peut saluer la fermeté de l’organisation panafricaine sur le putsch militaire au Soudan. Certes, le fait d’accorder trois mois supplémentaires à l’armée afin qu’elle transmette le pouvoir aux civils de manière démocratique, risque de mettre davantage la rue en ébullition.  Cela dit, quelles sont les chances de réussite du maréchal Al-Sissi qui s’est revêtu, à l’occasion, de ses oripeaux de président de l’UA ? On le sait, pour mener à bien une mission de conciliation, le médiateur doit avoir de l’ascendant sur les parties belligérantes. Dans les deux crises, l’Egypte joue un rôle clé. Le pays est connu comme l’un des soutiens essentiels du maréchal Haftar dans la guerre en Libye et est, par ailleurs, économiquement lié de façon presque ombilicale au Soudan. Lorsque l’on y ajoute le cordon sécuritaire que peut constituer l’Egypte pour ses deux voisins malades tous cloués aux bancs des accusés de la communauté internationale, il ne fait pas l’ombre d’un doute que le président Al-Sissi qui, en plus, porte toute la légitimité de l’Afrique en sa qualité de président de l’UA, a du poids pour peser dans les négociations. Mais l’on peut bien se poser des questions sur l’offre d’arbitrage égyptien.

Il ne reste plus qu’aux peuples libyen et égyptien de s’assumer

La première de ces questions est de savoir si l’on peut être juge et partie. Le parti pris égyptien dans la crise libyenne est connu, de même que celui de l’un des principaux invités au sommet, le Tchad qui avait reçu en visite l’homme fort de Tobrouk. Il faut tout simplement craindre que cette rencontre sur la Libye ne soit qu’une conférence des soutiens africains du guerrier de la Cyrénaïque et qu’elle n’aboutisse qu’à approfondir les contradictions de la communauté internationale dont les intérêts divergents prennent en otage la paix dans le pays du colonel Mouammar Kadhafi. Du reste, il est difficilement envisageable que l’UA prenne le risque de ramer à contre-courant des soutiens américain et français au maréchal Haftar.  L’autre question que l’on peut se poser par rapport au rôle de l’Egypte dans la crise soudanaise, est la suivante : de quelle légitimité peut se prévaloir Al-Sissi pour donner des leçons de démocratie à ses congénères militaires soudanais ? En effet, il gère lui-même un pouvoir d’essence militaire mais pire, il ambitionne, avec le tripatouillage constitutionnel dont il est le maître artisan, de se maintenir à vie au pouvoir. Le président égyptien est bien dans le cas de figure de l’image biblique de cet homme qui voit la paille dans l’œil du voisin et ne voit pas la poutre qui est dans le sien.
En tout état de cause, les deux sommets égyptiens ne devraient pas donc amener du nouveau sur les échiquiers politiques libyen et soudanais. Ils devraient se résumer au soutien déjà connu au maréchal Haftar en Libye et à la réaffirmation de la fermeté dont l’UA a déjà fait cas dans le dossier soudanais. Il reste à savoir quelles sont les mesures de mise en œuvre dont seront assorties ces positions de principe déjà connues. Quand on sait qu’en Afrique ce qui manque le plus, ce sont les moyens, il n’y a pas lieu de trop rêver. Il ne reste donc plus qu’aux peuples libyen et égyptien de s’assumer et trouver les moyens de résoudre par eux-mêmes leurs contradictions.

« Le Pays »

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