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ZIDA, PREMIER MINISTRE :Un compromis de bon sens

Le nouveau Premier ministre du Burkina Faso vient d’être nommé en la personne du Lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida. Cette nomination n’est pas vraiment une surprise pour les observateurs de la scène politique du pays des Hommes intègres, tant la rumeur se faisait de plus en plus persistante sur le sujet. On aurait bien aimé que ce soit une personnalité civile qui occupe ce poste. Et Joséphine Ouédraogo qui aura échoué de peu à occuper le poste de président de la transition, aurait bien pu être nommée à ce poste, si tant il est vrai qu’elle est, après Michel Kafando, la personne qui incarnait le plus le consensus tant chanté. Un tel choix aurait été une première et un symbole fort de la participation de l’autre moitié du ciel à la restauration de la démocratie au Burkina. A moins que ce fut Shérif Sy, l’autre élément du trio qui était en lice pour le poste de président transitoire.

Mais, il faut bien reconnaitre que rien n’interdit à l’armée d’occuper ce poste selon les dispositions de la Charte de la transition. Loin s’en faut. En effet, on sait que cette Charte n’interdit pas à un militaire d’occuper le poste de Premier ministre, contrairement à d’autres postes, notamment ceux de présidents de la transition et du CNT, pour lesquels il est expressément indiqué qu’un membre des forces armées ne peut les occuper.  Aussi est-il un principe que ce qui n’est pas interdit par la loi est permis. C’est dire donc que le président de la transition n’a commis aucune infraction à la loi en nommant Zida comme son Premier ministre. De plus, l’ex-numéro 2 du Régiment de sécurité présidentiel (RSP) a également su préparer le terrain à la prise de cette décision. Il a géré avec une certaine maestria, la période pré transitoire. Avec son équipe, il a su ramener l’ordre au moment où Blaise Compaoré venait de prendre la clé des champs sous la pression de la rue et que le Burkina tanguait dans tous les sens. Il faut dire aussi qu’il a su frapper les esprits en accédant à l’impératif de céder le pouvoir à un civil et en tenant des discours qui rappellent à l’opinion un certain Thomas Sankara. Il a su pendre aussi des mesures non moins spectaculaires qui font penser à la Révolution d’août 1983. Est de celles-là le limogeage sans autre forme de procès des directeurs généraux des nationales de l’électricité et des hydrocarbures. Tout comme la décision qui consacre la gratuité de l’accès au stade pour le match du Onze national contre l’Angola comptant pour la dernière journée des matchs de qualification pour la Coupe d’Afrique des Nations 2015, ces limogeages ont séduit bien des gens. Ainsi, les conditions sont réunies pour que bien des Burkinabè cautionnent l’action de Zida et soient disposés à le voir occuper encore de hautes fonctions.

N’empêche que bien des démocrates auraient bien préféré une personnalité civile à la primature. C’est une lapalissade de dire que les partenaires techniques et financiers sont importants pour des pays comme les nôtres. Or, ces bailleurs de fonds sont plus ou moins attachés à l’idée que le Premier ministre doit être, autant que faire se peut, un technocrate chevronné. Conformément aux principes de l’Etat de droit, ils sont également plus à l’aise pour discuter et signer des conventions avec un chef de gouvernement civil qu’avec un militaire. En tout état de cause, cette décision de nommer Zida à la primature, qui s’apparente, toute proportion gardée, aux manœuvres du président russe, Vladimir Poutine avec son Premier ministre Dimitri Medvedev, n’est pas de nature à taire les suspicions sur le fait que l’armée n’a rendu le poste de président de la transition à un civil qu’à son corps défendant. Cela conforte les « mauvaises langues » qui estiment que l’armée n’a jamais voulu laisser les premiers rôles aux civils et qu’elle a opté de ruser avec les exigences de la communauté internationale et d’une bonne partie des manifestants des 30 et 31 octobre 2014 dans les rues de Ouagadougou. Du reste, il faut rappeler que la Grande muette tenait à prendre la tête du Conseil national de transition (CNT) avant de se raviser face à la résistance et à l’hostilité des forces vives sur cette option. Bien des personnes ont ensuite été étonnées de constater que dans la version définitive de la Charte de transition, l’intérim du chef de l’Etat est confié au Premier ministre qui, contrairement au Président du CNT, n’était pas tenu d’être une personnalité civile.

Mais, tout porte à croire que c’était là le compromis pour que l’armée lâche du lest et accepte les autres points proposés par les forces vives. Dès que cette brèche a été consacrée par la charte, Zida et ses hommes avaient de réels motifs de se frotter les mains. Ils savaient qu’ils n’avaient plus qu’à « croiser les doigts » pour que l’un de leurs candidats réussisse son grand oral devant le collège de désignation du président de la transition ; ce à partir de quoi le reste allait devenir un jeu d’enfant. Devoir de reconnaissance oblige, le président ne pouvait pas être sourd et insensible aux desiderata de ceux qui l’ont proposé et lui ont donné une chance d’être désigné pour cette noble et historique tâche. Au regard donc de cette suite des événements, on ne peut s’empêcher de penser que le compromis qu’il y a eu concernant ce poste, a quelque chose de foireux. Car, il faut bien craindre qu’avec le lieutenant-colonel Zida comme Premier ministre, le chef de l’Etat, Michel Kafando le civil soit juste utilisé pour satisfaire certaines formalités et contenter la communauté internationale. Le risque que le vrai pouvoir demeure entre les mains de l’armée, n’est pas inexistant donc et c’est ce que les uns et les autres redoutent. Il faudra donc espérer qu’une fois de plus, les acteurs de la transition, surtout les forces de défense et de sécurité, surprennent agréablement le vaillant peuple burkinabè en levant les doutes sur leurs intentions, en démontrant qu’elles n’ont pas un agenda caché dans la conduite de cette transition. Si non, on ne sera pas vraiment sorti de l’auberge. Toujours est-il qu’il appartient au peuple de veiller à ce que ceux qui exercent les charges en son nom qu’ils soient militaires ou civils, le fassent dans les règles de l’art, que chacun des acteurs, et tous sans exception aucune, se plie aux règles de l’Etat de droit démocratique pour lequel les populations se sont battues. C’est à ce prix que le lourd tribut payé par ce peuple pour sa liberté aura tout son sens, que ses acquis démocratiques seront capitalisés comme il se doit.

« Le Pays »

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10 commentaires

  1. Pour dire vrai,aucun démocrate sincère ne peut cautionner cette nomination car convaincu que Michel Kafando n’aura aucune autorité sur Zida et donc c’est ce dernier qui est le vrai chef de l’Etat.Comme leur mission est d’une année,espérons qu’après,tout rentrera dans l’ordre et que ces militaires se retireront définitivement de la scène politique après avoir bien nettoyé la maison Faso.

  2. Toutes mes félicitations au Lieutenant-Colonel Zida; Durant ces dures moments, il a largement démontré non seulement ces compétences mais aussi son intégrité au point de mériter le poste de premier ministre

  3. Zida, un inconnu sorti après l’insurrection populaire défiant tout un général pour s’ autoproclamer président avec la bénédiction du balai citoyen(que je qualifie du toŕchon citoyen) sans chercher à comprendre pourquoi il defiait le général. C’est le prix de ĺ’ignorance que nous sommes en train de payer. Ainsi le balai devenu torchon a bradé la ĺutte.
    Dès cette apparition, en regardant bien son visage, rien d’honnêteté ou d’intégrité ne me frappait à l’ oeil jusqu’au jour où je voyais le bourreau du régime défilé librement au CES soit disant venir soutenir le président autoproclamé. J’ai vite compris que notre lutte est biaisée. Il a joué à des jeux seuls les idiots le croiraient. Zida n’est rien d’autre qu’un intermédiaire, un poison de l’insurrection populaire. S’ il était sincère, il dissoudrait le RSP qui est anticonstitutionnel au lieu de s’ en prendre aux DG sans raison valable.
    ZIDA n’est rien d’autre qu’un cancer pour notre révolution. Pour ceux qui doutent, le temps nous dira qui a raison. Il est tout sauf un homme intègre.

    1. monsieur Le Tamis c’est malheureux de faire des affirmations sans preuves, si tu n’aimes pas le lièvre, reconnais qu’il court très vite, en définitive tu es libre de dire ce que tu penses, c’est ça la démocratie, merci et courage à toi;

  4. Bonne analyse et je salue aussi le point de vue des internauates. Mais comme le disait un philosophe « l’Homme est ondoyant et divers ». Zida peut avoir été propulsé par son chef Diendéré et pendant les premiers moments il va lui obéir; puis il va prendre ses propres initiatives avec les conseils et la pression de l’environnement. La dissolution du RSP est indispensable mais c’est un dossier à gérer avec prudence. J’avais pensé que si Zida était nommé Chef d’Etat major général de l’Armée, il serait toujours proche des troupes et pourrait réorganiser l’Armée (RSP et Autres corps). Souhaitons qu’il ait la bonne inspiration pour conduire la transition à bon port.

  5. Merci mon frere  » le tamis ». On dirait que tu savais ce que je pensais. Ta reflexion est très juste et correcte. Si
    tout le monde avait l’oeil ouvert comme toi
    le Burkina serait tres loin devant.

  6. Avec la nomination de M. ZIDA, la thèse selon laquelle l’armée veut demeurer au pouvoir est confortée. Depuis 1966, c’est l’armée qui est au pouvoir et c’est ce que nous vivons aujourd’hui sous la houlette du Gal Gilbert DIENDERE. Nous sommes actuellement dans une situation où le pouvoir n’a pas de couleur, sauf la couleur de l’armée. Je me disais que c’était une occasion pour renvoyer définitivement les militaires dans les casernes où ils joueront bien leur rôle de « gardien de la république ». Mais avec ça, y a-t-il une différence entre militaire et civile? Le civil pourrait-il jouer un jour le rôle de militaire?Cela veut dire qu’il n’y a pas de civil compétent pouvoir assurer; je pense que non. Nous sommes en phase où un second larron vient s’accaparer du pouvoir du peuple et qui va se déshabiller en 2015 pour être candidat à sa propre succession comme Blaise Compaoré. Nous serons tous vigilants à ce monsieur qui croît pouvoir tromper le peuple.

  7. Cela ressemble fort bien à l’histoire de Poutine et de son premier ministre. Zida est PM j’attends tout de même de voir certaines choses. Si la sécurité de ces deux hommes est assurée par le RSP c’est que le pouvoir n’est pas aux mains des civils mais du RSP. Le RSP est une armée dans l’armée donc vigilance. Normalement la sécurité du président de la république, du Pm et du président de l’assemblée est du ressort de la gendarmerie on verra ce qui va se passer. Si Zida vire la gendarmerie (qu’ils ont pris le soin de désarmer dans les dernières semaines du mois d’octobre) du premier ministère et y impose les éléments du RSP, cela voudrait dire qu’il n’est pas prêt de bouger. Aussi, si le Gal Gilbert Diendiéré demeure chef d’état major particulier de la présidence, on saura aussi que ce sont les militaires qui sont au pouvoir et que c’est le système compaoré qui continue. Attendons de voir avant de crier victoire. Mieux, si dans les mois qui suivent, le prix des denrées de premières nécessités (poisson, huiles, riz, sucre, … dont le monopole était détenu par la famille compaoré) ne baisse pas, c’est que le monopole continue et qu’en fait le système n’a pas changé. Cela voudrait dire que l’économie est toujours entre les main de cette famille même en exil. Après avoir analysé les différentes intervention du sieur Zida, sa stratégie de passer la main le 21 novembre (soit 21 jours de pouvoir ce qui lui confère de facto le statut d’ancien chef d’état) j’aurai encore plus de doute si dans le nouveau gouvernement nous avons plus de 3 miliaires. Je peux me tromper dans mes analyses mais je sais une chose, si ce que j’ai dit plus haut concernant la sécurité des premiers responsable, la place de diendiéré, le prix des denrées et enfin les postes bizarres occupés par les amis, les tontons et les tanties de BC restent inchangés c’est que nous aurons usé nos tapettes et reçu des balles pour rien.

  8. Admiration cher ami et courage mon cher. Entant qu’ami je ne ménagerai aucun effort pour justifier de ta sincérité et de ton engagement à fournir au Burkina Faso une transition réussie. S’il te plait ne nous déçois pas en mettant en priorité un autre agenda caché, car pour moi tu as déjà réalisé un agenda en faveur du président Blaise Compaoré et ses proches qui te payent en monnaie de singe car ils te considèrent comme un traitre.

    Il faut maintenant conduire ton agenda en fonction de tes convictions, que tous tes proches savent nobles.

    Il faut préparer une société intègre, équitable studieuse et démocratique. C’est ces fondements qui sont nécessaires pour le développement de la citoyenneté et le civisme nécessaire à l’encrage d’une véritable démocratie participative.
    Œuvres pour laisser une emprunte de restaurateur de la dignité et l’intégrité nationale (le burkindi) qui fera, si tu réussis, que tu sera vénéré comme un héro, notre nouveau Lénine, Che Guevara et Sankara (sans être Sankariste on doit reconnaitre son œuvre pour le rayonnement et la fierté du Burkinabé et la dignité de l’homme en général).

    Un an c’est pas peu pour jeter les bases d’un modèle de société citoyenne et particulière au Monde. Œuvres à fortifier les institutions et les garanties de leurs inviolabilité pour les sorties de la volubilité des hommes forts.

    Tu as à tes côtés la sagesse d’un père et président intègre, patriote et très expérimenté pour ne citer que ces qualités. Il a su que la synergie de la fougue de la jeunesse avec la sagesse et l’expérience (somme des erreurs commises dans la pratique) des vieux peuvent donner le succès. Reste inclusif comme Mandela qui après sa longue lutte à montrer qu’on peut intégrer tout le monde (montre à ceux qui pensaient que leur vision était l’unique bonne qu’ils étaient dans l’erreur et qu’on peut mieux faire ensemble et que chacun apporte quelque chose qui comporte du bon qu’on peu exploiter).

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