HomeA la uneACCUSATIONS PORTEES CONTRE ASMARA, KARTHOUM ET LE CAIRE : Quand la crise éthiopienne s’externalise

ACCUSATIONS PORTEES CONTRE ASMARA, KARTHOUM ET LE CAIRE : Quand la crise éthiopienne s’externalise


La quiétude des habitants du Tigré a une fois de plus été perturbée. En effet, alors que se pansaient encore les plaies de la guerre brutale qui a duré deux ans, et qui a pris fin en 2022, les combats ont repris avec plus d’intensité, dans cette région du Nord de l’Ethiopie, entre les forces fédérales et celles du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF). Depuis, les affrontements se poursuivent, faisant de nombreuses victimes parmi les civils et causant la fuite de plusieurs milliers de populations. C’est dans ce contexte de reprise de combats sanglants que l’Ethiopie accuse certains de ses voisins tels que l’Erythrée, le Soudan et l’Egypte, de soutenir les rebelles tigréens dans leur combat contre les forces du gouvernement fédéral.

 

Il faut craindre le pire pour les populations civiles dans ce vaste pays d’Afrique de l’Est

 

 

C’est une sortie qui témoigne de la gravité de la situation dans cette région de la Corne de l’Afrique. Et cette sortie ne va certainement pas arranger les choses dans un contexte où le tissu de la confiance entre les différents acteurs s’est effrité depuis les accords de paix de Prétoria, signés en 2022. En tout cas, on a de bonnes raisons de craindre que le conflit ne s’étende sur une échelle plus grande, au-delà des frontières de la région du Tigré. En effet, la crise a pris une nouvelle tournure avec les dernières accusations d’Addis-Abeba. C’est le moins que l’on puisse dire. Et il y a de fortes chances que cette crise s’externalise. En effet, ces pays mis en cause, vont-ils rester de marbre en se voyant accusés devant le monde entier? Rien n’est moins sûr. D’autant plus que les relations entre l’Ethiopie et la plupart de ces pays, ne sont pas au beau fixe. L’Erythrée qui a balayé ces accusations du revers de la main, a fait un revirement spectaculaire en prenant ses distances vis-à-vis de l’Ethiopie qu’elle a soutenue, il y a quatre ans, dans la guerre contre les rebelles du Tigré, et s’est plutôt rapprochée des rebelles du TPLF. A propos du Soudan, ce qui nourrit la méfiance de l’Ethiopie, c’est le soutien apporté par des combattants tigréens à l’armée soudanaise contre les Forces de soutien rapide (FSR). Quant à l’Egypte, en plus d’être alliée à l’Erythrée et au Soudan, elle a eu un différend avec l’Ethiopie au sujet du partage et du contrôle des eaux du Nil. En effet, le projet d’Addis-Abeba de réaliser trois nouveaux barrages hydroélectriques sur le Nil Bleu, n’a pas été vu d’un bon œil par Le Caire. Dans un climat de méfiance généralisée, il faut craindre que les nouvelles accusations d’Addis-Abeba ne viennent exacerber la crise en Ethiopie. Et dans un contexte où le dialogue semble rompu entre les protagonistes qui, visiblement, ne se font plus confiance, où les intérêts cachés ont pris le pas sur les engagements pris, il faut craindre le pire pour les populations civiles dans ce vaste pays d’Afrique de l’est. Ces populations, faut-il le relever, vivent déjà de plein fouet les affres de cette crise. En effet, l’ONG Médecins sans frontières (MSF) évoque plusieurs centaines de blessés qui se retrouvent face à des hôpitaux débordés.

 

L’UA est invitée à réactiver les leviers de sa diplomatie pour mettre fin à cette spirale de la violence en Ethiopie

 

Il y a donc péril en la demeure. Et il faut, de toute urgence, voler au secours de cette population qui a déjà souffert le martyre pendant la crise de 2020-2022, d’une violence extrême qui a provoqué blocus, massacres et famines, entraînant la mort de 600 000 à 800 000 personnes.C’est le lieu d’interpeller la Communauté internationale à ne pas abandonner l’Ethiopie à son sort, mais à s’investir dans la recherche de solutions pour la cessation des hostilités, avant que le conflit ne prenne de plus grandes proportions. L’Union africaine (UA) est une fois de plus, demandée, elle qui avait déjà négocié un accord de paix, l’accord de Pretoria en l’occurrence, entre les deux parties, mettant fin à la guerre en 2022. L’institution est invitée à réactiver les leviers de sa diplomatie pour mettre fin à cette spirale de la violence dans ce pays dont l’histoire est émaillée de guerres civiles. L’UA est d’autant plus interpellée que tous ces conflits mettent à mal l’unité africaine qu’elle appelle de tous ses vœux. Et aussi, parce que l’Ethiopie abrite le siège de l’institution continentale. Et si la solution inclut de revoir les termes de ces accords, il ne faudrait pas s’en priver. L’important, c’est de préserver la vie des pauvres innocents qui paient le lourd tribut de cette guerre qui n’en finit pas.

 

«Le Pays»


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