EXPULSION D’ORPAILLEURS BURKINABE DE GUINEE : Les leçons à tirer
Le 2 novembre dernier, les autorités guinéennes décidaient de mettre fin à l’orpaillage illégal dans leur pays, notamment dans le Nord-Est du pays. Selon elles, cette pratique constitue une menace non seulement pour l’environnement, mais aussi pour la santé humaine et animale. A Siguiri, par exemple, disent-elles, de nombreuses personnes ont été hospitalisées à cause de l’utilisation du cyanure. Nombreux sont les animaux qui en sont morts sans compter la destruction massive des forêts et la pollution des cours d’eau. Avec de tels arguments, personne ne pourrait reprocher aux autorités guinéennes de vouloir mettre de l’ordre dans l’exploitation artisanale de l’or qui, dans bien des pays africains, demeure une préoccupation. Elles sont, pour ainsi dire, dans leur bon droit. En tant que pays souverain, la Guinée peut prendre toute mesure qui lui paraît nécessaire et ce, dans l’intérêt de ses populations. D’autres pays, avant lui, l’ont déjà fait. La Côte d’Ivoire et le Sénégal, par exemple, ont, eux aussi, pris des mesures contre l’orpaillage illégal, estimant qu’il contribue gravement à la dégradation de l’environnement s’il ne constitue pas une grave menace pour l’écosystème dans son ensemble. Toutefois, tout en reconnaissant le droit à Conakry de mettre fin à l’orpaillage illégal, on ne peut que déplorer la manière dont les choses se sont déroulées. En effet, en lieu et place d’une solution diplomatique qui nécessitait une concertation d’avec les autorités des ressortissants opérant en Guinée, Conakry en a décidé autrement. Sans préavis et de manière cavalière, elle a expulsé de milliers d’étrangers ouest-africains de son sol. Si fait qu’ils sont nombreux, les Maliens, Burkinabè, Ivoiriens, Sénégalais, Togolais et Béninois, qui, sur la pointe de pied, ont pu, dans des conditions, pour le moins pénibles, rejoindre le Mali.
Il est des moments où le silence vaut mieux que la parole
Toute chose qui a provoqué l’ire de Ouagadougou qui n’a pas hésité à parler de « traitement cruel, inhumain et dégradant ». Et elle n’a certainement pas tort ; tant les images de jeunes expulsés qui circulent sur les réseaux sociaux, sont insoutenables. Certes, le chef de la diplomatie guinéenne dit à qui veut l’entendre que « la protection de l’environnement ne saurait être sacrifiée au nom de la fraternité africaine ». On veut bien comprendre. Mais il oublie volontiers que si la fraternité africaine dont il semble s’en soucier comme d’une guigne, n’avait pas prévalu, la Guinée, sous Sékou Touré, ne pouvait pas faire échec aux tentatives de déstabilisation coloniales ; permettant ainsi de concrétiser l’idéal du panafricanisme. Voyez-vous ? Il est des moments où le silence vaut mieux que la parole qui, dans bien des cas, trahit, quand elle ne donne pas souvent l’impression que l’auteur rame à contre-courant de l’histoire. Cela dit, on salue la mobilisation et la solidarité dont ont fait montre les Burkinabè envers leurs compatriotes. En effet, avec la coordination des autorités, beaucoup de compatriotes ont pu regagner le bercail pendant que d’autres sont en attente de l’être.
Les sites d’orpaillage sont connus pour être de hauts lieux de débauche
Cependant, quand on sait que la plupart des jeunes avaient migré à cause d’une part du chômage et du sous-emploi, et de l’autre à cause de l’insécurité liée au terrorisme, on ne peut qu’inviter les autorités à mettre les bouchées doubles pour réinsérer socialement certains d’entre eux. Pourquoi ne pas enrôler certains de ces jeunes qui le désirent comme des supplétifs de l’armée, surtout que beaucoup d’entre eux sont âgés de moins de 20 ans. Aussi faudra-t-il, à l’avenir, empêcher à tout prix l’exode des mineurs vers les sites d’orpaillage connus pour être de hauts lieux de débauche. Du reste, s’il y en a qui, parmi eux, souhaiteraient reprendre leur cursus scolaire, il faudra leur faciliter la tâche à travers des mesures d’accompagnement. C’est à ce prix que, plutôt que d’un goulot d’étranglement, on pourra faire du retour massif de ces compatriotes de la Guinée, un atout.
« Le Pays »