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ALLIANCE ENTRE LE PARTI AU POUVOIR ET CELUI DE YAHYA JAMMEH EN GAMBIE  

Adama Barrow joue gros

A trois mois de la présidentielle, l’on assiste à un véritable blanle-bas sociopolitique en Gambie. Les grandes manœuvres ont commencé, est-on tenté de dire. Tant et si bien que l’on voit se dessiner des rapprochements même des plus inattendus. C’est le cas, par exemple, de cette alliance signée le 5 septembre dernier entre le parti du président Adama Barrow et celui de son prédécesseur, Yahya Jammeh en exil. Que s’est-il donc passé pour que ceux-là qui, on se rappelle, se sont combattus pour le pouvoir, il y a seulement quatre ans, acceptent subitement de se donner la main ? C’est la question que plus d’un Gambien se pose, désabusé. C’est, du reste, la preuve, s’il en est, qu’en politique, il n’y a jamais d’ennemis éternels puisqu’en fonction des circonstances et des intérêts en jeu, la position des uns et des autres peut varier, fût-ce parfois au grand dam du peuple. En fait, les choses sont claires : le président Adama Barrow, porté au pouvoir en 2017, par une coalition de partis, veut d’un second mandat. Et conscient qu’il n’a pas de base politique et que son bilan est mi-figue mi-raisin, il fait des pieds et des mains pour obtenir le soutien du parti de Yahya Jammed qui a régné en maitre absolu sur la Gambie pendant plus de deux décennies. En contrepartie, ce dernier, accusé de graves violations des droits de l’Homme, pourrait retourner au bercail et couler des jours paisibles. Autrement dit, Adama Barrow qui incarnait beaucoup d’espoir à son arrivée au pouvoir, veut accorder l’impunité à l’ex-dictateur en échange de son éventuel soutien à la présidentielle du 4 décembre prochain.

 

 

Adama Barrow voudrait davantage se mettre à dos l’opinion nationale qu’il ne s’y prendrait pas autrement

 

 

Comme quoi, en politique, l’éthique ou la morale n’engagent que ceux qui y croient. C’est le domaine par excellence des calculs et autres pantalonnades, où seule la fin justifie les moyens. Cela dit, il faut dire  qu’Adama Barrow, en décidant de se rapprocher de son prédécesseur, joue gros. Car, autant cette alliance peut lui être profitable, autant elle peut lui être préjudiciable lors de la présidentielle qui se profile à l’horizon. En effet, les Gambiens dont certains crient déjà à la « déception » pourraient se coaliser et le sanctionner dans les urnes pour lui faire payer sa félonie. Ce n’est pas exclu quand on sait que sa candidature même à la prochaine présidentielle a été mal perçue par certains de ses anciens soutiens qui lui reprochent de n’avoir pas tenu parole. Lui qui, on s’en souvient, avait promis de se retirer du pouvoir après un seul mandat. Mais l’appétit venant en mangeant, il a, à l’instar du Béninois Patrice Talon, battu en retraite si fait qu’il est en train de rebeloter. En tout cas, Adama Barrow voudrait davantage se mettre à dos l’opinion nationale qu’il ne s’y prendrait pas autrement en pactisant avec  l’ex-dictateur présenté comme étant à l’origine de tous les péchés… de la Gambie.

 

B.O  

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