HomeDroit dans les yeuxPRODUCTIONS ET PRESTATIONS ARTISTIQUES AU BURKINA FASO : La dignité culturelle à l’épreuve du buzz

PRODUCTIONS ET PRESTATIONS ARTISTIQUES AU BURKINA FASO : La dignité culturelle à l’épreuve du buzz


Le 25 mai dernier, le gouvernement burkinabè a décidé de taper du poing sur la table et de serrer la vis face aux dérives qui abîment, depuis quelques années, une partie du paysage artistique national, en brandissant la menace de sanctions contre certains artistes qui, à force de courir derrière les vues et les tendances, se sont laissés fasciner davantage par le scandale, l’indécence et la vulgarité que par le talent et la créativité. Il faut avoir le courage de le reconnaître, certains artistes, si tant est qu’on puisse encore les appeler ainsi, semblent avoir abandonné la qualité des textes et la profondeur de l’inspiration pour miser sur le buzz, les polémiques et les contenus dégradants destinés à faire exploser les compteurs sur les réseaux sociaux. Tout se passe comme si la nudité, l’insulte, la vulgarité et le choc visuel sont devenus les nouveaux critères de réussite artistique, en lieux et places de l’éveil des consciences et de la transmission des émotions fortes.  Comment peut-on prétendre représenter une nation sur le plan artistique tout en banalisant l’indécence, les insultes, les attitudes dégradantes et des paroles qui heurtent nos valeurs sociales et culturelles ? Comment peut-on réclamer respect et considération lorsqu’on ne respecte ni son public, ni son art, ni l’image du Burkina Faso ?  La liberté artistique ne signifie pas la liberté de tirer la culture vers le bas. Le talent ne se mesure ni au niveau de nudité, ni au scandale, ni à la capacité de choquer pour faire des vues sur les réseaux sociaux. Un artiste n’est pas seulement un amuseur public chargé de divertir les foules. Il est aussi un éducateur social, un ambassadeur culturel et une référence pour la jeunesse.

 

La créativité n’a jamais eu besoin de l’indécence pour briller

 

A travers ses œuvres, ses paroles et son comportement, il influence les mentalités et projette l’image de son pays bien au-delà des frontières. Le gouvernement avait donc le devoir de mettre un coup d’arrêt à ces dérives avant qu’il ne soit trop tard. Car, lorsqu’une société commence à s’habituer à l’indécence, puis à la considérer comme un simple signe de modernité, elle finit par affaiblir progressivement les valeurs qui fondent son identité. Il ne s’agit pas de censurer l’art ni d’étouffer la créativité, mais plutôt de rappeler qu’aucune liberté ne peut s’exercer sans responsabilité. Un peuple qui renonce à ses repères éducatifs, moraux et culturels au profit du sensationnel et du divertissement à tout prix, prend le risque de perdre une part essentielle de lui-même.  La décision du ministère de mettre de l’ordre dans ce secteur, a d’autant plus de mérite qu’elle n’impute pas la responsabilité aux seuls artistes. Elle vise également les promoteurs, sponsors, mécènes et annonceurs qui financent, encouragent et diffusent ces contenus jugés problématiques. Toutefois, cette lutte contre les excès ne doit pas devenir une dérive inverse, en dégénérant en croisade contre l’ensemble du monde culturel, en se transformant en chasse aux sorcières ou en règlement de comptes aveugle contre certains artistes. Le remède serait alors aussi nocif que le mal.  Heureusement, le Burkina Faso compte encore de véritables ambassadeurs culturels qui font honneur à leur art et à leur pays par la qualité de leurs œuvres, la richesse de leurs textes, la profondeur de leur inspiration et le respect des valeurs chères aux Burkinabè. Ceux-là prouvent chaque jour qu’on peut être moderne, populaire, influent et adulé sans sombrer dans l’obscénité ou la vulgarité.  Ils démontrent que la créativité n’a jamais eu besoin de l’indécence pour briller. Les grands artistes ne sont pas toujours les plus bruyants. Ce sont souvent ceux qui traversent le temps parce qu’ils portent quelque chose de plus profond qu’une simple polémique de réseaux sociaux, et parce qu’ils élèvent, questionnent et inspirent leur public. Voilà le type d’artistes dont le « Pays des Hommes intègres » a besoin pour faire rayonner sa culture avec intelligence, exigence et responsabilité. Le bruit attire peut-être l’attention pendant quelques jours ; le talent, lui, traverse les époques et survit aux modes.

 

Sidzabda

 

 

 


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