FRAUDES AUX EXAMENS SCOLAIRES : Sévir pour l’exemple
Cette année encore, les examens scolaires ainsi que certains concours de la Fonction publique ont été entachés par des cas de fraude. D’Arbollé à Guiba, de Bobo-Dioulasso à plusieurs autres centres d’examens, plusieurs dizaines de candidats et leurs complices ont été interpellés pour usage frauduleux de téléphones équipés d’applications de messagerie cryptée, permettant de recevoir instantanément et en temps réel, des réponses aux questions des différents sujets. Si, en plus de ce dispositif ultra-sophistiqué, ceux qui sont censés surveiller les épreuves deviennent eux-mêmes les maillons faibles, voire les complices du système, ce n’est plus seulement un règlement qui est violé, c’est la crédibilité même de l’école qui est mise aux enchères. Le plus inquiétant est que la fraude est en train de gagner son pari : celui de devenir une banalité dans notre pays. Chaque année, l’Etat renforce les contrôles, des fraudeurs sont arrêtés, jugés, radiés, emprisonnés ou condamnés à des Travaux d’intérêt général. Chaque année, les autorités réaffirment leur engagement en faveur de la tolérance zéro, mais, chaque année également, les mêmes pratiques refont surface, souvent sous des formes encore plus élaborées que les précédentes. Il faut donc avoir le courage de regarder la réalité… droit dans les yeux. Nous ne sommes plus confrontés à quelques brebis égarées, mais à une véritable culture de la triche qui s’installe insidieusement dans notre système éducatif, et qui permet à certains candidats d’obtenir leur diplôme par la ruse plutôt que par le mérite. Avec cette gangrène, c’est l’avenir même du Burkina Faso qui risque d’être hypothéqué.
Une nation ne se construit pas avec des compétences fictives
Car derrière chaque fraudeur qui réussit son examen, se cache peut-être un futur enseignant incapable de transmettre un savoir, un infirmier qui maîtrise mal les gestes essentiels, un comptable incapable de tenir des comptes, un magistrat qui ignore les fondamentaux du droit, un ingénieur qui construit sur du sable ou un administrateur qui n’a jamais appris que l’effort est la première condition du succès. A force de distribuer des diplômes qui ne correspondent plus au niveau réel de leurs détenteurs, nous finirons par fabriquer toute une génération de professionnels aux connaissances lacunaires, qui seront incapables d’assumer les responsabilités qui leur seront confiées. Comme le dit un adage, un parchemin ouvre des portes, mais seules les compétences permettent de les franchir. Un diplôme sans compétence est une véritable bombe à retardement. Le danger ne s’arrête d’ailleurs pas aux portes de l’école. Tricher à un examen n’est pas un simple écart de conduite. C’est souvent l’apprentissage d’une logique où la fraude devient un moyen d’obtenir ce que le mérite ne permet pas. Celui qui s’y habitue peut être tenté, plus tard, de truquer un concours, de falsifier un marché public, de manipuler un recrutement ou de monnayer une décision administrative. La fraude aux examens constitue, de ce fait, l’une des portes d’entrée vers la corruption, laquelle ne naît pas toujours dans les hautes sphères de l’administration, mais souvent sur les bancs de l’école, lorsqu’un candidat découvre qu’il est plus facile ou plus rentable de contourner les règles plutôt que de fournir les efforts nécessaires pour réussir. Face à ces dérives, il serait injuste de dire que l’Etat est resté les bras croisés. Les contrôles ont été renforcés ; les sanctions existent et les opérations de répression se multiplient. Mais pour briser durablement cette mécanique, il faudra changer d’échelle en infligeant des sanctions plus sévères, plus systématiques et surtout plus dissuasives à tous les acteurs impliqués, qu’il s’agisse des candidats, des surveillants, des enseignants, des organisateurs ou de leurs complices. Toutefois, la répression, aussi indispensable soit-elle, ne saurait constituer une réponse suffisante. La lutte contre la fraude exige une action de fond visant à réhabiliter la culture du mérite. Cela passe par une véritable éducation à l’intégrité dès les premières années de la scolarité, une sensibilisation continue des élèves, des parents et des personnels éducatifs, un renforcement des dispositifs de sécurisation des examens ainsi que par la valorisation de celles et ceux qui réussissent par le seul mérite de leur travail. Le Burkina Faso ne peut pas bâtir son développement sur des diplômes en trompe-l’œil. Une nation ne se construit pas avec des compétences fictives, mais avec des femmes et des hommes qui ont appris que le travail demeure le seul raccourci durable vers la réussite.
Sidzabda
