HomeA la unePOURPARLERS INTERCONGOLAIS AU BURUNDI : Ndayishimiye parviendra-t-il à concilier les différentes positions ?

POURPARLERS INTERCONGOLAIS AU BURUNDI : Ndayishimiye parviendra-t-il à concilier les différentes positions ?


Le 6 juillet dernier, le président burundais, Evariste Ndayishimiye, a entrepris, à Gitega, capitale du Burundi, des consultations avec la classe politique congolaise et des chefs religieux. Objectif : trouver une solution à la crise politique qui est venue se greffer à la crise sécuritaire que traverse le pays depuis que les rebelles du M23 ont repris les armes contre le pouvoir de Kinshasa en novembre 2021. La pomme de discorde est née de la volonté du président Félix Tshisekedi, de chercher à briguer un troisième mandat à la faveur de la modification constitutionnelle à laquelle il tient comme à la prunelle de ses yeux. Mais l’opposition ne l’entend pas de cette oreille et est vent debout contre le projet de révision constitutionnelle du chef de l’Etat.

 

 

Les relations restent tendues entre le président Félix Tshisekedi et ses contempteurs

 

C’est dans ce contexte que le président burundais, fort de sa qualité de président en exercice de l’Union africaine, a enfilé son costume de médiateur pour inviter les protagonistes congolais sous l’arbre à palabre dans son pays. La question qui se pose est de savoir si le président Ndayishimiye parviendra à concilier les différentes positions. La question est d’autant plus fondée que dans cette crise congolaise, les initiatives de rapprochement se suivent et se ressemblent sans que les lignes bougent dans le sens de la désescalade souhaitée. Et, que ce soit avec les rebelles du M23 ou avec les acteurs de la classe politique, les relations restent tendues entre le président Félix Tshisekedi et ses contempteurs qui, à défaut de le déloger avant l’heure du palais de la Nation, n’entendent pas le voir prolonger son bail à la tête de l’Etat au-delà de son second mandat constitutionnel. Et l’opposition congolaise a clairement signifié que cela est une ligne rouge à ne pas franchir. De leur côté, les leaders religieux ne tarissent pas d’efforts dans leur plaidoyer pour un dialogue national inclusif entre les différentes composantes de la Nation, dans un souci de préservation de la paix et de la cohésion nationale. Mais jusque-là, le chef de l’Etat congolais ne s’est pas montré perméable au sermon des religieux privilégiant la voie du dialogue, malgré les médiations qui s’enchaînent et qui piétinent.  Bien au contraire : tout porte à croire que malgré la crise, le président Tshisekedi est plus préoccupé par la question du pouvoir qu’il cherche, selon l’opposition, à conserver par des moyens détournés, notamment à travers une modification constitutionnelle. C’est dire la délicatesse de la mission du président Ndayishimiye connu pour son soutien à Kinshasa dans son conflit avec Kigali, par l’AFC/M23 interposé. Et autant cette position du président burundais peut paraître un atout pour lui parce qu’il connaît bien les acteurs et les enjeux, autant cela pourrait être un handicap si, pour une raison ou pour une autre, il était soupçonné de parti pris pour l’un des camps antagonistes au détriment de l’autre. C’est pourquoi l’on attend de voir ce qui sortira de ces consultations de Gitega, pour situer l’opinion.  

 

La RDC continue de compter ses morts du fait de la persistance de la crise sécuritaire dans l’Est du pays

 

 

Et le président Ndayishimiye joue d’autant plus sa crédibilité que l’initiative burundaise ne doit pas en être une de plus. En tout état de cause, le fait de réussir à réunir les différents protagonistes à Gitega pour des consultations, est déjà un pas. Et il faut saluer la démarche du médiateur qui a voulu ratisser large, en conviant, en plus des principaux acteurs politiques concernés par la crise, des leaders religieux de tous bords, des acteurs de la société civile, de même que des personnalités de référence comme le Prix Nobel de la paix, Denis Mukwege. Sans oublier l’approche envers les partisans de l’ancien président, Joseph Kabila, qui est aussi à couteaux tirés avec les autorités de Kinshasa. Reste à espérer que les fruits de ces consultations tiendront la promesse de la décrispation et de la paix que les Congolais appellent de tous leurs vœux. La paix en République démocratique du Congo (RDC) passera-t-elle alors par Gitega ? C’est tout le mal qu’on souhaite. Car, pendant que les acteurs politiques s’époumonent autour de l’opportunité d’une réforme constitutionnelle, la RDC continue de compter ses morts du fait de la persistance de la crise sécuritaire dans l’Est du pays, et de l’épidémie Ebola qui est venue en rajouter au calvaire des populations. 

 

« Le Pays »


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