HomeA la uneANNONCE DE LA FORMATION DU FUTUR GOUVERNEMENT AU SENEGAL : le Pastef joue sa survie

ANNONCE DE LA FORMATION DU FUTUR GOUVERNEMENT AU SENEGAL : le Pastef joue sa survie


Le futur gouvernement sénégalais, attendu dans les prochains jours, voire dans les prochaines heures, ne sera pas seulement une équipe chargée de poursuivre les réformes promises aux électeurs et de conduire l’action publique. Il constituera aussi le premier champ de bataille d’une guerre de positionnement qui se dessine au sommet du pouvoir entre le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. Depuis le départ de ce dernier, de la Primature, les relations entre les deux principales figures du régime alimentent toutes les spéculations.

 

La perspective d’une querelle picrocholine entre les deux hommes, risque d’avoir un coût politique considérable

 

Les informations selon lesquelles le président Bassirou Diomaye Faye aurait pris contact directement avec certains cadres du Pastef pour les faire entrer au gouvernement, ont relancé les débats et les interrogations sur le contrôle du parti, la maîtrise des réseaux politiques et la préparation des échéances futures. D’un côté, Bassirou Diomaye Faye a tout intérêt à s’émanciper progressivement de l’influence de Sonko. Il sait qu’il ne peut gouverner durablement en demeurant dans l’ombre politique de son ancien Premier ministre. Il a besoin de ses propres relais afin de constituer un cercle de fidèles qui lui devraient leur ascension et seraient susceptibles de le suivre dans les batailles futures. De l’autre, Ousmane Sonko sait que sa force réside dans son influence sur le Pastef et sur la majorité parlementaire. Il n’a aucun intérêt à voir émerger au gouvernement, des personnalités davantage redevables au président qu’au parti, ni à voir se constituer autour du chef de l’Etat, un réseau politique capable de lui faire contrepoids demain. Certes, cette rivalité n’est pas encore ouverte. Mais la perspective d’une querelle picrocholine entre les deux hommes, risque d’avoir un coût politique considérable. A force de vouloir compter ses soldats avant la bataille, chacun pourrait, en effet, finir par affaiblir l’armée commune, avec à la clé de lourdes conséquences électorales pour le Pastef en 2027 et en 2029. L’histoire politique regorge de partis qui ont survécu à la répression, à l’opposition et aux crises, mais qui ont finalement été détruits par les rivalités de leurs propres dirigeants. Pendant que les regards sont tournés vers le futur gouvernement, les adversaires du Pastef observent la scène avec intérêt. Ils savent qu’un parti fracturé est souvent plus facile à battre qu’un parti combattu de l’extérieur. Le véritable enjeu n’est donc pas de savoir qui placera le plus de ministres ou qui remportera la prochaine manche de cette lutte d’influence. La vraie question est de savoir si Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko ont pleinement conscience du risque qu’ils font courir à leur propre camp.

 

Le prochain gouvernement révélera la véritable nature des rapports entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko

 

Car, si chacun cherche à construire sa forteresse personnelle, ils pourraient arriver aux prochaines échéances électorales avec deux camps affaiblis là où il n’existait hier qu’une seule force politique dominante. Le Pastef est aujourd’hui à la croisée des chemins. Soit ses dirigeants parviennent à préserver l’unité qui a fait leur succès, soit ils s’engagent dans une logique de neutralisation mutuelle qui les conduira jusqu’aux élections avec, chacun entre les mains, un morceau du parti. Ce scénario ferait le bonheur des vieux routiers de la politique sénégalaise que le Pastef avait pourtant balayés lors des dernières échéances. En un mot comme en mille, le prochain gouvernement sénégalais sera jugé moins à l’aune des noms qui y figureront, qu’à travers le message politique qu’il véhiculera. Il révélera la véritable nature des rapports entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, et dira si le Pastef reste uni autour d’un projet commun ou s’il est déjà entré dans l’ère des rivalités de pouvoir et des ambitions successorales.

 

« LE PAYS »

 


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