HomeA la uneDES FACILITATEURS DE L’UA A GOMA POUR LA PAIX  : Cette énième médiation fera-t-elle mouche ?

DES FACILITATEURS DE L’UA A GOMA POUR LA PAIX  : Cette énième médiation fera-t-elle mouche ?


Face à la crise sécuritaire qui a fait et continue de faire plusieurs centaines de morts et des milliers de déplacés, dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), l’Union africaine (UA) n’est pas restée les bras croisés. Loin s’en faut. Elle a multiplié les initiatives en vue de ramener le pouvoir congolais et le groupe Alliance fleuve Congo (AFC/ M23) à fumer le calumet de la paix. C’est dans cette dynamique que ses facilitateurs, notamment les anciens chefs d’Etat, Uhuru Kenyatta, Mokgweetsi Masisi, Sahle-Work Zewde et le ministre délégué chargé des Affaires étrangères du Togo, représentant le président du Conseil togolais, Faure Gnassingbé, ont rencontré, le 5 octobre dernier à Goma, les hauts responsables de ce groupe politico-militaire, en l’occurrence son coordonnateur national Corneille Nangaa.

 

Les armes n’ont jamais cessé de tonner dans l’Est de la RDC

 

Une initiative qu’il convient de saluer d’autant que le panel de l’UA avait déjà rencontré, en début d’année, les présidents congolais, Félix Tshisekedi et rwandais, Paul Kagame, qui s’accusent mutuellement de déstabilisation. En offrant ainsi ses bons offices, l’UA fait montre de sa volonté d’être l’actrice légitime et principale du retour de la paix au Congo, voire dans les Grands lacs. Et c’est tout à son honneur. Ce d’autant que l’institution continentale a souvent brillé par son absence là où sa présence était pourtant nécessaire. Cela dit, qu’apportera de plus cette mission de l’UA dans une zone contrôlée par les rebelles ? Cette énième médiation fera-t-elle mouche ? Autrement dit, l’UA réussira-t-elle là où de grandes puissances comme les Etats-Unis et le Qatar peinent à obtenir des résultats tangibles sur le terrain ? L’avenir nous le dira. En attendant, tout porte à croire que l’UA risque d’aller à Canossa. En effet, malgré l’accord signé par Kinshasa et Kigali sous l’égide de Washington et un autre entre Kinshasa et l’AFC/M23, dans le cadre d’une médiation qatarienne, les armes n’ont jamais cessé de tonner dans l’Est de la RDC. L’UA peut-elle, dans ces conditions, parvenir à ses fins ? On en doute fort. Qu’à cela ne tienne.  Si ce nouveau round de médiation, premier du genre dans le camp des rebelles, peut faire bouger les lignes, c’est tant mieux. Mais le moins que l’on puisse dire, c’est que la tâche de l’UA est des plus complexes. C’est d’autant plus vrai qu’aucun des protagonistes de la crise ne semble prêt à reculer d’un iota. Toujours est-il qu’en dépit des multiples et diverses initiatives de paix entreprises jusque-là, aux niveaux sous-régional et international, les deux camps continuent de se regarder en chien de faïence. En tout cas, Félix Tshisekedi ne veut pas voir Corneille Nangaa même en peinture et vice-versa. A preuve, il n’a pas hésité à faire condamner à la potence, cet ancien président de la Commission électorale dont les micmacs auront permis à Fatshi d’accéder au fauteuil présidentiel, mais à l’exclure du fameux dialogue national dont le format fait des gorges chaudes en RDC.

 

Il faut appeler chacun des protagonistes à mettre de l’eau dans son vin

 

Mais pouvait-il en être autrement quand on sait que dans cette crise qui n’a pas encore livré tous ses secrets, les acteurs brillent par leur manque de sincérité ? On a l’impression en effet que chacun fait un pas en avant et deux pas en arrière. Tout laisse croire que Fatshi tout comme Corneille Nangaa, avancent le canif dans le dos, l’un prêt à poignarder l’autre, à la moindre occasion. Et tant que les acteurs de la crise resteront dans cette posture, il faut craindre que les efforts de l’UA ne soient vains. En tout état de cause, il faut encourager l’UA à poursuivre ses efforts de médiation. Car, au-delà des belligérants, c’est l’avenir de la RDC qui est en jeu. Et plutôt que d’œuvrer à éviter une plus grande déchirure, voire la balkanisation du pays, Fatshi, Corneille Nangaa et leurs lieutenants préfèrent défendre leurs agendas personnels. Pendant que le premier cherche à s’accrocher au pouvoir en se lançant dans la conquête d’un troisième mandat, le second, lui, ambitionne de conquérir la capitale du cuivre, Lubumbashi, la deuxième plus grande ville du Congo. C’est dire si aucun des deux protagonistes ne se préoccupe véritablement du sort des populations qui paient un lourd tribut dans cette guerre fratricide. C’est pourquoi, il faut appeler chacun des protagonistes à mettre de l’eau dans son vin.  Il urge et c’est un euphémisme de le dire, de trouver un modus vivendi pour abréger la souffrance des populations qui ne savent plus à quel saint se vouer.

 

« Le Pays »


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