HomeA la uneMESSAGE DES EVEQUES POUR DES ELECTIONS APAISEES AU BURKINA : Les brebis égarées entendront-elles la voix de l’Eglise ?

MESSAGE DES EVEQUES POUR DES ELECTIONS APAISEES AU BURKINA : Les brebis égarées entendront-elles la voix de l’Eglise ?


 

Dans moins de deux mois, les Burkinabè iront aux urnes pour élire leur nouveau président et leurs représentants à l’Assemblée nationale. Des élections post-insurrection qui s’annoncent les plus ouvertes de l’histoire du Burkina,  qui verront descendre dans l’arène politique, des gladiateurs qui rivaliseront de talents, mais aussi de coups dont on espère qu’ils ne seront pas en dessous de la ceinture. Et c’est justement pour se prémunir contre de tels dérapages que l’Eglise catholique du Burkina a jugé bon de prendre les devants en se fendant d’une « encyclique ».  Et comme toujours, elle n’a pas hésité à mettre tout le monde devant ses responsabilités : hommes politiques,  confessions religieuses, autorités  coutumières, forces de défense et de sécurité, organisations de la société civile. Même la communauté  internationale n’y échappe pas.

L’Eglise catholique  exhorte à un changement de mentalités à tous les niveaux

Dans leur message, les évêques du Burkina relèvent,  à juste titre,  « qu’aucun problème ne peut trouver solution dans la violence ».  Une piqûre de rappel qui devrait être prise avec le plus grand sérieux, si l’on ne veut pas donner satisfaction à toutes ces énergies maléfiques d’ici et d’ailleurs, dont le rêve est que la victoire du peuple  insurgé,  arrachée de haute lutte et au prix du sacrifice, les 30 et 31 octobre derniers, se  mue demain en véritable cauchemar. Pour parvenir à des élections apaisées, libres et transparentes, l’Eglise catholique  exhorte à un changement de mentalités à tous les niveaux.  Et une fois de plus, on ne peut que faire le constat que le Clergé catholique se sera montré égal à lui-même ; il  aura fait preuve d’anticipation et de clairvoyance, que ses vérités  plaisent ou non. Il aura fait preuve d’anticipation heureuse, dans un contexte où le chaudron politique semble loin d’avoir été complètement refroidi.  Une telle attitude ne surprend  guère, cette Eglise n’ayant jamais failli à son devoir d’alerter, quel que soit le régime. Sous cet angle, on a envie de dire que si elle n’avait pas existé, il aurait fallu la créer.  Mais si sa voix vaut sérieusement la peine d’être écoutée, même pour ceux qui, grisés et prisonniers de leurs intérêts, n’ont plus d’yeux pour voir ni d’oreilles pour entendre,  c’est qu’elle a, de tout temps,  fait étalage de valeurs qui forcent l’admiration et le respect. Ces valeurs ont pour noms : cohérence, cohésion, constance et courage.  Constance parce que les Evêques du Burkina n’en sont pas à leur première sortie médiatique. On se rappelle, en effet, qu’ils étaient, à l’époque, sortis du bois, pour tenir un discours ferme, dans lequel ils mettaient  en garde l’ancien régime sur les dangers qu’il faisait courir à la Nation, dans sa volonté de  bricoler la Constitution pour permettre à son champion de concourir à une énième compétition électorale.  La suite, on la connaît: fonçant le nez  dans le guidon, Blaise Compoaré a fini par aller  tout droit dans le mur.  Et il s’est même par la suite… cassé le fémur en terre d’Eburnie, dit-on.  Pour éviter que le pays ne revive encore d’autres moments de tension de nature à mettre à mal la stabilité et la cohésion nationale, les évêques du Burkina remettent  le couvert, tout  en rappelant  à tous que les démons ne sont pas à jamais endormis. Vigilance ! Les djinns pourraient encore s’échapper des bouteilles, si l’on n’y prend garde  !   Cohésion dans la mesure où l’Eglise catholique burkinabè  a toujours su parler d’une seule et même voix, dans les situations nationales critiques face auxquelles elle ne s’est jamais gardée de donner son avis.   Et c’est ce qui, du reste,  fait aussi sa forceCohérence  en  ce sens  que ces autorités religieuses ont toujours su rester unies et droites dans… leur soutane. Hier comme aujourd’hui, elles tiennent à des élections apaisées, le font savoir et mieux, proposent leur thérapie. Enfin, à ces valeurs de cohérence, de cohésion et de constance s’ajoute le  courage.

Les acteurs politiques devraient mesurer leur responsabilité sociale dans le bon déroulement des élections

Ne s’étant jamais départi de ses convictions profondes, le Clergé catholique burkinabè n’a jamais hésité à prendre position dans les débats cruciaux qui engageaient l’avenir de la Nation.  Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce n’était pas à l’avantage des gouvernants de l’époque. On ne peut pas dire que l’Histoire lui ait  donné tort, loin s’en faut.  Ses sorties ont été d’autant plus courageuses qu’on sait qu’ au Burkina (du moins jusqu’à une époque récente) comme ailleurs dans les Républiques bananières,  il n’est pas toujours aisé d’avoir une position tranchée contraire à celle du prince régnant. La posture des évêques burkinabè, à l’époque où l’ancien président multipliait les opérations de charme à l’endroit du Clergé, a, pour ainsi dire, fait l’effet d’une bombe chez les détenteurs du pouvoir d’alors.  Cela dit, le courage dont les Evêques burkinabè font montre, n’est pas une spécificité de l’Eglise catholique du Burkina. D’autres Eglises sur le continent, comme celles d’Afrique centrale où les satrapes ne s’embarrassent plus de scrupules pour étaler leur boulimie du pouvoir,  n’ont pas manqué de dire tout le mal qu’ils pensent de la « tripatouillite » aiguë qui s’est saisie de ces dirigeants décidés à s’accrocher au pouvoir par tous les moyens.  Elles ne se lassent jamais de tirer la sonnette d’alarme.  Pour revenir à nos évêques burkinabè,  dans leur « encyclique »,  ils tracent des « repères   pour agir » en vue « d’asseoir une véritable démocratie tant souhaitée à la fin de la Transition ». Selon eux, le premier repère est « un peuple réconcilié », le deuxième « le respect mutuel et le fair-play » et le troisième,  « une bonne expérience politique ».  Tous ces moyens préconisés pour une seule fin : parvenir à des élections apaisées et acceptées de tous. Plaise donc au Ciel que leur message soit entendu.  En tout cas, tout le monde est interpellé, leur message ne s’adressant pas uniquement aux filles et fils de l’Eglise-Famille de Dieu,  mais à « tous les hommes de bonne volonté du Burkina Faso » qu’ils invitent « à un sursaut national pour créer les conditions d’une démocratie qui permette un vivre-ensemble dans la solidarité et la paix ».   Si tout le monde est interpellé, les acteurs politiques  burkinabè en particulier devraient mesurer leur responsabilité sociale dans le bon déroulement de ces élections.  L’Eglise catholique a fait sa part de travail.  Les brebis égarées reviendront-elles dans l’enclos ?  Il faut l’espérer. Tout comme il faut espérer que les autres confessions religieuses lui emboîtent le pas.  Chacun à son niveau doit y mettre du sien pour que le Burkina franchisse ce cap.   Le monde entier a les yeux rivés sur notre nation promise à  un bel avenir démocratique.   Le Burkina ne doit pas décevoir tous ceux qui ont placé leurs espoirs en lui. Notre transition doit être une réussite.  Pour le  bonheur des filles et fils du Burkina, et pour le malheur des satrapes du continent qui appellent de leurs vœux, des jours sombres pour notre patrie.

« Le Pays »


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