A la uneContre analyse

PRESIDENTIELLE AU CAP-VERT

L’exemple qui devrait inspirer

Quelque 400 000 électeurs cap-verdiens ont été appelés hier, dimanche 17 octobre, aux urnes pour élire le président de l’archipel. Dans les starting-blocks, sept (7) candidats, dont deux anciens Premiers ministres issus des principaux partis qui dominent la vie politique du pays. Il s’agit de Carlos Veiga du Mouvement pour la démocratie (MPD) et de José Maria Neves du PAIGC, ancien parti unique. Contrairement à bien des pays africains où les élections sont des moments de grosses frayeurs où les coutelas sortent de leur fourreau et où les candidats se tiennent tous en suspicion, les scrutins dans ce petit pays de l’Afrique de l’Ouest sont des moments civilisés où s’affrontent des programmes. La campagne de cette présidentielle n’a pas dérogé à la règle. En effet, elle s’est déroulée sans incident majeur. C’est donc à juste titre que la présidente de la Commission nationale des élections, Maria Gonçalves, l’a qualifiée de « succès ». Elle a, en outre, donné l’assurance que tout était prêt pour un bon déroulement du scrutin. Et au moment où nous tracions ces lignes, le terrain lui donnait raison. Tout cela n’étonne personne, puisque les Capverdiens et les Capverdiennes ont travaillé patiemment et sûrement à faire de leur pays, un havre de démocratie et de progrès.

 

Depuis 1991, le principe des deux mandats est religieusement observé

 

Aristides Pereira, le père de la Nation, y a contribué en se pliant à la soif de démocratie de ses compatriotes. Celle-ci, rappelons-le, s’est exprimée en 1991, date à la laquelle le candidat de l’opposition, plus précisément du Mouvement pour la démocratie, Antonio Monteiro, a défait Aristides Pereira. Cette dévolution démocratique du pouvoir qui avait vu le sacre d’un opposant, avait semé la panique dans le camp de la confrérie des satrapes de l’Afrique de l’Ouest et même au-delà. Et depuis 1991, le Cap-Vert a gardé le cap de la démocratie et de la bonne gouvernance. Deux principaux partis, à savoir le PAIGC, ancien parti unique jusqu’en 1991 et le Mouvement pour la démocratie (MPD) monopolisent la scène politique depuis que le pays a opté pour le multipartisme en 1991. Depuis cette date, le Cap-Vert bénéficie d’une alternance pacifique des deux principaux partis. Depuis 2011, le président est le dirigeant du MPD, Jorge Carlos Fonseca. Après deux mandats, ce dernier s’apprête à passer la main à un autre Capverdien. Et depuis 1991, le principe des deux mandats est religieusement observé. Et il ne viendrait à l’esprit de personne de travailler à s’asseoir sur ce principe pour s’accrocher au pouvoir. Car, dans ce pays, les institutions démocratiques sont fortes. Les « hommes forts » donc n’y ont pas leur place. Comment donc, peut-on ne pas tomber sous le charme démocratique de ce pays, dans une Afrique dont bien des pays ploient encore sous la férule de la dictature ?  En somme, l’exemple du Cap-Vert devrait inspirer des pays comme le Congo-Brazzaville, la Guinée équatoriale ou encore le Cameroun.

 

C’est la grandeur des hommes et des femmes d’un pays qui permet d’y ensemencer les graines de la démocratie.

 

 

Dans ces pays, en effet, les principes élémentaires de la démocratie sont tellement malmenés au quotidien que l’on peut légitimement se poser la question de savoir à quoi servent les élections.  En tout cas, elles ne sont pas de nature à susciter l’alternance démocratique, la vraie. Et  certains fossoyeurs de la démocratie et autres adeptes des comparaisons faciles, peuvent être tentés de tenir le discours suivant : si le Cap-Vert connaît des avancées démocratiques, c’est parce que, quelque part, c’est un petit pays qui est très faiblement peuplé. Cette analyse, de toute évidence, ne tient pas la route, puisque des pays comme Djibouti et la Guinée-Bissau présentent presque les mêmes caractéristiques  que celles du Cap-Vert.  Mais au plan démocratique, entre eux et le Cap-Vert, c’est le jour et la nuit. La petitesse de la superficie et celle de la démographie, ne sont donc pas des facteurs favorisant l’implantation de la démocratie. C’est plutôt la grandeur des hommes et des femmes d’un pays qui permet d’y ensemencer les graines de la démocratie. Aristides Pereira et tous ses successeurs font partie de ces hommes qui ont enfoui dans les entrailles de l’archipel, les graines de la démocratie. Et tous les Capverdiens, quelles que soient leurs obédiences politiques, doivent travailler à préserver ce riche patrimoine car la démocratie est comme une plante.  Elle demande à être entretenue. Autrement, elle peut se faner. Et le triste spectacle auquel l’on vient d’assister aux Etats-Unis, avec le refus à tort de Donald Trump de reconnaître sa défaite, est là pour nous convaincre que la démocratie n’est définitivement acquise dans aucun pays.

 

« Le Pays »

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Bouton retour en haut de la page
Google+
Fermer