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SANCTIONS DE LA CEDEAO CONTRE DES DIRIGEANTS MALIENS

 Quel impact sur la conduite de la transition ?

Dans le cadre des sanctions individuelles décidées contre des autorités de la transition malienne, le 7 novembre dernier, lors du sommet extraordinaire d’Accra, en raison de l’incapacité annoncée par les autorités de Bamako de respecter les échéances électorales  de fin février prochain pour la fin de la transition, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a rendu publique, le 17 novembre dernier, la liste des personnalités visées par les sanctions individuelles. A l’exception du ministre des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, la quasi-totalité des membres du gouvernement de Chogel Maïga, est concernée par ces sanctions. A commencer par le Premier ministre lui-même qui figure en tête de liste, suivi du ministre de la Défense et des anciens combattants, le colonel Sadio Camara. Les mêmes sanctions concernent les membres du Conseil national de transition (CNT) qui tient lieu d’organe législatif, portant à 149, la liste des personnalités ainsi frappées de gel d’avoirs financiers et d’interdiction de voyager. Une liste qui pourrait s’allonger avec des noms de proches des principaux concernés.

 

 

En frappant le corps tout en épargnant la tête, l’on se demande quel est le message que la CEDEAO veut envoyer

 

 

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la CEDEAO ne lâche pas prise, encore moins les godasses des militaires maliens qui avaient, dans un premier temps, obtenu la levée des sanctions financières et commerciales de l’institution sous-régionale suite au coup d’Etat d’août 2020 qui a renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), par leur engagement au respect de l’échéance des dix-huit mois de transition. Dès lors, l’on peut comprendre la prise de sanctions contre ces dirigeants maliens accusés « d’empêcher le retour à l’ordre constitutionnel », même si l’absence du nom du chef de la junte, le colonel Assimi Goïta, ne manque pas, a priori, de surprendre.  D’autant que c’est lui qui a été à l’origine des deux coups d’Etat qui ont successivement renversé IBK et le « transitionnaire » Bah N’Daw, avant de s’installer royalement au palais de Koulouba. Le taiseux colonel de Kati est-il au dessus de tout soupçon ? Ou bien est-ce une fenêtre de discussion que la CEDEAO laisse entrouverte en l’épargnant pour le moment, ainsi que le ministre des Affaires étrangères ? Question de voir clair dans le calendrier électoral que la transition dit vouloir établir à l’issue des  assises nationales en cours. Bien malin qui, en dehors de l’institution régionale elle-même, pourrait répondre à cette question. Toujours est-il qu’en frappant le corps tout en épargnant la tête, l’on se demande quel est le message que la CEDEAO veut envoyer. Et surtout, quel impact ces sanctions ciblées pourront avoir sur la suite de la transition. Produiront-elles les effets escomptés ? On attend de voir. Mais d’ores et déjà, l’on peut douter de leur efficacité pour le respect  de l’échéance du 27 février 2022 à laquelle la CEDEAO semble tenir comme à la prunelle de ses yeux ; elle qui joue sa crédibilité dans ce brûlot malien tout comme en Guinée où les tombeurs du président Alpha Condé, emmenés par un autre colonel, Mamady Doumbouya pour ne pas le nommer, semblent aussi jouer avec les nerfs de l’institution régionale en gardant toujours le mystère sur la durée qu’ils comptent donner à la transition là où la CEDEAO montre plutôt des signes d’impatience d’un retour rapide à l’ordre constitutionnel normal. 

 

 

 

Il revient aux autorités maliennes de savoir faire les bons choix

 

 

Au- delà, l’on peut douter aussi de l’efficacité des sanctions de gel des avoirs et d’interdiction de voyager vu leur nature, quand on sait toutes les mesures de contournement, entre autres  par prête-noms interposés, dont sont capables bien des politiciens sous nos cieux. C’est dire si la CEDEAO joue véritablement gros, en infligeant ces sanctions à ces dirigeants maliens. Mais ces derniers pourraient aussi avoir beaucoup à perdre si la communauté internationale, notamment l’Union africaine, l’Union européenne voire les Etats-Unis devaient s’aligner sur la position de la CEDEAO pour donner plus de poids à ces sanctions. Il n’est pas certain que cela soit de nature à faire reculer les autorités de la transition, mais ces dernières gagneraient à peser véritablement le pour et le contre d’un éventuel isolement de leur pays. Car, ces sanctions tombent au moment où les discussions semblent s’intensifier entre Bamako et Moscou ; certaines sources évoquant même certes, l’éventualité d’un déplacement du patron de la diplomatie russe sur les bords du fleuve Djoliba.  Mais si la tentation russe peut toujours se présenter comme une sérieuse alternative, il y a à se demander si une telle option, à elle seule, suffirait à combler le gap d’une mise au ban de  la CEDEAO et de ses alliés potentiels.   C’est dire si au delà des menaces de la CEDEAO, il revient aux autorités maliennes de savoir faire les bons choix pour ne pas mettre le pays dans une situation encore plus difficile. Au delà, c’est une question de loyauté envers le peuple malien qui ne demande qu’à avoir des dirigeants véritablement soucieux de son sort et montrant des ambitions à la hauteur de ses aspirations. Cela ne saurait se faire dans un régime d’exception qui s’est plus d’une fois montré comme un espace de restriction des libertés individuelles et collectives. C’est dire si en dehors même des pressions de la CEDEAO et de la communauté internationale, les autorités de la transition devraient mettre un point d’honneur à prouver aux Maliens, qu’ils ne sont pas venus balayer le palais de Koulouba pour mieux s’y installer. Ils doivent pour cela inscrire leur action dans l’objectif de remettre le plus vite possible, le pays sur les rails de l’Etat de droit. Il n’y a pas meilleur moyen de montrer son patriotisme dans la dignité.

 

« Le Pays »

 

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