HomeA la uneSANTE MATERNELLE ET INFANTILE: Allaiter au boulot, c’est possible

SANTE MATERNELLE ET INFANTILE: Allaiter au boulot, c’est possible


Dans le cadre de la semaine mondiale de l’allaitement maternel (SMAM), le projet Alive and Thrive a organisé une caravane de presse, du 17 au 19 mars 2016 dans les régions du Centre-Ouest et de la Boucle du Mouhoun. Partis de Ouagadougou le 17 mars dernier ils étaient une vingtaine de journalistes de différents organes de presse à prendre part à cette caravane dont l’objectif était de faire l’état des lieux et de sensibiliser les populations sur l’allaitement maternel exclusif, mais  surtout faire un plaidoyer auprès des employeurs du privé comme du public afin de laisser les femmes travailleuses  allaiter leurs bébés dans les services.

 

C’est aux environs de 6h30 du matin du 17 mars dernier que les journalistes  prenant part à la caravane  de presse, ont embarqué à bord d’un minibus. Destination première, Réo dans le Centre-Ouest puis Dédougou dans la Boucle du Mouhoun ;  dans le but de faire l’état des lieux sur la pratique de l’allaitement maternel exclusif (AME) et s’imprégner des travaux d’intervention que mène le projet Alive and Thrive dans ces différentes régions. Concilier allaitement et travail, c’est la préoccupation à laquelle tous les acteurs du domaine, en particulier le projet Alive and Thrive, comptent trouver des solutions. « Tu pourras t’en sortir avec le bébé sur le terrain » ?, lança un journaliste à sa consœur Alima Séogo/Kouanda, journaliste à l’Observateur Paalga qui était dans le bus avec son enfant de 12 mois environ et accompagnée de sa servante. « Je vais y arriver, bien que ce soit ma première fois d’aller en mission avec mon nourrisson depuis sa naissance et surtout que c’est un reportage qui concerne les femmes allaitantes », répondit-elle avec un large sourire aux lèvres en fixant sa consœur de la télévision nationale, Zalissa Sanfo qui était aussi avec son nourrisson. Mme Séogo nous a confié que cela a été une expérience pour elle, même si ça n’a pas été facile de s’occuper de l’enfant et de faire en même temps les reportages, bien qu’elle se soit fait aider par la « nounou ».  Il y a des professions où la mère peut facilement amener avec elle son enfant dans son service et l’allaiter tranquillement. Mais dans notre métier, cela est difficile. Par exemple, pour les audiences à la présidence où souvent un journaliste peut passer toute la journée, on ne peut y amener son enfant. Le thème « allaitement et travail, tous au boulot », dans le cadre de la célébration de la 23e semaine mondiale de l’allaitement maternel (SMAM) est salutaire, car il va engendrer des changements de comportement des uns et des autres et surtout des employeurs à l’endroit des femmes qui travaillent. Il ne s’agit pas non plus de faire en sorte que les femmes allaitantes puissent allaiter leurs enfants dans leurs lieux de travail, mais plutôt d’accompagner ces dernières en créant des cadres adéquats  afin qu’elles puissent nourrir leurs enfants au sein tranquillement. Quelque temps après, dans une ambiance bon enfant avec les confrères, nous sommes au Centre hospitalier régional (CHR) de Koudougou. Deux nouvelles mères allongées sur les lits d’hôpitaux à la maternité allaitent leurs bébés. A cause de la fatigue suite à l’accouchement, nos deux heureuses mères de bébés garçons ne pourront pas se prêter à nos questions. « Félicitations à vous », leur avons-nous lancé avant de prendre congé d’elles. La sage-femme en gynécologie obstétrique du CHR de Koudougou, Alida Charlotte Kanyala, a signifié que dès l’accouchement, le bébé est mis immédiatement au sein avec l’aide des sages-femmes. « Nous ne rencontrons pas de difficultés quant à la sensibilisation sur le processus de l’allaitement maternel exclusif, car les femmes  acceptent nos conseils et pratiquent l’AME », a-t-elle soutenu. Mais le hic, selon Mme Kanyala, est que le centre dispose de peu de moyens matériels pour mettre ces femmes dans de bonnes conditions, puisqu’il arrive que des femmes, après l’accouchement, restent dans les couloirs par manque de chambres d’hospitalisation. Pour ce faire, elle a profité lancer un appel de soutien aux autorités et aux personnes de bonne volonté d’aider le CHR avec du matériel.

Nous sommes à Dédougou, plus précisément au CHR de cette ville. Là-bas, le constat saute à l’œil : l’allaitement se fait au boulot. Bénijoie Mariam Sidibé a environ 15 mois. Elle est assise dans un carton, près de sa mère Manpoa Tankoano qui est secrétaire du médecin chef du district sanitaire de Dédougou. Elle nous a confié que son bébé Bénijoie a été allaité uniquement au sein, depuis sa naissance jusqu’à l’âge de 6 mois. Selon elle, l’AME qui est le fait de donner uniquement le sein au bébé jusqu’à 6 mois, est ce qu’il y a de meilleur pour la croissance d’un  nourrisson et elle souhaite que toutes les femmes le pratiquent. « J’amène mon bébé au service depuis qu’il a eu 3 mois et je n’ai pas de problème avec mon patron à ce niveau. Je l’allaite quand elle a faim et cela ne m’empêche pas de remplir mes obligations au service», a-t-elle dit. Sanata Tary, coiffeuse de profession que nous avons rencontrée au Centre urbain de Dédougou, venue faire peser son bébé, nous a confié qu’elle est à son 3e enfant et que tous ses enfants ont été allaités exclusivement au sein. Les choses ont changé de nos jours. Avec les nombreuses sensibilisations, les femmes ont pris conscience des avantages de l’AME. En plus des conseils des gynécologues, les ONG comme Alive and Thrive mènent des séances de  sensibilisation et des plaidoyers auprès des femmes et aussi de certaines autorités pour un changement de comportement. C’est une cinquantaine d’agents de santé à base communautaire (ASBC) qui étaient en formation grâce à Alive and Thrive le 19 mars 2016 au Centre de santé publique de Tchériba dans la Boucle du Mouhoun. Une ville située à  environ 50 km de Dédougou, avec une population d’environ 17 000 habitants. Tchériba est l’une des zones d’intervention de l’ONG Alive and Thrive. Il faut noter que le projet Alive and Thrive qui  est une initiative visant à sauver des vies, prévenir la maladie et promouvoir l’allaitement maternel, accompagne le ministère de la Santé dans le cadre de la mise en œuvre du plan de passage à l’échelle.

 

Valérie TIANHOUN

 

 

 Salimata Cissé/Compaoré, infirmière breveté au CMU Dédougou

 

« C’est une bonne chose d’amener les nourrissons au service pour les allaiter, mais  cela dépend aussi des services»

 

« L’AME est une bonne pratique pour la croissance du nourrisson. Dès mon accouchement en novembre 2015, j’ai  allaité mon bébé au sein uniquement, jusqu’à 6 mois. En tant qu’infirmière, je suis consciente que la salubrité dans les hôpitaux laisse souvent à désirer. Et, c’est aussi difficile pour moi d’aller à chaque fois allaiter le bébé et revenir. Donc, chaque matin, je tire le lait et je le mets à la disposition de la nourrice qui s’en charge. J’aurais aimé amener mon bébé avec moi au service et l’allaiter à chaque fois que le besoin se ferait sentir, mais il n’y a pas un endroit approprié pour cela à l’hôpital, surtout que  c’est un endroit sensible où on peut contracter n’importe quelle maladie. Alors, je préfère le laisser à la maison et venir travailler ».

 

Robert Karama, directeur régional de la Santé (DRS) de la Boucle du Mouhoun

 

« Alive and Thrive, à l’instar d’autres ONG de la place, nous aide à renforcer le système de santé »

 

« La région de la Boucle du Mouhoun est la 3e région la plus grande du Burkina, avec une population d’environ 1 million d’habitants et composée de 6 districts sanitaires. C’est aussi une région où le taux de malnutrition est élevé, quand bien même elle est considérée comme le grenier du Burkina. Les centres de santé de la région sont gérés et fréquentés par le Burkina et le Mali, d’où le nom de centre de santé transfrontalier (CST) à cause des conflits frontaliers que ces deux pays ont connus par le passé. Trois types d’acteurs font la promotion de l’AME avec l’appui aussi des ONG qui participent au renforcement du système de santé. Alive and Thrive est l’une des  ONG intervenant dans ce domaine dans la Boucle du Mouhoun. En 2013, les études ont montré que le taux de l’AME était de 16%  et le taux de malnutrition de 9,2%.  Nous nous sommes rendu compte que le phénomène de l’AME est lié au comportement social. Donc, à travers le projet Alive and Thrive et bien d’autres ONG, les interventions se sont renforcées aussi bien au niveau de la pratique de l’Allaitement de Nourrisson et de Jeune Enfant (l’ANJE)  que celui de l’AME. Nous intervenons à travers des plaidoyers d’ordre politique, inter personnel et la communication de masse. 360 agents de santé ont vu leurs capacités renforcées par des formations auxquelles ont contribué les ONG. La phase de la formation étant terminée, nous avons commencé la mise en œuvre qui consiste à aller sensibiliser les femmes en âge de procréer, les femmes enceintes et celles allaitantes. A cela s’ajoutent toutes les autres couches sociales. Dans ces deux dernières années, les résultats ont connu une évolution et cela est sans doute lié à l’apport des partenaires qui accompagnent le ministère de la Santé dans son système de santé ».

 

Elie Kabré, coordonnateur national chargé de formation et de projet à Alive and Thrive

 

« Ma mère est de la santé, mais j’ai eu du mal à la convaincre pour que mes enfants soient allaités exclusivement au sein »

 

« J’ai trois enfants et tous ont été allaités de façon exclusive. Mais cela n’a pas été facile, car ma propre mère qui est de la santé, a refusé que ses petits-enfants soient privés d’eau et de tisanes depuis leur naissance jusqu’à 6 mois. Tout compte fait, avec ma femme, nous avons, à travers des explications et des témoignages de quelques personnes, pu la convaincre. C’est pour signifier que parfois, c’est le poids de la société et des mentalités qui amènent les gens à ne pas pratiquer l’AME. Cependant, avec les sensibilisations et les plaidoyers, ces mentalités finissent par changer. Nous souhaitons que l’interaction entre les agents de santé et les femmes allaitantes soit rehaussée afin que chaque enfant qui nait soit allaité exclusivement. Notre projet accompagne le ministère de la Santé dans ses actions et beaucoup de choses sont faites, mais nous souhaitons que des textes soient mis en place pour protéger la pratique de l’AME. Ensuite, le gouvernement doit faire en sorte que chaque femme qui accouche puisse bénéficier de tout le nécessaire pour pratiquer l’AME. Enfin, il faut que les autorités prennent des mesures pour que les femmes puissent amener leurs enfants dans leur lieu de travail afin que les bébés soient nourris au lait maternel exclusivement. »

 

V.T.

 


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