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TENDANCE VERS L’UNANIMISME POLITIQUE AU PAYS DES HOMMES INTEGRES: Il faut craindre pour le Burkina

Les élections du 22 novembre 2020 ont enfanté une Assemblée nationale marquée notamment par un déséquilibre abyssal en faveur de la majorité présidentielle. En effet, sur les 15 partis politiques qui disposent d’au moins un député à l’hémicycle, au moins 10 partis ont déposé leurs bagages dans la majorité présidentielle. Ainsi, sur les 127 députés de l’Assemblée, au moins 100 battent pavillon présidentiel. L’opposition parlementaire, c’est-à-dire l’ensemble nationale des partis et des forces politiques présents à l’Assemblée nationale et qui sont opposés au gouvernement, se retrouve avec une portion congrue d’une vingtaine de députés seulement. C’est sur cette troupe squelettique que le Chef de file de l’opposition doit s’appuyer pour tirer le débat démocratique, c’est-à-dire contradictoire, vers le haut, à l’hémicycle. Dans ces conditions, la voix de l’opposition court le risque d’y être inaudible. Et au rythme où vont les choses, marquées, comme on le sait, par des démissions et des fusions au quotidien en faveur de la majorité présidentielle, l’on peut craindre que le Burkina bascule dans l’unanimisme politique, c’est-à-dire une situation politique caractérisée par un accord complet des opinions sur les grandes questions qui se posent au pays. Ce scénario est une véritable catastrophe pour la démocratie. En effet, l’un des principes qui permettent de reconnaître la démocratie, cette doctrine politique, est l’existence de contre-pouvoirs civils et politiques qui portent un regard critique sur la gestion des affaires publiques. L’unanimisme politique donc, se construit au détriment de la démocratie, la vraie. Il est, en un mot, la négation de la démocratie. Un pays comme le Mali l’a expérimenté sous Amadou Toumani Touré. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’unanimisme politique a fait trop de mal au Mali.

Personne ne veut prendre le risque de ne pas être convié au banquet du prince régnant

La corruption, le béni-oui-oui, la tendance systématique à acclamer le président, même quand celui-ci dit des inepties, se sont érigés en méthodes de gouvernement. Et comme la bouche qui mange ne peut pas parler, mêmes les intellectuels conviés au banquet du palais de Koulouba, s’étaient mués en de vulgaires griots, encensant sans modération le maître des lieux. Pourtant, ce sont les intellectuels qui tirent très souvent la société vers le bien, la vertu, par leur analyse critique et éclairée de la gestion des affaires publiques.

Au Burkina, bien des partis ont déposé leurs bagages et militants chez l’enfant de Tuiré. Et les quelques rares qui étaient dans l’opposition et qui se faisaient  remarquer par la justesse et la pertinence de leur analyse, ont tendance aujourd’hui, (s’ils l’ont pas déjà fait), à migrer vers les pâturages où ils pensent avoir toutes les chances de trouver de l’herbe fraîche. De ce point de vue, l’on peut affirmer que l’heure est grave. Où va le Burkina ? Est-on tenté de dire quand ce qui reste de l’Opposition est carrément réduit à sa portion congrue. En fait, si le Burkina n’a pas, jusque là, totalement sombré au plan moral et éthique, c’est grâce à la presse. Ce constat a été fait par certains des membres du gouvernement. Le « mange et tais-toi » qui avait caractérisé,  entre autres, le régime Compaoré, et qui avait eu pour effet induit d’anesthésier la conscience des gens de bien, est pratiquement de retour au Burkina avec l’unanimisme politique qui risque de faire très mal à ce  pays, à ses dirigeants actuels, au peuple burkinabè. Et toute honte bue, les adeptes de cette « démocratie consensuelle » ou « démocratie alimentaire », la justifient par l’impératif de la réconciliation nationale et de la lutte contre le terrorisme. Ce qui est absolument faux. Car, on peut être dans l’opposition et contribuer, de manière efficace, à la réconciliation nationale et à la lutte contre l’insécurité. La vérité est que personne ne veut prendre le risque de ne pas être convié au banquet du prince régnant. Comme le disent les Ivoiriens, c’est ça qui est la vérité.

Tout le reste relève de tirades tendant à tromper le peuple. Et à ce rythme, Roch risque de ne pas disposer  de suffisamment de couverts à ses banquets pour contenter tous ses convives. Et pendant qu’ils se bousculent aux portes des banquets, la démocratie se rétrécit  comme peau de chagrin et le pays en prendra un coup. De ce qui précède, si l’on devait répondre à la question de savoir s’il faut craindre pour le Burkina au regard de cette tendance générale à aller à l’unanimisme politique, la réponse coule de source. Dieu sauve le Burkina.

Sidzaba

 

 

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