CANTON DE BANFORA: L’organisation des funérailles de la mère du défunt chef vire à l’affrontement

CANTON DE BANFORA:   L’organisation des funérailles de la mère du défunt chef vire à l’affrontement

 

Chaude matinée ce 10 mars 2019 dans la cour royale du canton de Banfora où les membres de la famille, qui ne se sont pas compris autour de l’organisation des funérailles de la mère du défunt chef de canton Yoyé Héma, se sont affrontés. Les jets de pierres auraient occasionné des blessés de chaque côté, selon les témoignages que nous avons recueillis sur place. Retour sur cette chaude matinée qui cache mal une « guerre » pour l’occupation du trône du canton, vacant depuis le 25 juillet 2018.

La succession du défunt chef de canton de Banfora, Yoyé Héma, décédé le 25 juillet 2018, s’annonce des plus difficiles. En effet, les événements qui se sont produits en fin de matinée du 10 mars 2019 dans la cour royale, en disent long sur le processus devant aboutir à la désignation de son remplaçant. Les deux camps qui se disputent le trône se sont livrés à une bataille rangée au cours de laquelle ils se sont lapidés avec des cailloux. D’un côté se trouvent les enfants, frères et sœurs de Yoyé et de l’autre, il y a les proches de Sibiri Héma qui assure actuellement l’intérim du chef. A entendre les témoignages, des blessés ont été enregistrés de part et d’autre. Mais comment en est-on arrivé à une telle situation ? Le vieux Lamoussa Traoré explique que le 10 mars 2019 correspond à la date retenue par la famille pour organiser les funérailles de la maman de Héma Yoyé. « Au moment où tout le monde s’était réuni, Mamadou Ouattara Pantiori est venu, au nom de Sibiri Héma, pour nous intimer l’ordre de tout arrêter. Cela au motif que celui-ci n’a pas été informé à l’avance de ccs funérailles. Sur-le-champ, nous avons entrepris de rencontrer Sibiri Héma afin de l’amener à réviser sa position. Nous avons même fait intervenir des parents à plaisanterie et nous lui avons expliqué que des dépenses ont déjà été effectuées et que des parents qui habitent loin ont effectué le déplacement. Avant même que l’intérimaire Sibiri ne se prononce, Mamadou Ouattara Pantiori a pris la parole et a opposé un non catégorique. Il est allé jusqu’à dire qu’ils étaient prêts à rembourser les frais que nous avons engagés. Sur ce, je me suis retiré mais pour nous, il n’était pas non plus question d’annuler la tenue des funérailles qui ont d’ailleurs trop duré. Déjà dans la soirée du 9 mars 2019, ils ont démonté les tentes que nous avions dressées pour l’occasion et débranché toutes les installations électriques. Mais nos jeunes, suivant les consignes que je leur avais données, n’ont pas réagi. Lorsque les musiciens devaient effectuer leur entrée, ce qui devait marquer le début des funérailles, Pantiori et certains jeunes s’y sont opposés. Ils ont commencé à nous lapider. Malgré son âge avancé, Pantiori s’est mêlé aux enfants pour nous lapider. C’est à ce moment que n’en pouvant plus, nos jeunes se sont levés pour entrer en action. Nous avons eu des blessés qui ont été conduits à l’hôpital. Et comme il fallait se défendre, nos jeunes ont répliqué en leur jetant aussi des cailloux ».

Selon Minata Koné, Sibiri Héma a un agenda caché

A la suite du vieux Lamoussa Traoré, Minata Koné, nièce du défunt chef Héma Fadouga Gnambia, atteste que les obsèques de la maman du chef Yoyé Héma lui-même décédé récemment, sont un passage obligé pour faire les obsèques de ce dernier. « C’est sa maman et il faut obligatoirement faire ses obsèques avant les celles de Yoyé lui-même. Elle est décédée il y a quatre ans et nous n’avons pas pu faire ses funérailles parce que la femme de son fils, par ailleurs chef de canton, était malade pendant longtemps. A peine cette dernière est-elle guérie que le chef lui-même est tombé malade et a succombé à sa maladie. Et compte tenu de certaines situations que traverse actuellement la famille, il nous a été demandé d’organiser les funérailles du chef Yoyé Héma. Mais on ne peut pas organiser les funérailles de Yoyé avant celles de sa maman ». A cette étape de sa narration, le ton commence à monter chez Minata Koné qui poursuit : « Ce qu’il faut dire, c’est que L’intérimaire Sibiri Héma et ses acolytes ont un agenda caché. Ils se disent que dès lors que nous arriverons à organiser les funérailles de la maman du défunt chef, suivront les funérailles de Yoyé Héma lui-même puis, l’intronisation du successeur légitime. Je dis bien légitime parce que ceux qui se disent aujourd’hui chefs, intronisés ou pas, ne sont pas connus de nous. Ils ne sont pas de la famille et cela, nous l’avons clairement signifié par écrit à l’Administration ». D’un ton encore plus grave, Minata Koné martèle que Héma Sibiri n’est pas de la lignée des héritiers du trône de la chefferie de canton de Banfora. Ce sont, précise-t-elle, des parents lointains, venus de Nyankar, un village situé à une dizaine de kilomètres de Banfora. Et comme ils ne sont pas de notre lignée, ils n’ont pas le droit d’aspirer à la chefferie, dira-t-elle. Et d’ajouter que même leur père, à qui elle rend un vibrant hommage pour avoir vécu en bonne intelligence au sein de la famille royale, n’a jamais aspiré à la chefferie. Convoquant l’Histoire, Minata Koné rappelle qu’à la mort du chef Mambia Héma, grand-père du défunt chef Yoyé Héma, le père de Yoyé qui répondait au nom de Fadouga, avait 18 ans. Il étudiait en son temps en Côte d’Ivoire. « On est allé le chercher là-bas pour venir l’introniser. Mais à ce moment, le père de l’intérimaire Sibiri Héma était présent dans la cour. Il était plus âgé que Fadouga, mais il n’a jamais été question de l’introniser. Si la chefferie devait changer de camp, confie-t-elle, c’était à ce moment-là. Mais avant de mourir, le père de Fadouga a décidé qu’il sera son successeur. Pourquoi ça n’a pas été autrement ? C’est la question que nous posons à tout le monde, aux membres de la famille ainsi qu’aux autorités. Pourquoi faut-il qu’aujourd’hui la chefferie change de camp ? Nous disons non à cela car depuis 6 générations, la succession se fait de père en fils. Et c’est un des fils de Yoyé Héma qui sera intronisé. Pour le moment, nous savons lequel puisque chez nous, c’est le poulet qui va le désigner ». Minata Koné explique, le ton encore plus grave, qu’ils ont été plusieurs fois convoqués à la police, à la gendarmerie et même au tribunal sur cette question de succession. Elle ajoute que des avocats ont été engagés pour venir expulser la veuve de Yoyé Héma et ses enfants de la maison du chef. « Je crois quand même que c’est trop. A la demande du président du tribunal, nous avons approché la demi-sœur du défunt chef pour lui dire que nous ferons les funérailles de la maman du chef. A partir de ce moment, elle n’y a trouvé aucun inconvénient. Et ce matin, ils nous ont dit qu’ils s’opposent à l’organisation des funérailles parce qu’ils ne sont pas officiellement saisis. Nous avons constitué une délégation pour aller leur donner l’information. Malgré tout, ils disent qu’ils ne sont pas d’accord et nous ne savons pas en tant que qui, ils s’opposent. Ils ne sont pas de la lignée et par conséquent, ils ne peuvent rien décider. Nous demandons aux politiciens qui se mêlent de cette affaire de rester en dehors car nous ne voulons pas que ce qui est arrivé ailleurs se produise chez nous ». Sur la question des funérailles, le chef intérimaire de canton, Sibiri Héma, pense qu’il n’a pas été considéré. « La femme dont on organise les funérailles est aussi ma femme. C’est la femme de mon grand frère. Et à mon humble avis, on ne peut pas organiser les funérailles de ma femme sans mon avis et sans mon apport. J’ai trouvé cela quelque peu aberrant quand bien même j’ai dit qu’il n’y avait pas de problème ». A l’entendre, c’est l’autre camp qui les a agressés en leur jetant des pierres. Cela, dira-t-il, quelques instants après le départ du vieux Lamoussa Traoré de chez lui. « C’est tout comme si une pluie de cailloux s’est abattue sur nos toits. Dans la confusion, un de mes neveux venu me rendre visite et qui cherchait à quitter la cour, a été pris à partie. Il s’est blessé au bras en voulant bloquer un coup de gourdin. J’ai demandé à ceux tous qui se trouvaient avec moi de se retenir. Lorsque les lobi ont appris ce qui s’est passé, ils sont venus pour calmer la situation », a expliqué Sibiri Héma qui se demande toujours comment on peut organiser des funérailles dans une cour sans en informer le propriétaire. Quant à la succession de Yoyé Héma, Sibiri Héma se montre formel. « Je dis que cette affaire est presque close. Nous avons un document qui nous confère les pouvoirs de gérer les affaires courantes en tant qu’intérimaire. Ce document a été validé par douze chefs de cantons dont ceux de Bobo-Dioulasso, Gaoua, Dédougou, Diébougou, Houndé, Nouna, Boromo ». Préférant jouer la carte de l’apaisement, il indique que la cour royale est pleine de ses petits-enfants, cousins, petits frères. « Je crois que nous ne devons pas présenter une telle figure. Je demande seulement la paix dans cette cour que nous ont léguée nos pères. C’est pourquoi au lieu de chercher à situer des responsabilités ou à sévir, je prône plutôt le pardon et l’apaisement des cœurs ». Mamadou Ouattara Pantiori que Minata Koné tient pour principal acteur des troubles, nie en bloc tout ce dont on l’accuse. « Je n’ai jamais mis les pieds dans la cour du chef le 10 mars 2019. Comme vous, j’ai appris que j’ai été passé à tabac par des jeunes déchaînés, mais vous pouvez le constater par vous-même. Ai-je l’air de quelqu’un qui a subi le courroux de plusieurs jeunes comme le dit la rumeur ? », a-t-il questionné.

Mamoudou TRAORE
(Correspondant)

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