LUIS AYALA, SG DE L’INTERNATIONAL SOCIALISTE : « En politique, les idées valent mieux que l’argent »

LUIS AYALA, SG DE L’INTERNATIONAL SOCIALISTE : « En politique, les idées valent mieux que l’argent »

Il faisait partie des invités d’honneur du nouveau président Roch Marc Chrsitian Kaboré pour son investiture tenue le 29 décembre 2015. Chilien d’origine, Luis Ayala, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est le Secrétaire général de l’International socialiste. Durant son séjour au pays des Hommes intègres, les 29 et 30 décembre 2015, nous avons eu l’honneur de le rencontrer à l’hôtel Laïco. Cette grande figure politique qui n’a pas la langue dans sa poche, nous a accordé une interview à deux heures de son départ pour son pays natal, le Chili. Avec lui, nous avons abordé les questions liées à l’élection de Roch Marc Christian Kaboré, la vision des socialistes sur les dictatures en Afrique, la crise au Burundi...Bref, M. Ayala n’est pas allé avec le dos de la cuillère pour décrier les dictatures en Afrique. Lisez !

 

Le Pays : Qu’est-ce qui vous emmène au Burkina ?

Luis Ayala : Nous sommes venus sur invitation du bureau politique national du MPP pour l’investiture du nouveau président, Roch Marc Christian Kaboré. Le MPP fait partie de notre famille politique dénommée « International socialiste » car nous sommes une organisation mondiale qui regroupe plus de 150 partis politiques dont le siège est basé à Londres en Angleterre. C’est en 1951 que ce courant politique a officiellement été reconstitué. En Afrique, notre famille politique regroupe plus de 35 partis et formations politiques. Nous sommes, par ailleurs, présents en Europe, en Amérique, en Asie, etc. De nos jours, nous comptons plus de 55 partis politiques membres de notre famille à la tête du gouvernement de plusieurs pays. Nous sommes aussi venus transmettre nos félicitations au peuple burkinabè qui a su choisir le chemin de la démocratie, une des valeurs que nous défendons. Car, pour nous, la démocratie, c’est la liberté d’expression, c’est la défense des intérêts du peuple. Pour nous, le peuple burkinabè ne s’est pas trompé en portant son choix sur Roch Marc Christian Kaboré. Nous avons été bien accueillis et nous nous sentons comme chez nous. Nous sommes sûrs que le MPP va réserver un bel avenir au Burkina car c’est un parti qui est fondé sur la social-démocratie qui défend les valeurs humaines.

 

Comment avez-vous accueilli la victoire de Roch Marc Christian Kaboré ?

 

Nous avons accueilli la victoire du président Roch Marc Christian Kaboré avec beaucoup d’enthousiasme. Sa victoire est la preuve que les jeunes, les femmes, les vieillards et toute la population burkinabè, dans son ensemble, connaissent la voie à suivre pour construire une société juste et équitable. C’est la preuve que les Burkinabè sont soucieux du développement de leur pays. De ce fait, s’ils ont porté leur choix sur Roch Marc Christian Kaboré, c’est au regard de son programme. C’est la preuve aussi que tous les Burkinabè aspirent à une société avec plus de liberté et de justice, où l’intérêt général prime. Nous sommes très ravis que les élections se soient déroulées dans la paix, la transparence et l’équité, et surtout sans contestation, aussi bien dans la forme que dans le fond, de la part des autres candidats. D’ailleurs, nous avons été beaucoup plus enthousiasmés lorsque nous avons appris que les challengers du président Roch Marc Christian Kaboré étaient présents à son investiture. C’est la preuve que le peuple burkinabè est mature dans son ensemble. Donc, pour nous, la victoire de Roch n’est pas seulement celle du MPP, c’est la victoire de tous les Burkinabè. Une fois encore, nous félicitons le peuple burkinabè pour sa maturité et son souci de construire une société démocratique juste et équitable.

«  Politique rime avec programme »

 

Etes-vous surpris de l’élection de votre candidat Roch Marc Christian Kaboré ?

Non ! Nous ne sommes pas surpris du tout. Car le président Roch Marc Christian Kaboré avait le programme le plus sérieux, le plus convaincant et le plus réaliste. Or, politique rime avec programme. Si vous ne disposez pas d’un bon programme, ne croyez pas que vous pouvez obtenir un bon électorat. Cela ne veut pas dire que les autres candidats ne disposaient pas de bons programmes. Mais, le coup K.-O qui a porté le président Roch Marc Christian Kaboré à la tête du parti, démontre que son parti avait le programme le plus réaliste.

 

Quel soutien les socialistes ont-ils apporté de façon concrète au président Roch Marc Christian Kaboré pour sa victoire ?

Nous sommes un réseau épris de valeurs. Nous entretenons des relations de partage d’expériences. Au parti de Roch Marc Christian Kaboré, le MPP, nous avons apporté beaucoup en termes de conseils. Nous avons partagé avec M. Kaboré, l’expérience que nous avons dans notre famille. Nous pouvons dire que notre travail a porté fruit, d’autant plus qu’il a su mettre en place un programme qui a convaincu le peuple burkinabè.

 

Est-ce que les socialistes ont apporté un soutien financier au président Roch Marc Christian Kaboré pour sa campagne ?

 

(Rire). Vous insistez vraiment ! Nous n’avons pas apporté de soutien financier au président Roch Marc Christian Kaboré. Le bureau des socialistes vit des cotisations de ses membres. Chaque pays a une cotisation annuelle qu’il verse. Beaucoup de gens pensent que nous finançons nos candidats. C’est leur droit et ils peuvent penser à tout. Pour notre cas, nous soutenons nos candidats en termes d’idées. En politique, les idées valent mieux que l’argent. De nos jours, on ne distribue pas de l’argent pour convaincre un électeur.

 

D’aucuns estiment que le socialisme a montré ses limites en termes de gouvernance économique et politique. Quel commentaire en faites-vous ?

Au contraire. Il faut reconnaître que la social-démocratie a connu des avancées en termes de développement économique. La réalité est que la social- démocratie est utilisée dans le système de gouvernance de plusieurs pays. Nous avons connu de nouvelles victoires dans plusieurs pays. Il faut noter qu’il y a beaucoup de défis à relever dans la lutte contre le terrorisme, l’injustice, le respect des droits humains, la lutte contre la pauvreté, etc. Il faut reconnaître aussi que la social-démocratie œuvre à relever ces défis partout où il y a un dirigeant élu sous la bannière de ce courant. Nous sommes la grande famille politique qui a pu insuffler un nouveau dynamisme dans beaucoup de pays d’Afrique, d’Europe, d’Amérique et d’Asie, en matière de développement économique et d’amélioration des conditions de vie des populations. Aujourd’hui, sans justice, on ne peut pas parler de développement. De même, sans démocratie, on ne peut pas parler de développement. Pour le cas du Chili d’où je viens, ce pays a connu une croissance économique énorme, qui n’aurait pu être atteinte dans 20 ans si c’était un autre courant politique qui le dirigeait. Aujourd’hui au Chili, les taxes ont été revues à la baisse, l’école est devenue accessible à la classe sociale pauvre. Des exemples, il y en a à travers plusieurs pays.

 

Quel regard portent les socialistes sur les dictatures en Afrique ?

Notre famille politique est fondée sur la démocratie, l’alternance, la liberté d’expression, la justice, etc. Pour nous, la dictature ne saurait s’expliquer dans un pays qui aspire à la démocratie. Le Burkina est un modèle qui peut inspirer plusieurs pays d’Afrique qui aspirent vraiment à la démocratie. En Afrique, partout où il y a un parti politique membre de notre courant politique, il n’y a pas de dictature. Car partout où nous sommes en Afrique, nous prônons la démocratie, l’alternance. Pour les socialistes, le Burkina est un bel exemple de démocratie. Car ce pays a démontré une fois de plus que l’avenir de la démocratie se trouve dans la rue.

« La démocratie est née au Burkina de la volonté populaire »

 

Donc, vous voulez dire que la démocratie au Burkina est née de la rue ?

Bien sûr ! La démocratie est née au Burkina de la volonté populaire. C’est le peuple qui est sorti comme un seul homme pour dire non à la dictature. Cette situation, nous l’avions suivie de près. C’est la preuve qu’aujourd’hui plus que jamais, chaque dirigeant doit écouter la voix de son peuple.

 

Parlant toujours de dictature, que vous inspire la situation qui prévaut actuellement au Burundi ?

 

C’est triste ! Je connais le pays car j’y ai été en mission. Ce qui s’y passe actuellement montre une fois de plus que la voix du peuple est primordiale dans tout système de gouvernance. Personnellement, je pense que le peuple burundais est dans une situation où il a besoin de l’aide de la communauté internationale.

 

Vous l’avez plus ou moins signalé plus haut : en Afrique, les dictateurs ne tardent pas à tripatouiller les Constitutions pour s’éterniser au pouvoir. Qu’est-ce que les socialistes font concrètement contre cela ?

 

La Constitution émane de l’inspiration du peuple. Autrement dit, la Constitution répond aux aspirations du peuple. C’est une obligation pour chaque citoyen de la respecter aussi bien dans sa forme que dans son fond. La Constitution doit être réajustée en fonction des réalités et du besoin des populations. Et il y a des mécanismes qui permettent cela. Mais, cela nécessite l’assentiment du peuple dans son ensemble, notamment les partis politiques et toutes les autres forces vives. C’est la même chose en Europe. De nos jours, il y a des pays européens qui veulent modifier leur Constitution. Mais c’est dans l’intérêt de tout le peuple. Ce n’est pas dans l’intérêt d’un individu.

 

Quels sont vos vœux pour le nouveau président Roch Marc Christian Kaboré et pour le Burkina ?

 

Nous sommes convaincus que le président Roch Marc Christian Kaboré va réussir son mandat. Nous ne connaissons pas très bien les réalités du Burkina. Mais ce que nous savons, c’est que le souci d’une population, c’est la prise en compte de ses préoccupations et le président Roch Marc Christian Kaboré en a fait son cheval de bataille. Personnellement, j’ai eu à rencontrer M. Kaboré plus de deux fois. Il m’a exprimé ouvertement son souci de développer le Burkina. Aujourd’hui, les Burkinabè ont l’homme qu’il faut à la tête de leur pays et nous souhaitons vraiment qu’il se soucie davantage de son peuple. Car, s’il réussit sa mission, c’est la social-démocratie qui aura gagné, c’est notre famille politique qui sera honorée.

Interview réalisée par Mamouda TANKOANO

 

 

 

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