A la uneLa chronique du fou

PROPOSITION DE REPORT DES LEGISLATIVES

Ce n’est pas aussi saugrenu que ça !

Les députés de l’Assemblée nationale, au regard du contexte sécuritaire qui est le nôtre, proposent que soient reportées d’un an, les élections législatives pour les coupler avec les municipales en 2021. Il n’en fallait pas plus pour que les uns et les autres se dressent sur leurs ergots, estimant qu’il s’agit là d’une occasion pour les députés de prolonger leur mandat d’un an, pour continuer à bénéficier des avantages qui vont avec. Pour eux, il faut, coûte que coûte, aller aux élections. Je crois que l’opposition et la majorité, à l’issue d’une rencontre tenue en fin de semaine dernière, avaient aussi affiché la même position : le maintien des élections à bonne date. Moi, je comprends la position des uns et des autres. Mais je pense qu’au-delà de toute considération, la proposition faite par les députés n’est pas dénuée de sens. Elle n’est pas aussi saugrenue que ça. Loin s’en faut ! Cela est d’autant plus vrai qu’ils ont fait cette proposition à l’issue d’une tournée effectuée dans les cinq régions durement touchées par l’insécurité, à savoir l’Est, le Sahel, le Centre-Nord, la Boucle du Mouhoun et le Nord. On peut accuser nos députés de tous les péchés… du Burkina mais reconnaissons que les arguments qu’ils avancent, ne manquent pas de consistance. Je le dis parce qu’en vérité, certains de ceux qui les critiquent, sont assis à Ouaga, dans leurs salons feutrés si bien qu’ils ne connaissent pas l’ampleur de l’insécurité sur le terrain. Ils parlent comme ils veulent, oubliant qu’à ce jour, 159 communes sur les 351 que compte le pays, sont quasiment sous contrôle des groupes armés. Et ce n’est pas tout. Près de 4 000 villages ont vu partir leurs populations qui ont rejoint des camps de fortune qui totalisent, à ce jour, plus de 800 000 déplacés. Inutile de rappeler que dans certaines zones reculées, l’Administration et tous les autres symboles de l’Etat ont disparu.

Je souhaite que l’on dépassionne le débat pour se parler franchement

Et selon les dernières statistiques, 1 229 civils et 436 soldats ont été tués par des individus armés non identifiés, entre 2016 et 2020. Voyez-vous ? Ce n’est pas aussi simple que certains pourraient le penser. Car, la situation est tellement critique que l’enrôlement n’a pu avoir lieu dans certaines localités. C’est le cas, par exemple, de l’Est où seules 3 provinces sur 5 ont été enrôlées. Ce fut aussi le cas de la Boucle du Mouhoun où 2 provinces sur 6 ont été partiellement enrôlées. J’oublie volontiers le Sahel et le Centre-Nord, ces deux régions considérées comme les foyers du terrorisme au Burkina. Peut-on légitimement tenir des législatives sans la participation des populations de ces zones sous coupe réglée des groupes armés ? La question reste posée et je souhaite que les uns et autres essayent d’y répondre en toute objectivité. Surtout quand on sait que contrairement à la présidentielle où tout détenteur d’une carte d’électeur peut voter en tout lieu sur le territoire, les législatives exigent que les candidats aillent jusque dans les profondeurs des villages pour non seulement battre campagne, mais aussi pour y voter. C’est dire si l’on court le risque de se retrouver avec une Assemblée nationale où certaines provinces ou régions entières n’auront pas de représentants, si l’on décide de maintenir les législatives à la date prévue. En tout cas, c’est le scénario qui se dessine à l’horizon. C’est pourquoi je souhaite que l’on dépassionne le débat pour se parler franchement. Car, j’ai l’impression que certains, à cause de leurs intérêts, sont tombés à bras raccourcis sur les députés sans s’être donné la peine de lire leur rapport. Ce qui n’est pas juste.

« Le Fou »

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