PREMIER ALAMEIN AFRICA FORUM EN EGYPTE : Les pays africains sauront-ils en tirer profit ?
Après les sommets Afrique-France, Afrique-Japon, Afrique-Etats-Unis… voici Alamein Africa forum qui a réuni, à El Alamein dans le Nord de l’Egypte, plus de 20 chefs d’Etat et représentants de gouvernements africains. Pendant trois jours, dirigeants politiques, chefs d’entreprises, banquiers et représentants d’institutions de développement, ont échangé sur le financement du développement africain, mais aussi sur le commerce et les investissements entre pays du continent. En initiant ce sommet, l’Egypte rejoint ainsi la liste des pays occidentaux, asiatiques et américains organisateurs de sommets avec l’Afrique. Et c’est tout à son honneur. L’initiative de ce sommet est d’autant plus à saluer qu’il vise à réduire la dépendance de l’Afrique aux financements extérieurs. Toutefois, la question que l’on se pose est la suivante : les pays africains sauront-ils tirer profit de ce sommet ? Bien malin qui pourrait répondre à cette question. En effet, depuis des décennies, l’Afrique participe à des sommets sans pour autant toujours tirer son épingle du jeu. C’est dire si l’on ne peut jurer, la main sur le cœur, que le continent en tirera, cette fois-ci, ses marrons du feu. Qu’à cela ne tienne ; le seul fait que ce sommet soit initié par un pays africain rompt avec ce qu’on avait l’habitude de voir en termes de Sommets Afrique… Et il faut souhaiter que les fruits tiennent la promesse des fleurs. Il faut d’autant plus l’espérer, que le continent qui refuse de plus en plus le diktat des grandes puissances, en a besoin. Cela dit, en attendant de voir les retombées de ce grand raout pour les pays participants, on peut affirmer que c’est un gain politique pour Le Caire.
L’Egypte cherche, à travers cette initiative, à renforcer son influence sur le continent
C’est d’autant plus vrai que pour son coup d’essai, l’Egypte n’est pas loin d’avoir réalisé un coup de maître, au regard du nombre et de la qualité des participants mobilisés. Pouvait-il en être autrement quand on sait que le thème choix est tout aussi pertinent que d’actualité ? Toujours est-il que ce rendez-vous qui se veut désormais biennal, sous l’égide de l’Union africaine (UA), avait toutes les chances de réussir au regard des secteurs stratégiques choisis comme axes majeurs sur lesquels les débats étaient centrés. Il n’est un secret pour personne que l’agriculture, les infrastructures, le commerce, la santé, les mines, les énergies renouvelables et les technologies constituent, à n’en pas douter, des sujets de préoccupations majeures pour le continent. Et au-delà de l’espoir de nouer de nouveaux partenariats et de renforcer la coopération Sud-Sud, chaque participant nourrissait également le désir de voir cette grande tribune s’intéresser à son pays. Il faut bien le reconnaître, ce forum qui a refermé ses portes le 3 octobre dernier, se tenait dans un contexte où l’Afrique, en plus d’être confrontée au défi de développement économique, fait face à des guerres et autres conflits. Autant dire que les sujets d’intérêt n’ont pas manqué. Mais il ne faut pas se bercer d’illusions. Le Caire n’a pas initié ce forum pour les beaux yeux des autres pays africains. On est d’autant plus fondé à le penser que depuis des décennies, le pays de Abdel Fattah al-Sissi est en quête d’une coalition de pays africains pour soutenir sa cause face à l’Ethiopie qu’il accuse de menacer ses ressources à travers la construction sur le Nil Bleu du Grand barrage de la renaissance. Toujours est-il que l’Egypte cherche, à travers cette initiative, à renforcer son influence sur le continent, voire au-delà. C’est dire si les raisons qui ont poussé le pays des Pharaons à organiser ce forum, sont aussi diverses que multiples. Et tout le mal qu’on puisse souhaiter à l’Egypte, c’est de réussir là où d’autres pays ont échoué.
Dabadi ZOUMBARA