LUTTE CONTRE LA CYBERCRIMINALITE AU BURKINA FASO : Des progrès mais aussi des défis énormes à relever
Du 26 au 30 octobre 2026, Ouagadougou accueille la deuxième édition de la Semaine nationale de lutte contre la cybercriminalité. Une semaine pour rappeler aux Burkinabè que derrière les écrans de nos téléphones, certains ont installé de véritables postes de péage clandestins. Sauf qu’ici, pas de barrière ni de fusil en bandoulière : un faux profil, une promesse de millions et un pouce suffisent. Le coupeur de route d’hier rançonnait les voyageurs sur les pistes poussiéreuses ; celui d’aujourd’hui vous attend assis tranquillement dans son salon, le cerveau en mode prédateur. Le braquage est devenu propre, silencieux et presqu’élégant. Le voleur ne vide plus les poches ; il vide les comptes sans quitter son fauteuil, ni même interrompre sa partie de thé!Les chiffres donnent la mesure du butin. Entre 2020 et 2025, la Brigade centrale de lutte contre la cybercriminalité a recensé plus de 9 milliards de F CFA de préjudices. Neuf milliards ! De quoi donner le tournis à un banquier et provoquer une crise de jalousie chez les voleurs de poulets. Cryptomonnaies miraculeuses, investissements qui promettent des bénéfices plus rapides que le dolo ne monte à la tête, faux messages administratifs, chantages aux vidéos intimes et arnaques au mobile money qui transforment prétendument mille francs CFA en millions: ces commerçants du mirage vendent du rêve à ceux qui veulent devenir riches avant même la fin du mois. Ils vous promettent une poule aux œufs d’or, mais au moment de la livraison, il ne reste même plus les plumes.
La Semaine nationale de lutte contre la cybercriminalité est la bienvenue
Leur fonds de commerce ? La détresse des uns, la cupidité des autres et cette vieille maladie des Burkinabè qui consiste à vouloir récolter demain ce qu’on n’a jamais semé.Mais rendons à César ce qui appartient à César : le cyberescroc ne fait pas toujours des miracles tout seul. Il trouve parfois en face de lui un client qui lui déroule le tapis rouge, ouvre son portefeuille et lui demande presque de se servir. Un inconnu promet de multiplier votre argent par dix ? Vous voilà prêt à lui confier l’argent du mil, du gaz, de la popote et même celui de la scolarité des enfants. Un prétendu agent réclame votre code secret ? Vous le lui offrez avec le sourire, comme s’il venait vous remettre une décoration. A ce point-là, ce n’est plus de la confiance, c’est un doctorat en naïveté obtenu avec les félicitations du jury. La Semaine nationale de lutte contre la cybercriminalité est donc la bienvenue, mais cinq jours de sensibilisation ne suffiront pas à assécher ce marigot. Il faut des enquêtes efficaces, des sanctions, une coopération internationale et surtout des citoyens moins pressés de croire aux miracles. Un code secret se garde plus jalousement qu’un dernier fond de « tchapalo » entre amis au « 21 » de Réo, et un mot de passe n’est pas une calebasse de lait qu’on distribue aux Yarsés colporteurs du Djelgodji, au gré de leurs tournées à dos d’âne, entre deux ventes de « chinoiseries » et trois palabres au bord de la route. Au total, on peut dire que des avancées ont été enregistrées dans la lutte contre la cybercriminalité au Burkina, mais les défis restent considérables. D’où l’importance de garder à l’esprit cette vérité qui vaut toutes les campagnes de sensibilisation : lorsqu’une fortune paraît trop belle pour être vraie ou qu’un inconnu vous promet des millions sans effort, méfiez-vous ! Votre argent pourrait déjà être en train de s’envoler, tandis que la pauvreté s’apprête à frapper à votre porte. A bon entendeur … !
Sidzabda