CRISE MILITARO-POLITIQUE EN RDC : Peut-on encore éviter l’engrenage ?
L’opposition congolaise réunie au sein de la coalition C64, entame, ce 26 octobre 2026, une tournée européenne avec l’ambition de mobiliser les chancelleries occidentales en faveur d’un dialogue national inclusif. Portée notamment par Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund, Augustin Matata Ponyo, cette offensive diplomatique sera menée tambour battant de Rome à Bruxelles, en passant par Paris, Madrid et Londres. Elle vise à exercer une pression sur Kinshasa afin de prévenir une aggravation de la crise politique et sécuritaire.Mais au-delà des rencontres annoncées et des déclarations de principe, quel impact réel cette démarche peut-elle avoir sur une crise dont les racines sont profondément ancrées dans les contradictions d’une classe politique qui a fini par transformer l’espérance des Congolais en un éternel rendez-vous avec la déception ?
Les tensions politiques s’exacerbent depuis que Tshisekedi a ouvert la porte à l’éventualité d’un troisième mandat
Les diplomates européens peuvent certes ouvrir des portes et encourager le dialogue, mais ils ne sauraient fabriquer l’unité d’une opposition longtemps traversée par des ambitions concurrentes, ni imposer une solution durable à des acteurs qui peinent à s’accorder sur l’essentiel. Le risque est donc de voir cette tournée accoucher de quelques promesses diplomatiques, de communiqués convenus et de poignées de mains symboliques, sans véritable infléchissement de la situation intérieure.Pendant ce temps, la République démocratique du Congo (RDC) joue avec son destin. Les tensions politiques s’exacerbent à Kinshasa depuis que le président Félix Tshisekedi a ouvert la porte à l’éventualité d’un troisième mandat. Si une telle perspective devait se concrétiser, en contradiction avec les dispositions constitutionnelles, elle ouvrirait une nouvelle séquence de crise dont le pays pourrait difficilement sortir indemne. Dans l’Est, l’insécurité continue de meurtrir les populations et risque de s’aggraver avec l’entrée en rébellion de l’ancien président Joseph Kabila, désormais associé à une dynamique politico-militaire qui fait peser de nouvelles menaces sur la stabilité du pays.La RDC pourrait ainsi se retrouver sur une véritable ligne de crête, prise entre les tensions liées à l’exercice et à la conservation du pouvoir à Kinshasa et une crise sécuritaire susceptible de s’étendre ou de s’intensifier dans l’Est. Entre les ambitions politiques des uns et les stratégies militaires des autres, c’est toute une nation qui risque de basculer dans une spirale dont nul ne peut prédire l’issue.Dans ce contexte explosif, l’opposition réunie au sein de la C64, entend incarner une troisième voie républicaine, distincte aussi bien du pouvoir de Félix Tshisekedi que de la stratégie de Joseph Kabila. Mais encore faut-il que cette ambition dépasse le stade du slogan.
Ni les chancelleries européennes ni les discours martiaux ne sauveront, à eux seuls, la RDC
Peut-on prétendre défendre la République sans présenter une position commune sur la Constitution, la rébellion, la souveraineté nationale et les conditions d’un retour durable à la paix ? Peut-on réclamer un dialogue inclusif sans s’accorder soi-même sur une feuille de route précise, des objectifs vérifiables et des garanties de mise en œuvre ?L’absence de réponses claires à ces interrogations risque de plonger davantage la RDC dans une situation où les ambitions des puissants prennent le pas sur la souffrance des citoyens. Comme le rappelle un proverbe africain, « quand deux éléphants se battent, c’est l’herbe qui souffre ». En République démocratique du Congo, cette herbe porte des visages et des noms : ce sont les populations déplacées, les familles endeuillées, les citoyens confrontés à l’insécurité et les jeunes privés de perspectives.Reste à savoir si l’on peut encore éviter l’engrenage dans un pays où les acteurs politiques semblent trop souvent tentés de répondre à chaque escalade par une nouvelle surenchère.C’est encore possible, à condition de respecter la Constitution, de refuser toute instrumentalisation de la violence, de clarifier les responsabilités des acteurs impliqués dans le conflit et d’ouvrir un dialogue réellement inclusif, assorti d’engagements concrets. La tournée européenne de l’opposition ne prendra donc tout son sens que si elle contribue à cette dynamique et si ses initiateurs démontrent, par leur cohésion et leurs propositions, qu’ils peuvent être autre chose qu’un regroupement de prétendants au pouvoir.Car, ni les chancelleries européennes ni les discours martiaux ne sauveront, à eux seuls, la RDC. Quand la maison brûle, il ne suffit pas de chercher des voisins pour donner l’alerte : il faut aussi empêcher ceux qui se disputent les clés, de jeter de l’huile sur le feu.
« Le Pays »