RETOUR EVENTUEL A L’ORGANISATION DE LA CAN TOUS LES DEUX ANS : Un rétropédalage à un milliard de dollars en perspective
Il aura fallu moins d’un an à la Confédération africaine de football (CAF) pour commencer à revoir une décision qu’elle présentait pourtant comme une révolution bénéfique pour le football africain. En décembre 2025, Patrice Motsepe annonçait que la Coupe d’Afrique des nations (CAN) passerait à un rythme quadriennal à partir de 2028, après les éditions de 2027 et 2028. Mais le 9 octobre dernier, au Cap-Vert, le président de la CAF a remis le ballon au centre en évoquant un possible retour à une CAN biennale. Que s’est-il donc passé pour que l’instance dirigeante du football africain, évoque la possibilité de détricoter une réforme qu’elle présentait hier encore comme stratégique ?
La réponse tient probablement en trois mots : argent, contestation et calendrier.
Sur le plan financier, d’abord, la CAF semble avoir mal évalué les conséquences de son changement de cap. L’abandon du cycle biennal aurait compromis un accord commercial garantissant au moins un milliard de dollars de revenus sur huit ans. En réduisant le nombre de CAN organisées sur cette période, l’instance a mécaniquement diminué la valeur de son produit auprès des diffuseurs et des sponsors. A force de vouloir réinventer le football africain, la CAF a ainsi donné l’impression de tirer contre son propre camp.La deuxième erreur tient au peu de cas qui semble avoir été fait de la ferveur populaire entourant cette compétition.
Le football africain n’est pas la propriété de ceux qui occupent les loges officielles
La CAN n’est pas un tournoi ordinaire, mais une fête continentale où les nations font battre leur cœur au même rythme. En espaçant les éditions, la CAF risquait de priver les supporters de leur grand rendez-vous et les joueurs, d’une occasion régulière de briller sous le maillot national. La décision a suscité des critiques parmi les acteurs du football africain et nourri le soupçon d’une réforme davantage dictée par les exigences du football européen que par les intérêts du continent. La troisième erreur est d’avoir accepté que le football africain soit sommé de revoir ses habitudes pour ne pas déranger les championnats européens, même si Patrice Motsepe a réfuté toute pression extérieure. Si la multiplication des compétitions surcharge le calendrier, complique la libération des joueurs évoluant en Europe et accroît le risque d’épuisement des footballeurs comme cela a été dit pour justifier le passage de la CAN à quatre ans, pourquoi ne pas avoir d’abord exploré d’autres formules, consulté sérieusement les fédérations et évalué les conséquences économiques d’un tel bouleversement ? Une institution a le droit de reconnaître ses erreurs. Mieux vaut corriger une mauvaise passe que s’obstiner à envoyer le ballon dans lestribunes. Mais lorsqu’une décision présentée comme historique, commence à montrer ses limites quelques mois après son annonce, il y a lieu de se demander si la CAF avait réellement étudié le terrain avant de changer de tactique. A trop vouloir dribbler entre les intérêts financiers, les contraintes internationales et les attentes populaires, on finit par s’emmêler les jambes. Le football africain n’a pas besoin de réformes qui changent de direction au premier coup de vent. Il lui faut une boussole, un projet et des dirigeants capables de tenir leur ligne sans s’entêter dans l’erreur. Car, au bout du compte, le football africain n’est pas la propriété de ceux qui occupent les loges officielles. Il appartient aussi aux joueurs qui transpirent, aux supporters qui se ruinent parfois pour un billet et aux peuples qui font de la CAN, une affaire de cœur. Les dirigeants peuvent jongler avec les dates, bricoler les calendriers et habiller leurs revirements de beaux discours, mais ils ne peuvent pas décréter la passion populaire par circulaire, et ne doivent jamais oublier que sans le public, leur royaume n’est qu’un stade vide et leur pouvoir, un ballon dégonflé.
Sidzabda