SIGNATURE D’UNE CONVENTION COLLECTIVE DES SOCIETES PRIVEES DE SECURITE DU BURKINA : Etat, patrons, vigiles, clients… à chacun sa part de contrat !
Enfin une bonne nouvelle pour les gardiens et vigiles du Burkina Faso ! Une convention collective signée le 29 septembre 2026 à Ouagadougou, vient revaloriser leurs salaires, et plus globalement encadrer leurs carrières, leurs contrats de travail, leurs droits syndicaux et leur sécurité au travail. Il était temps car jusqu’ici, dans certaines sociétés de gardiennage, le salaire du vigile ressemblait moins à une rémunération qu’à une indemnité de survie. Ils sont pourtant partout. Nous leur confions parfois des biens valant des centaines de millions de francs CFA, mais certains doivent presque tenir un conseil de famille à la fin du mois pour décider entre le loyer, la popote, les médicaments et la scolarité des enfants. La revalorisation salariale est donc la bienvenue. Reste maintenant à la faire descendre du papier jusque dans la poche du vigile, dès que la convention entrera en application, donc dans neuf mois comme convenu. Car, certaines sociétés semblent avoir inventé un modèle économique redoutablement simple : facturer gros et payer petit. Entre le montant encaissé auprès du client et le salaire versé au vigile, l’argent semble parfois traverser une forêt de coupeurs de route. Le vigile garde le portail, d’autres, les employeurs notamment, gardent la différence.
Le nouveau texte prévoit par ailleurs une protection sociale pour tous les vigiles
La convention signée la semaine dernière, vient également s’attaquer à l’exploitation de ces personnels de sécurité par leurs patrons, qui profitent cyniquement du chômage et de la précarité de l’emploi dans le secteur privé. Quand des milliers de personnes cherchent du travail, la menace est toute trouvée : « Si tu n’es pas content, dépose la tenue. Dix personnes attendent derrière toi. » Ainsi, le besoin d’emploi devient une arme braquée sur la tempe du travailleur et le ventre vide, un syndicaliste particulièrement silencieux. Le nouveau texte prévoit par ailleurs une protection sociale pour tous les vigiles. Dans ce domaine aussi, le constat était amer. Le plus souvent, tant qu’il tient debout, le vigile est indispensable. Mais qu’il tombe malade ou soit victime d’un accident du travail, et celui qui protège les biens des autres, se retrouve alors seul à devoir protéger sa propre famille contre la faim.L’Etat ne doit donc pas se contenter de saluer la convention. Il doit s’assurer de son application effective, car une convention collective dont les termes ne sont pas respectés, est un lion dessiné sur du papier : impressionnant, mais incapable de mordre. Le respect de l’esprit et de la lettre de ce texte permettra par exemple d’éviter la légèreté dans le recrutement de ces vigiles qui, une fois à leurs postes, connaîtront les habitudes de ceux qu’ils seront censés protéger, les accès à leurs domiciles ou à leurs services, et même les failles du dispositif de sécurité. Les recruter sans les vérifications nécessaires, c’est remettre les clés de sa maison à quelqu’un avant de se demander qui il est. Et lorsqu’un vigile participe à un forfait, on découvre après coup des antécédents ou des comportements qui auraient peut-être dû alerter. Le loup était dans la bergerie et, comble de l’ironie, on lui avait donné l’uniforme du berger. Pourtant, une tenue, une paire de rangers, un sifflet et une matraque ne constituent ni une enquête de moralité ni une formation professionnelle.Mais ne jetons pas l’opprobre sur les seules sociétés privées de sécurité. Les clients ont aussi leur part de responsabilité. On ne peut pas exiger des vigiles correctement payés tout en recherchant systématiquement la prestation la moins chère ou en laissant les factures dormir plusieurs mois dans les parapheurs. Car, au bout de cette chaîne d’économies et d’impayés, c’est rarement le patron de la société prestataire qui commence par supprimer le lait des enfants. C’est le vigile ! Or, à force de tirer les prix vers le bas, de retarder les paiements et de vouloir une sécurité à moindre coût, on finit par fragiliser celui-là même à qui l’on confie la protection de ses biens. Et c’est là que l’économie peut devenir dangereuse. Car, quand on économise sur celui qui garde la porte, il ne faut pas s’étonner qu’un jour la facture entre par la fenêtre.
Sidzabda