APRES LA VISITE D’UN OFFICIEL FRANÇAIS A ALGER, UN AUTRE A RABAT :Quand la France joue les funambules
La visite du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, à Rabat, le 20 mai dernier, n’avait rien d’une simple escale diplomatique. Derrière les formules policées sur la paix dans l’espace francophone, Paris est surtout venue afficher, presque ostensiblement, son spectaculaire rapprochement avec le Maroc. A l’occasion de cette visite, Jean-Noël Barrot a envoyé des signaux, on ne peut plus clairs, sur la volonté de la France de replacer le Royaume chérifien au cœur de ses priorités stratégiques.
Les deux voisins maghrébins avec lesquels la France veut être en bons termes, entretiennent des relations exécrables
Il a annoncé, à cet effet, la préparation d’un traité d’amitié appelé à refonder les relations bilatérales, la tenue prochaine d’un séminaire intergouvernemental à Rabat présidé par les Premiers ministres français et marocain, et surtout la visite d’Etat du Roi Mohamed VI en France, sans en préciser la date. Difficile de ne pas y voir la volonté française de consolider un partenariat jugé stratégique avec le Maroc, allié sécuritaire majeur et porte d’entrée économique vers l’Afrique. Cette démonstration d’amitié entre les deux pays, intervient à peine quelques semaines après une autre opération de charme diplomatique menée, cette fois, à Alger, où le ministre français de la Justice s’est rendu dans un contexte de réchauffement prudent entre la France et l’Algérie. A vrai dire, Paris ne peut se permettre de tourner le dos à Alger qui demeure une puissance énergétique clé, un acteur central des dynamiques sahéliennes, un partenaire sécuritaire de premier ordre et un interlocuteur incontournable, notamment en ce moment où l’influence française recule dans plusieurs pays du Sahel. En tentant simultanément de raffermir ses liens avec Rabat sans compromettre le fragile dégel avec Alger, Paris joue les équilibristes, et se retrouve face à une équation particulièrement délicate ; tant les susceptibilités sont vives et les rivalités exacerbées. Au Maghreb, la France veut parler à tout le monde, commercer avec tout le monde, coopérer avec tout le monde. Seulement voilà, les deux voisins maghrébins avec lesquels elle veut être en bons termes, entretiennent des relations exécrables comme chacun le sait, marquées par une rivalité historique devenue presque structurelle. Et au cœur de cette fracture se trouve le dossier explosif du Sahara occidental, véritable poison diplomatique qui empoisonne les rapports entre Alger et Rabat depuis des décennies. Or, sur cette question ultrasensible, Paris semble avoir définitivement choisi une orientation qui irrite profondément Alger. A Rabat, Jean-Noël Barrot a, en effet, réaffirmé la reconnaissance par la France, de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Une déclaration qui conforte naturellement les positions marocaines, mais qui risque aussi de provoquer de nouvelles crispations du côté algérien, d’autant que de ce côté de la Méditerranée, on considère cette prise de position assumée en faveur du Royaume chérifien comme une provocation de plus.
A force de vouloir ménager les deux camps, la France risque d’alimenter la méfiance des deux côtés
Pour tout dire, la France avance sur une ligne de crête, entre deux frères ennemis qui ne se parlent presque plus et qui exigent chacun des preuves de loyauté exclusives. Dans ces conditions, il suffira peut-être d’un mot de trop ou d’un geste mal calibré pour précipiter l’Elysée dans une nouvelle crise avec l’un ou l’autre. A force de vouloir ménager les deux camps, la France risque surtout d’alimenter la méfiance des deux côtés, alors qu’elle a plus que jamais besoin de préserver ses intérêts énergétiques avec l’Algérie, sécuriser sa présence au Sahel grâce à l’influence d’Alger, et renforcer simultanément ses partenariats économiques et sécuritaires avec Rabat. Il faudra un sang-froid de trapéziste aux diplomates et aux hommes politiques français, pour réussir ce pari.
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