HomeA la uneDISPARITION A PARIS DE SIDYA TOURE : Le destin contrarié d’un éternel prétendant au fauteuil présidentiel

DISPARITION A PARIS DE SIDYA TOURE : Le destin contrarié d’un éternel prétendant au fauteuil présidentiel


L’histoire politique guinéenne vient d’égrener un nouveau chapitre de son grand livre des espoirs évaporés, avec la disparition, à Paris, le 25 septembre dernier, à l’âge de 81 ans, du prince charmant de la technocratie, toujours tiré à quatre épingles, Sidya Touré pour ne pas le nommer. Pendant trois décennies, cet ancien Premier ministre, qui pensait séduire la Guinée avec les chiffres et la logique des bilans lorsqu’il fut appelé aux affaires en 1996 par l’ancien président Lansana Conté, a fini par se rendre à l’évidence qu’un gestionnaire, aussi efficace soit-il, pèse bien peu dans l’arène politique guinéenne face aux passions communautaires et aux bottes inflexibles des régimes autoritaires.

 

Ce gentleman courtois et brillant fut une véritable figure de proue de la défaite élégante

 

Surnommé « l’homme des solutions », le natif de Dimbokro, en Côte d’Ivoire, et très proche du président Alassane Ouattara, a créé, un an après son départ de la Primature en 1999, le parti de l’Union des forces républicaines (UFR), qu’il utilisera à plusieurs reprises comme marchepied pour tenter de conquérir le fauteuil présidentiel, notamment en 2003 et en 2010. A force de prêcher la tempérance dans un pays abonné aux convulsions politiques, il aura passé une bonne partie de sa vie à ajuster sa cravate pour un rendez-vous avec le pouvoir auquel l’Histoire ne l’a jamais convoqué. Plusieurs fois victime de la fermeté des régimes successifs en Guinée, ce gentleman courtois et brillant fut une véritable figure de proue de la défaite élégante. Il n’a jamais véritablement contesté ses déconvenues électorales, préférant éviter d’exposer la vie de ses militants dans un pays où l’arène politique carbure au sang, au muscle et aux passions ethniques. Avant de tirer sa révérence, samedi dernier, dans une chambre d’hôpital parisienne, Sidya Touré avait d’abord tiré le rideau sur trente années d’illusions politiques, marquées notamment par la spoliation humiliante de sa résidence privée à Conakry et son exil forcé sur ses terres d’adoption ivoiriennes, en mars 2022. Le drame de Sidya Touré ne tient pourtant pas à un manque de talent. Il réside davantage dans des choix et des erreurs stratégiques qui l’ont conduit à se laisser séduire, utiliser, puis finalement piétiner par les régimes qui se sont succédé en Guinée. Après avoir joué les pompiers de service pour redresser des finances publiques en perdition sous Lansana Conté, il devint un opposant déterminé sous Dadis Camara, avant d’être nommé « Haut Représentant » par Alpha Condé en 2016. Il mettra fin, deux ans plus tard, à cette alliance contre-nature qui avait fini par écorner son image.Mais le destin politique ne lui fera aucun cadeau. Il assistera, impuissant, au grand nettoyage politique de mars 2026, qui a balayé une quarantaine de partis, dont le sien.

 

Que le corps de Sidya Touré repose à Conakry ou à Abidjan, la Guinée perd l’un de ses esprits les plus brillants

 

Et l’ultime ironie de ce destin réside aujourd’hui dans cette question qui demeure en suspens : Sidya Touré sera-t-il inhumé en Guinée ou en Côte d’Ivoire ? On le saura probablement dans les prochains jours. Mais la probabilité d’obsèques à Abidjan paraît grande, d’autant que ce cas rappelle cruellement celui d’une autre grande figure de la politique guinéenne, Siradiou Diallo, fauché lui aussi en exil à Paris puis inhumé à Dakar en 2004, en raison de vives tensions avec le régime de Lansana Conté. Que le corps de Sidya Touré repose à Conakry ou à Abidjan, la Guinée perd l’un de ses esprits les plus brillants. Et le regret risque d’être grand et durable d’avoir laissé le parcours de cet homme s’achever dans le silence de l’exil, plutôt que dans le respect dû à ceux qui ont consacré une partie de leur vie au service de l’Etat.

 

« Le Pays »

 


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