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MEETING DU RHDP A YAMOUSSOUKRO


En réponse au « giga-meeting » d’hommage du 19 octobre dernier organisé par le PDCI-RDA et alliés à Yamoussoukro, ville natale de feu le président Félix Houphouët Boigny, le Parti unifié-RHDP du président Alassane Dramane Ouattara (ADO) tient, ce 7 décembre 2019, un « hyper giga-meeting » dans la ville symbole, pour marquer la date anniversaire de la mort du père de la nation ivoirienne. Comme on peut le constater, rien que dans la terminologie, le RHDP tient à prouver qu’il est le plus fort en parlant d’«hyper giga-meeting » là où ses adversaires ont parlé de « giga-meeting ». Mais ce faisant, il s’oblige à faire mieux que ses rivaux, en termes de mobilisation. C’est dire s’il faut s’attendre à ce qu’il y ait foule ce week-end, dans la capitale politique ivoirienne. Et il y a des raisons de croire que le RHDP ne lésinera pas sur les moyens, quitte à passer par les canaux habituels de convoyage de militants.

 

Il y a des signes qui ne sauraient tromper

 

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les « hostilités » pour 2020 semblent déjà lancées sur les bords de la lagune Ebrié. Principalement entre le Sphynx de Daoukro plus revanchard que jamais et l’enfant de Kong qui n’exclut pas de se représenter pour un troisième mandat en 2020, si ses « promotionnaires » sont candidats. En tout cas, le décor est planté. Et rien ne semble avoir été laissé au hasard par les protagonistes, jusque dans le symbolisme des lieux et des dates. En effet, si en tenant leur meeting le 19 octobre dernier, Bédié et compagnie le plaçaient sous le signe d’un hommage au père de la nation ivoirienne à travers la date anniversaire de sa naissance, c’est plutôt celle de sa mort qui a retenu l’attention de ADO et sa suite pour donner la réplique au camp d’en face, sur la même place mythique Jean Paul II de la Basilique Notre Dame de la Paix de Yamoussoukro. Un marquage à la culotte qui ne dit pas son nom, où chacun semble surveiller de près les faits et gestes de l’autre. Et même si les vieux dinosaures de la scène politique que sont ADO, Bédié et Gbagbo, continuent d’entretenir le flou sur leur candidature, il y a des signes qui ne sauraient tromper. En effet, s’il est de notoriété publique que la candidature du Christ de Mama est largement tributaire de son dossier judiciaire à la Cour pénale internationale, celle d’ADO que ce dernier lie à sa seule volonté, semble, par contre, se préciser. D’autant que son rival, Bédié, sur qui il a décidé de calquer sa décision, semble se poser en candidat naturel du regroupement politique qu’il cherche à former autour du PDCI-RDA. De là à voir dans les visites d’Etat du président Ouattara à l’intérieur du pays, une campagne déguisée avant l’heure, il y a un pas que certains ont vite fait de franchir. C’est pourquoi on attend de voir si ADO qui s’est donné jusqu’en juillet 2020 pour clarifier sa position sur sa candidature, se dévoilera avant l’heure, à la faveur du meeting de Yamoussoukro. La question ne manque d’autant pas plus d’intérêt qu’à en croire certaines sources, ce ne serait pas en ce moment la sérénité totale chez le chef de l’Etat ivoirien. Autrement, rien ne justifierait la frilosité dont il a tendance à faire montre, à vouloir  surveiller étroitement les mouvements de ses ministres et de certaines hautes personnalités de l’Etat dont les sorties du territoire seraient désormais conditionnées à une autorisation préalable du locataire du palais de Cocody.

Dans cette guerre de légitimité au houphouétisme, on se demande qui  tient véritablement la corde

 

De quoi a peur ADO ? Serait-on tenté de se demander. Bien malin qui saurait répondre à cette question. Mais à ce rythme, au-delà du lourd climat qu’une mesure avérée d’interdiction de sortie du territoire pourrait créer au sommet de l’Etat, le président ivoirien, s’il n’y prend garde,  risque de créer des frustrations au-delà du camp de ses adversaires déclarés. En tout cas, s’il y a un plan sur lequel ADO a échoué, c’est bien celui de la réconciliation en Côte d’Ivoire. Non seulement avec ses ennemis d’hier, mais aussi dans son propre camp où il a ouvert plusieurs fronts contre des partisans et alliés d’hier passés aujourd’hui dans le camp adverse. En tout état de cause, si l’on peut parier sur une forte mobilisation, on attend toutefois de voir ce que donnera le meeting du 7 décembre prochain à Yamoussoukro qui ressemble, à s’y méprendre,  à une démonstration de force du RHDP-unifié d’ADO pour rabattre le caquet au PDCI d’Henri Konan Bédié. Mais dans cette guerre de légitimité au houphouétisme, on se demande bien qui  tient véritablement la corde et s’il en sortira même un gagnant. Quoi qu’il en soit,  à voir la mémoire du président Houphouët Boigny être ainsi disputée entre ses héritiers politiques, il y a de quoi se demander si l’homme de paix que le Bélier de Yamoussoukro a toujours voulu incarner dans sa vie, ne se retournera pas dans sa tombe en voyant ses ayants droit  entraîner  sa chère Côte d’Ivoire sur un volcan politique pour une danse qui s’apparente, à bien des égards, à la danse du scalp. La Côte d’Ivoire n’a pas besoin de ça.

« Le Pays »

 


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