HomeLa chronique du fouMESURES PRISES POUR SOIGNER LE SPORT BURKINABE : L’ordonnance prescrite remettra-t-elle le grand malade sur pied ?

MESURES PRISES POUR SOIGNER LE SPORT BURKINABE : L’ordonnance prescrite remettra-t-elle le grand malade sur pied ?


Je suis fou ! Fou de joie d’apprendre que les autorités veulent sortir le sport burkinabè de son coma administratif. Depuis des années, notre sport boîte sur le terrain et encaisse des buts jusque dans les vestiaires. Il était grand temps de lui prescrire quelques comprimés, de lui poser une bonne perfusion et, pourquoi pas, de lui administrer un sérieux coup de sifflet dans les oreilles !Car, notre sport ressemble à un match de cour de récréation où joueurs, dirigeants, arbitres et ramasseurs de balles courent tous derrière le même ballon, sans que personne ne sache où se trouve le but adverse. Une véritable abbaye de Thélème où chacun joue selon ses règles, où certains dirigeants dribblent les textes comme Messi et où les coupeurs de routes rôdent autour de la caisse et semblent mieux connaître les circuits de l’argent que les sportifs eux-mêmes. Résultat : les enveloppes gonflent dans les bureaux pendant que les muscles fondent sur les terrains. Les uns collectionnent les per diem, les autres transpirent pour des médailles.  Je suis fou, mais pas aveugle. Le football reste le gamin gâté de la famille sportive, avec crampons neufs, maillots moulants et hôtels quatre étoiles. Les autres disciplines, elles, croupissent dans la cour, avec du pain sec au petit-déjeûner, du « garba » à midi, du « benga » au dîner et de l’eau tiède en guise d’apéritif. Pourtant, ces enfants mal-aimés rapportent souvent de beaux lauriers au pays.

 

Ces mesures peuvent ouvrir une nouvelle ère, pour peu que chacun joue collectif

 

Je salue donc les mesures destinées à remettre de l’ordre dans la maison. Mais pour transformer ces bonnes intentions en résultats concrets, il faudra des entraîneurs compétents, des dirigeants responsables, des infrastructures dignes de ce nom et des financements qui parviennent aux sportifs sans faire escale dans les poches de quelques-uns.J’entends déjà les éternels avocats du manque de moyens, plaider les circonstances atténuantes. Certes, les ressources sont limitées. Mais la pauvreté ne saurait servir d’alibi à la mauvaise gestion. Le malade n’a pas seulement besoin d’une ordonnance, mais d’une opération à cœur ouvert, sans anesthésie pour les détourneurs. Sinon, nous continuerons à avoir des fédérations en pleine santé administrative, des dirigeants en excellente forme financière et des champions obligés de rentrer à la maison en taxi-moto, en proposant de payer la course avec leurs médailles.Attention toutefois au terrain glissant ! Le président du Faso lui-même a reconnu qu’il existe des limites à ne pas franchir, notamment au regard des règles de la FIFA (Fédération international de football et association). Une intervention politique mal maîtrisée dans la gestion du football, par exemple, pourrait nous valoir un carton rouge international. Nous serions alors réduits à regarder les exploits des autres depuis nos salons, à l’image de ce vieux Bwaba de Béréba, condamné à mâchouiller péniblement ses chenilles devant son vieux téléviseur cathodique, pendant que ses cousins Dafings boivent du « tchapalo » à Tchériba.Je le soulignais déjà au quatrième paragraphe de cette chronique, et je le martèle encore. Malgré ma folie, paraît-il notoire, je reste convaincu que ces mesures peuvent ouvrir une nouvelle ère, pour peu que chacun joue collectif et que certains dirigeants qui n’ont jamais tapé dans un ballon même par accident, cessent de tacler les budgets par derrière et de multiplier des « unes-deux » avec les subventions.En attendant de voir si cette opération de salubrité sportive réussira à remettre le grand malade sur pied, moi, je retourne à Gondologo, dans la périphérie de Ouahigouya, sous le grand baobab de mon asile. Là-bas, quand le ballon se dégonfle, personne ne crée une commission pour étudier la pression de l’air. On cherche une pompe, on gonfle le ballon et on reprend le match.

Au pays des fous, cela s’appelle le bon sens, tout simplement !

 

« Le Fou »


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