A la uneDialogue intérieur

PLAINTE DE MICHEL GBAGBO CONTRE GUILLAUME SORO EN FRANCE  

A quand la fin des déboires judiciaires de Bogota ?

Convoqué le 24 novembre dernier, devant la Justice française, Guillaume Soro  a une nouvelle fois refusé de comparaître devant la juge Sabine Khéris qui veut l’entendre dans l’affaire de la plainte portée contre lui par Michel Gbagbo, le fils de l’ex-président ivoirien, Laurent Gbagbo. En effet, au sortir de la crise post-électorale de 2011 qui a vu la chute de son père dans les conditions que l’on sait, Gbagbo fils a attrait l’ex-Premier ministre ivoirien devant la Justice française, en juin 2012, pour « enlèvement, séquestration, traitements inhumains et dégradants » lors de son arrestation pendant lesdits événements. Depuis neuf ans que dure l’affaire, le leader du GPS aujourd’hui en exil en Europe sans qu’on ne puisse véritablement le localiser,  n’a jamais daigné se présenter devant la juge d’instruction française chargée du dossier, malgré les multiples tentatives de l’amener à s’expliquer. La première fois, il avait été sauvé de justesse par le président Alassane Dramane Ouattara (ADO), lorsqu’au détour d’une visite en France, le chef de l’Exécutif ivoirien qu’il était à l’époque, a failli faire les frais d’un mandat d’amener délivré à l’époque par l’intrépide juge décidée à l’entendre sur la question.

 

Les fantômes de son passé semblent plus que jamais hanter Guillaume Soro

 

Aujourd’hui qu’il n’est plus en odeur de sainteté avec le locataire du palais de Cocody, Guillaume Soro est obligé de faire face à la situation et de se défendre par ses propres moyens. C’est dans ce sens qu’il faut sans doute comprendre la contre-attaque de ses avocats qui ont décidé, au terme de cette « quatrième convocation en huit ans »,  de prendre le taureau par les cornes en déposant « une requête en nullité », espérant obtenir l’arrêt de la procédure. Ils brandissent l’argument de l’immunité de fonction et de souveraineté de l’Etat ivoirien pour dénoncer un acte qu’ils qualifient d’«illégal » et qui méprise, selon eux, « le droit international coutumier ».  Morceau choisi : « La règle, c’est la coutume internationale qui s’applique ; c’est que le Premier ministre bénéficie d’une immunité de juridiction : il ne peut pas être jugé en France pour des actes commis en sa qualité de Premier ministre en Côte d’Ivoire lors de ses fonctions et dans le cadre de ces mêmes fonctions ».  En attendant de connaître le fin mot de cette affaire judiciaire, le constat qui se dégage est que les fantômes de son passé semblent plus que jamais hanter Guillaume Soro. Tombé en disgrâce pour avoir pris l’initiative et le risque de rompre les amarres avec ADO, l’ex-président de l’Assemblée nationale ivoirienne est wanted dans son pays où il est sous le coup d’une condamnation de la Justice pour atteinte à la sûreté de l’Etat et tentative de déstabilisation des institutions de la République. Un mandat d’arrêt international a, du reste, été émis par la Justice ivoirienne à son encontre. Toute chose qui l’amène à savoir où mettre les pieds, et le contraint quasiment à la clandestinité pour ne pas se faire alpaguer et jeté en prison.

 

Guillaume Soro est aujourd’hui dans une situation de plus en plus inconfortable

 

Et avec cette affaire Michel Gbagbo qui lui pend aussi au nez en France, l’on est porté à se demander à quand la fin des déboires judiciaires de Bogota. La question est d’autant plus fondée que tout porte à croire que c’est essentiellement pour des raisons du genre que l’ex-député de Ferkéssédougou est tenu éloigné de son pays, en plus de payer au prix fort son audace de se dresser contre son mentor ADO.  C’est à se demander si Guillaume Soro n’est pas finalement le grand oublié de la réconciliation nationale dont le train a pourtant déjà embarqué d’illustres passagers comme l’ex-président Laurent Gbagbo rentré triomphalement au pays en juin dernier, après avoir été définitivement acquitté par la Cour pénale internationale, mais qui est aussi sous le coup d’une condamnation en Côte d’Ivoire dans l’affaire du casse de la BCEAO. A sa suite, plusieurs ex-exilés politiques dont Justin Koné Katinan et autres Damana Pikass ont pu aussi rentrer au bercail.  Ce au moment où l’ex-protégé du chef de l’Etat continue d’errer comme une âme en peine à l’extérieur du pays. A moins que le président ADO  n’ait décidé de jouer sans lui pour des raisons qui lui sont propres.  En tout état de cause, pour en revenir à son refus de répondre à la convocation du juge français, peut-être craint-il, en plus de ne pas vouloir dévoiler sa « cachette », de se faire alpaguer dans l’Hexagone et extradé qui sait en Côte d’Ivoire où il est aussi activement recherché. Quoi qu’il en soit, Guillaume Soro qui voit les tuiles continuer à s’accumuler sur sa tête, est, quoi qu’on dise, aujourd’hui dans une situation de plus en plus inconfortable. Et cette nouvelle-ancienne affaire judiciaire qui continue de planer sur sa tête comme une épée de Damoclès, n’est pas véritablement pour arranger ses affaires. A moins que d’ici là, Michel Gbagbo ne se résolve à retirer sa plainte au nom de la réconciliation nationale. Il peut d’autant plus le faire que depuis son retour au pays, son père, Laurent Gbagbo, au nom de qui il a, peut-on dire, indirectement subi ces maltraitances, veut se poser en rassembleur des Ivoiriens. Pour cela, il se dit prêt à plaider auprès de celui qui fut son plus farouche adversaire, le président ADO, la cause de tous ceux qui ont été d’une façon ou d’une autre, des victimes directes ou indirectes de la crise post- électorale, y compris Guillaume Soro aujourd’hui contraint à l’exil et à vivre quasiment caché.

 

« Le Pays »

 

Bogota : surnom donné à Guillaume Soro

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