PROSTITUTION, PROXENETISME ET AUTRES : Quand WhatsApp recrute pour le plus vieux métier du monde
Je viens d’apprendre avec stupéfaction qu’à Ouagadougou, certains ont réussi un exploit que même les ingénieurs de la Silicon Valley, pas même Mark Zuckerberg, n’avaient imaginé ni osé breveter : transformer WhatsApp en hôtel trois étoiles, en agence matrimoniale, en centrale de réservation et en caisse populaire… sans quitter leur canapé. Je croyais naïvement que WhatsApp servait à souhaiter « Joyeux anniversaire », à partager les photos de baptêmes, à supprimer deux ou trois injures dans un groupe de famille et à rappeler que les hors-sujets sont interdits. Quelle erreur ! J’apprends aujourd’hui, à la lecture du communiqué du Procureur du Faso près le Tribunal de grande instance Ouaga II, que certains avaient poussé l’innovation beaucoup plus loin. Ils avaient offert au plus vieux métier du monde, un siège social, un service clientèle, des administrateurs, des groupes dédiés et, paraît-il, une véritable politique d’admission. En un français suffisamment simple pour que même le vieux Gourmantché de Diapangou n’ait pas besoin d’un interprète, des groupes WhatsApp auraient servi à mettre en relation des clients et des personnes se livrant à la prostitution, avec en toile de fond des soupçons de traite de personnes, de proxénétisme, de racolage, de blanchiment de capitaux et d’autres infractions. Je reste bouche bée. Plus de deux cents groupes auraient été identifiés. Vingt-deux personnes qui auraient transformé WhatsApp en marché central des rendez-vous tarifés, interpellées. Un restaurant fermé. Des biens saisis. Et probablement plusieurs téléphones qui regrettent aujourd’hui d’avoir été équipés d’une batterie longue durée.
Cette affaire dépasse largement le simple fait divers
Moi qui pensais que le titre d’administrateur consistait simplement à changer la photo du groupe, souhaiter les anniversaires et exclure les bavards… Là, certains étaient devenus de véritables ministres du Commerce sentimental, avec un sens de l’organisation qui ferait rougir plus d’un secrétaire général. Je me dis que si cette intelligence logistique avait été investie dans l’agriculture, le Burkina exporterait des tomates jusqu’en Alaska, des oignons au Groenland et du gombo frais sur la planète Mars. Ce qui me frappe surtout, ce n’est pas seulement le nombre d’administrateurs. C’est leur efficacité. Certains géraient davantage de groupes que certains chefs de services ne dirigent d’agents. Je suis même persuadé qu’on aurait pu leur confier le recensement général de la population : pas une seule personne n’aurait échappé à leurs fichiers. Foi du fou qui vous parle. Je souris… puis je redeviens sérieux. Parce que cette affaire dépasse largement le simple fait divers. Elle montre que le numérique est devenu un véritable terrain d’organisation pour certaines activités criminelles. On ne parle plus de quelques initiatives clandestines improvisées. On parle de réseaux capables de recruter, communiquer, coordonner et, selon les enquêteurs, tirer profit d’activités réprimées par la loi. Pendant ce temps, le Procureur observait tout cela avec la patience d’un vieux pêcheur assis au bord du marigot du village. Je l’ai imaginé laissant les poissons tourner tranquillement autour de la nasse avant de relever, sans klaxon ni fanfare, un filet où se débattaient non pas des tilapias, mais vingt-deux présumés spécialistes de la finance émotionnelle, du commerce des câlins fiscalisés et de la bourse des passions cotées en espèces. Je dois bien l’avouer, même le fou que je suis, trouve l’image presque poétique. Puis, les téléphones se sont mis à tousser. Les captures d’écrans se sont mises à parler plus fort, avec une éloquence digne du griot de Naaba Kiiba un jour de grande audience au palais royal du Yatenga. Les conversations se sont rappelé qu’elles avaient de la mémoire. Et certains ont découvert, un peu tard, qu’un smartphone peut devenir un excellent témoin lorsqu’il décide de collaborer avec les enquêteurs.
« Le Fou »
