REGLEMENTATION DU SECTEUR DES CYCLES, CYCLOMOTEURS ET MOTOCYCLES AU BURKINA : Comment faire des omelettes sans casser les œufs ?
Le gouvernement burkinabè vient de jeter un gros pavé dans la mare d’un secteur qui, depuis des années, prospérait dans les eaux troubles de l’opacité. En décidant de réglementer la fabrication, le montage, l’importation et la distribution des cycles, cyclomoteurs et motocycles, l’Etat envoie un message sans équivoque aux différents acteurs: la route du profit reste ouverte, mais celle des excès sera désormais jalonnée de postes de contrôle. Car, il faut appeler les choses par leur nom. A force de flambées successives, les prix des motos, notamment, ont fini par décoller du tarmac de la réalité économique du consommateur burkinabè pour entrer dans la stratosphère de la spéculation. Dans un pays où l’engin à deux-roues est souvent le premier outil de travail, le premier moyen de déplacement et parfois le seul patrimoine d’une famille, certains opérateurs semblent avoir oublié qu’ils vendent des moyens de transport et non des lingots d’or extraits des mines industrielles du pays. Les premières investigations des autorités, il y a quelques mois, avaient d’ailleurs levé un coin du voile sur un univers où la transparence n’était manifestement pas toujours la chose la mieux partagée. Des documents d’importation dissimulés, des informations soigneusement soustraites au contrôle, sont autant de pratiques constatées sur le terrain qui nourrissent les soupçons et jettent une lumière crue sur les mécanismes d’un marché longtemps laissé à lui-même. Dans un contexte de guerre contre le terrorisme, de pouvoir d’achat sous pression et de ralentissement économique, laisser les consommateurs seuls face à la voracité des commerçants véreux, revenait à abandonner les plus vulnérables au milieu du gué.
Il faut assainir la maison sans démolir ses fondations.
Lorsqu’une moto devient un luxe dans un pays où elle est une nécessité, ce n’est plus seulement un problème commercial, c’est une question sociale. Bien sûr, certains dénonceront une intrusion de l’Etat dans les affaires privées. L’argument serait recevable si le marché s’était montré capable de s’autoréguler. Malheureusement ou heureusement, c’est selon, dans cette affaire, ce sont précisément les abus de certains fabricants, importateurs ou distributeurs qui ont offert au gouvernement le prétexte d’intervenir pour mettre fin à ce qui s’apparente à une vaste escroquerie du consommateur menée au grand jour et à ciel ouvert. Attention toutefois à ne pas transformer le remède en poison ! Le commerce des cycles, cyclomoteurs et motocycles fait vivre des milliers de familles et contribue à la création de richesses. Il serait tout aussi préjudiciable d’étouffer ou d’écraser ce secteur sous le poids de la réglementation, que de laisser prospérer les excès sous couvert de la liberté commerciale. L’objectif évidemment n’est pas de remplacer les abus des opérateurs économiques évoluant dans le domaine par des contraintes ou des lourdeurs administratives, mais de corriger les dérives sans pénaliser les acteurs qui exercent leurs activités dans le respect des règles. Autrement dit, il faut assainir la maison sans démolir ses fondations. Les bénéficiaires d’agréments pour l’importation des engins concernés, les responsables d’unités industrielles de fabrication et de montage, ainsi que les distributeurs des produits finis ont donc aujourd’hui rendez-vous avec leur responsabilité. Ils peuvent choisir de participer à l’assainissement du marché ou s’enfermer dans une logique de confrontation. Mais qu’ils ne s’y trompent pas : lorsque ceux qui tiennent une boutique donnent l’impression de vouloir rançonner la clientèle, ils finissent toujours par attirer l’attention du gendarme. Reste à savoir si les acteurs du secteur choisiront l’assainissement ou la confrontation. Wait and see !
Sidzabda
