HomeA la uneSOMMET DE L’UA SUR LA BONNE GOUVERNANCE :  Osera-t-on appeler la grand-mère par son nom ?

SOMMET DE L’UA SUR LA BONNE GOUVERNANCE :  Osera-t-on appeler la grand-mère par son nom ?


Malabo, la capitale de la Guinée équatoriale, abrite les 27 et 28 mai 2022, un sommet extraordinaire de l’Union africaine (UA) sur le terrorisme et les changements anticonstitutionnels en Afrique. Des thèmes en lien avec la bonne gouvernance au moment où le continent noir fait aussi face aux défis humanitaires qui l’assaillent dans un contexte de renchérissement du coût de la vie lié aux effets néfastes du terrorisme, de la crise sanitaire du Covid-19 et plus récemment, de la guerre en Ukraine. En effet, il est aujourd’hui admis que le terrorisme qui met à rude épreuve des régions entières du continent, tire quelque part ses origines de la mal gouvernance et de la gestion jugée déséquilibrée et inéquitable des projets de développement ; toute chose qui a pu créer, par endroits, des frustrations et autres sentiments de délaissement au sein de certaines communautés, quand ce ne sont pas des localités entières de certains pays qui développent ce sentiment de laissés-pour-compte.

 

La question de la bonne gouvernance reste, dans le fond, le sujet central de ce sommet de Malabo

 

 

De même, la recrudescence des coups d’Etat, particulièrement en Afrique de l’Ouest qui passait pourtant pour l’un des meilleurs élèves de la démocratie sur le continent, a bien souvent été justifiée par l’incurie des régimes déchus, en plus de leur incapacité à faire face à la crise sécuritaire. C’est dire si dans un sens comme dans l’autre, la question de la bonne gouvernance reste, dans le fond, le sujet central de ce sommet de Malabo. La question que l’on se pose alors est de savoir si à l’occasion de ce conclave des têtes couronnées du continent africain, on osera appeler la grand-mère par son nom. Autrement dit, pour une question qui les concerne au plus haut point et qui les met directement en cause, est-ce que les dirigeants du continent oseront battre leur coulpe et se regarder dans la glace pour appeler un chat, un chat ? C’est-à-dire faire une introspection pour se dire les quatre vérités par rapport à leur propre gouvernance qui est aujourd’hui, plus qu’hier, sujette à caution ? La question est d’autant plus fondée qu’en matière de changements anticonstitutionnels, il y a certes les coups d’Etat à condamner. Mais quid des tripatouillages constitutionnels et autres questions de troisième mandat qui conduisent bien souvent à des situations conflictuelles qui entraînent les conséquences que l’on sait ? Les chefs d’Etat oseront-ils aborder cet angle précis de la question ? Rien n’est moins sûr. D’autant qu’en la matière, beaucoup, parmi eux, sont loin d’être des parangons de vertu, encore moins des modèles en matière de respect des règles de démocratie. Or, tant que cet abcès précis de la question ne sera pas crevé au niveau des chefs d’Etat eux-mêmes, il y a des raisons de croire qu’il sera difficile d’arrêter les coups d’Etat. Même si les pronunciamientos  ne sont pas la solution. Car, l’histoire a suffisamment montré que les peuples finissent toujours par perdre leurs illusions face aux agissements des « messies » en kaki annoncés.

 

 

 

Relativement à la bonne gouvernance, il faut craindre que Malabo ne soit un sommet de plus

 

 

 

C’est dire si la démocratie, en tant que modèle de développement, a montré ses limites sur le continent africain. Ce, essentiellement de par la faute de nombreux chefs d’Etat qui passent le temps à ruser avec les textes. Malheureusement, ce vaste champ de dirigeants africains semble plus rempli d’ivraie que de bonne graine.  Et c’est à ce travail d’introspection que devraient être interpellées les têtes couronnées du continent par le thème de ce sommet de Malabo.  Oseront-ils cette remise en cause nécessaire  quand bien même elle clouerait bien des leurs au pilori ? L’on peut en douter. Pourtant, tout porte à croire que ce n’est pas en se conduisant en syndicat de chefs d’Etat que l’institution panafricaine trouvera les réponses appropriées à cette question. C’est pourquoi, relativement à la bonne gouvernance, il faut craindre que Malabo ne soit un sommet de plus, si c’est pour seulement condamner les coups d’Etat sans chercher à soigner le mal des changements anticonstitutionnels à la racine des tripatouillages constitutionnels. Pendant ce temps, le terrorisme gagne chaque jour un peu plus, du terrain sur le continent africain, accentuant la pression sur des populations souvent prêtes à faire confiance au premier putschiste. Ce, dans l’espoir de trouver le salut de la délivrance des griffes de la bête immonde. C’est dire si le sommet de Malabo a pourtant sa raison d’être, au regard du contexte particulier de cette Afrique à la croisée des chemins, et dont le destin n’est pas loin d’être pris en otage par des questions existentielles aussi prégnantes que les crises humanitaire et sécuritaire sur fond de recul de la démocratie. Si ce n’est pas la preuve que l’Afrique a besoin de s’inventer son propre modèle de développement, cela pourrait être une interpellation aux dirigeants africains à redresser la barre de leur gouvernance.  Pour le bonheur des peuples et l’avenir de leurs nations.

 

 « Le Pays »


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